Robert DALBAN (1903 / 1987)

… "Bob le flingueur"

Robert Dalban

Pour beaucoup, il restera Jean, le partenaire de Lino Ventura< dans «Les tontons flingueurs».

Mais Robert Dalban avait une place bien à lui dans notre cinéma. Avec son visage de bourru, il entrait dans la peau d’une multitude de personnages, sympathiques ou crapules ! Tout lui allait !

A la ville, il était connu pour sa fidélité en amitié, comme en témoignèrent nombre de ses collègues…

Donatienne

Quel petit gredin !

Robert DalbanRobert Dalban

Il s’appelait au civil Gaston Paul Barré, né le 19 juillet 1903, à Celles-sur-Belles dans les Deux-Sèvres.

C’est toutefois à Paris qu’il passe son enfance. Ses parents, qui l’adoraient, auraient aimé faire de lui un ingénieur ou un violoniste, mais ils en verront de toutes les couleurs avec leur petit gredin ! Dès l’adolescence, celui-ci n’hésite pas à vendre le service de table familial et les livres de son père pour s’offrir des places pour des revues de “pin ups girl” ! Joli cœur déjà, il se plaît à fréquenter de petits voyous : "Je frémis presque en me rappelant tout cela ; j’aurais pu très mal tourner !".

Pour son bien, son père arrive à le placer comme arpète dans un magasin de soierie…

Un tourlourou…

Il aime toujours le monde du spectacle y fait, très jeune, ses débuts. Comme c’est la mode à l’époque, il joue les comiques troupiers, les tourlourous. Le voilà au théâtre Monparnasse, aux côtés de Harry–MaxHarry-Max et de Maurice DorléacMaurice Dorléac. On peut le revoir à la Cigale, à Grenelle et Belleville. Il prend même un pseudonyme d’un humour bon marché "G. L’ R. Q.", sous lequel il se produit au Café-Concert "Les Trois Mousquetaires". Plus tard, il sourira en se souvenant de son cachet d’alors : une pièce de 100 sous et une menthe à l’eau à l’entracte !

Le théâtre vient le titiller. Il a la chance de jouer aux côtés de Sarah BernhardtSarah Bernhardt dans «Les nouveaux riches», pièce qui l'emmène jusqu’aux Etats-Unis, avant qu'il ne retrouve la grande tragédienne dans «Les roses bleues». Il fait alors une connaissance qui va compter dans sa vie d’artiste, Gaby MorlayGaby Morlay, qui lui donne bientôt une réplique colorée dans «Rouge» et «Une femme en blanc». C’est elle qui va l’encourager à jouer la carte du cinéma…

Un “second plan” inévitable…

Robert DalbanVa-s-y tonton, fais un carton !

Sous le nom de Robert Dalban, notre homme entame une carrière qui s'enrichira de pas moins de 200 titres. Il faut dire qu’il connaissait beaucoup de monde. Même s’il n’a jamais tenu le premier rôle, il aura tracé son chemin. Puisqu'il s'avère impossible d'évoquer toutes ses apparitions, tirons du chapeau les plus décisives et les plus remarquables.

Pour son premier film, «L'or dans la rue» (1934), il accompagne Albert PréjeanAlbert Préjean et Danielle DarrieuxDanielle Darrieux. En 1958. Il retrouvera sa jolie partenaire dans «Marie-Octobre» parmi tout un aéropage de ses amis anciens résistants : est-ce lui le traitre ?

Suivent toutes une série de personnages, déclinant la gamme complète des brigands, justiciers, majordome, patron de journal, d’hôtel de passe, de bistrot, etc. On le reconnaît très facilement, avec sa trogne sympathique et son caractère grognon. Il s'essaie à tous les genres et goûte à toutes les sauces : les polars noirs, les comédies loufoques chères à Georges Lautner, les films de cape et d’épées (dans «Le chevalier de Pardaillan», il est accroché à une poutre comme un jambon par le malicieux Gérard BarrayGérard Barray) !

On le voit commissaire dans «Promesse à l’inconnue» d'André Berthomieu (1942), oeuvre bénéficiant d'une superbe distribution dans laquelle figure celle qui deviendra son épouse, Madeleine RobinsonMadeleine Robinson. La même année, «Ne le criez pas sur les toits» lui fait rencontrer FernandelFernandel (mais que celà reste entre nous !).

Robert Dalban apparaît dans de nombreux chef d'oeuvres ou titres célèbres du cinéma français. Citons, entre autres, «Boule de suif» de Christian-Jaque (1945), «Les jeux sont faits» de Jean Delannoy (1947), «Quai des Orfèvres» de Henri-Georges Clouzot (1947) qui l'utilisera en maître d'hôtel dans «Manon» (1948) et en garagiste dans «Les diaboliques» (1954), «Au delà des grilles» de René Clément (1948), avec Jean Gabin, «Destinées» (1953) dans l'épisode réalisé par Jean Delannoy et consacré à Jeanne d'Arc (Michèle Morgan).

Rappelons-nous aussi qu'il fut le patron du journal où oeuvrent le journaliste Fandor (Jean Marais) et sa charmante photographe Hélène (Mylène Demongeot) dans le triptyque des «Fantomas…» mis en images par André Hunebelle («Fantomas» en 1964, «Fantomas se déchaîne» en 1965 et «Fantomas contre Scotland Yard» en 1967)..

Comment ne pas évoquer «Les tontons flingueurs» (1963) ? Souvenons-nous du "Yes Sir" régulièrement envoyé à Lino Ventura. Définitivement charmé par cet acteur hétéroclite, Georges Lautner l'aura employé à douze reprises, entre «Le septième juré» (1961) et «Attention, une femme peut en cacher une autre» (1983).

Enfin, tendre souvenir, sous la direction d’Edouard Molinaro dans «Mon oncle Benjamin», il est le père possessif et intéressé de la ravissante Manette, délicieusement incarnée par Claude JadeClaude Jade. Mais là ne fut pas la dernière apparition de cet acteur boulimique qui, outre sa double prestation en restaurateur dans les deux âges de «La boum» (1980 et 1982), continuera à tourner jusqu'en 1984 («Neuville, ma belle» de Mae Kelly).

Autres activités…

Adepte de la post-synchronisation, activité que ne lui prêtent que les spécialistes de la chose, Robert Dalban a doublé vocalement de grands acteurs américains, agrémentant de sa voix puissante la stature assurée de Clark GableClark Gable dans «Autant en emporte le Vent» (1939).

Pour le petit écran, les téléspectateurs des années 60 n’auront aucune peine à se souvenir qu’il fut l’inspecteur divisionnaire Brunel, supervisant le sémillant «Inspecteur Leclerc», lors de ses enquêtes dominicales…

L'homme…

Robert DalbanRobert Dalban (1968)

Robert Dalban était un personnage typé de notre cinéma. Son visage pouvait -être celui d’un benêt, d’un méchant, d’un grippe-sous. Peu satisfait de son apparence physique, il aura néanmoins goûté tous les plaisirs et toutes les joies d'une vie d'acteur pleinement vécue.

De sa vie privée, on sait qu’il fut le mari de Madeleine Robinson ("... à la suite d'un pari stupide !", déclarera la désintéressée !). De cette union naîtra en 1941 un fils, Jean-François. Le pari perdu, il épousera en secondes noces une toute jeune chanteuse, Francine Claudel, un mariage qui ne durera pas davantage.

Fidèle en amitié, proche du couple Michèle Morgan/Henri Vidal, il essaiera autant qu’il le pourra d’arracher le jeune acteur à ses démons de la drogue et de l'ivresse et sera désespéré de sa mort en 1959. Les deux amis avaient tourné plusieurs films ensemble («Quai de grenelle» en 1950, «Sois belle et tais-toi» en 1958, etc). Henri Vidal aura pris le soin de recommander à ses amis de prendre soin de "Rob", s’il mourrait ! (propos rapporté par Robert Hossein) et c’est ce qui se passera : Georges LautnerGeorges Lautner, Robert HosseinRobert Hossein, Armand MestralArmand Mestral et tant d’autres ne le laisseront jamais tomber.

La mort ne lui faisait pas peur. Il était en recherche et prenait conseil auprès de son ami apôtre d'une philosophie tibétaine, Billy, qui l’avait converti à une certaine sagesse et l’avait fait devenir adepte de la réincarnation. Il est parti d’une crise cardiaque le 3 avril 1987 dans un moment de convivialité, à la table d’un restaurant du quartier des Champs-Elysées en s’endormant doucement sur l’épaule d’un ami. Alain Poiré, le célèbre producteur, fera en sorte qu’il soit inhumé au cimetière de Jouars Pontchartrain.

S'il est de votre humeur d'accorder suffisament d'écoute à ses dernières croyances, soyez attentif à votre entourage : il se pourrait que sous l'apparence de votre tonton se cache cet ectoplasme de Bob le flingueur !

Documents…

Sources : Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Citation :

"Je ne me suis jamais supporté physiquement, j’ai horreur de me voir à l’écran…", mais aussi "Je trouve ma vie sensationnelle !" (Robert Dalban)

Robert Dalban
L'oeil du Monocle…
Donatienne (janvier 2014)
Ed.7.2.2 : 5-5-2016