Donald O'CONNOR (1925 / 2003)

… l'homme qui dansait sur les murs…

… l'homme qui dansait sur les murs… Donald O'Connor

Ce n'est pas lui faire injure que de le dire : pour nous autres, spectateurs français, Donald O'Connor demeure l'homme d'un seul film, «Singin' in the Rain/Chantons sous la pluie».

Si le public américain avait déjà remarqué ce pantin désarticulé dans quelques bandes secondaires, s'il en avait fait une vedette à la suite de ses altercations avec la (ou le?) célèbre Francis, s'il l'avait déjà vu danser sur un mur, combien furent-ils dans l'Hexagone à ne pas être surpris par sa performance dans «Make'em Laugh», le fameux numéro musical imaginé pour lui par Gene Kelly et Stanley Donen ?

Et que nous resterait-il de son talent sans cette opportunité ? Injustement bien moins que la trop petite part qu'il lui fut permis de nous laisser…

Christian Grenier

Un enfant de la balle…

Donald O'ConnorDonald O'Connor

Donald David Dixon O'Connor est né le 28-8-1925, à Chicago, Illinois. Véritable enfant de la balle, il est le 7ème rejeton d'un couple d'artistes de cirque, dont trois des enfants moururent en bas âge. Le papa, John Edward O'Connor, homme à tout faire de la piste, s'exhibe comme danseur, acrobate, trapéziste, clown… Plus mesurée, Effie Irene Crane, la maman, se contente d'évoluer au trapèze.

Peu après, le couple délaisse le cirque pour se produire dans des vaudevilles (en France, nous dirions des revues). Comme il faut bien surveiller le dernier né, maman Effie ne trouve rien de mieux que de l'installer à ses côtés sur la scène. Ainsi, à l'âge de 3 jours, Donald entend ses premiers applaudissements publics. Qui dit mieux ?

Comme ses aînés, dès ses premiers pas assurés, il est mis à contribution au sein de la troupe familiale, The O'Connor Family, dansant ou participant à des numéros d'équilibre.

Deux drames douloureux viennent soudain frapper le bambin et son entourage : sa soeur Arlene (6 ans) est fauchée par une voiture, son père John Edward succombe à une crise cardiaque. Mais le spectacle continue, animé par Effie et ses fils (Jack, l'aîné, Billy et Donald). A trois ans, le petit dernier se fend déjà d'un numéro de claquettes !

En tournée permanente, Donald a l'occasion de côtoyer les plus grands noms du vaudeville américain du moment : Gracie AllenGracie ALlen et George BurnsGeorge Burns, Abbott et Costello, Al JolsonAl Jolson, Jimmy DuranteJimmy Durante, et la toute jeune Judy GarlandJudy Garland, tout de même son aînée de trois ans.

Débuts à l'écran…

En 1937, les trois frères O'Connor font une apparition dans «It Can't Last Forever» (1937), interprétant un numéro d'enfants danseurs. Peu après, en représentation à Hollywood, Donald se fait remarquer par un assistant du “director” Wesley Ruggles. Celui-ci l'embauche pour sa première apparition “solitaire” à l'écran, «Sing You Sinners» (1938). Il n'a alors que 12 ans et, pendant le tournage, l'immense vedette qu'est déjà Bing CrosbyBing Crsoby le prend affectueusement sous son aile…

Un enfant d'Hollywood…

Donald O'ConnorDonald O'Connor (1938)

Donald commence alors, dans les studios de la Paramount, une carrière d'acteur, tenant des seconds rôles dans des films plus ou moins importants. Dans «Men with Wings» de William Wellman (1938), il préfigure le pilote Pat Falconer (Ray Milland) avant qu'il ne vole de ses propres ailes. Dans «Tom Sawyer détective» (1938), sur un sujet et des personnages imaginés par Mark Twain, il personnifie Huckleberry Finn. En 1939, il incarne «Beau Geste» dans ses premières années, avant de passer le flambeau à Gary Cooper, etc. Il n'a alors que 13 ans et nous sommes loin de la danse ou de l'acrobatie.

En 1939, son frère aîné, Bill, décède d'une scarlatine au moment où la famille se préparait à partir en tournée en Australie. Conscient de ses responsabilités, Donald quitte Hollywood et reprend la route qui, en l'occurrence s'avère maritime.

Doonald et Peggy…

En 1942, engagé par Universal, le comédien se remet au service du septième art, apparaissant, en vedette cette fois, dans toute une flopée de comédies musicales de deuxième ordre, réalisées par des metteurs en scène peu connus chez nous (Edward F.Cline, Charles Lamont, etc).

Sa partenaire régulière s'appelle Peggy Ryan. Née un an avant lui et sortie pareillement de l'école du vaudeville, elle tire à son avantage les effets comiques que lui permet un physique quelque peu tourmenté. Combiné à l'élasticité déjà remarquable de Donald, l'ensemble pétille dans une douzaine d'oeuvrettes entre 1942 et 1945 : «Mr.Big», «Top Man» (1943), «Chip-off the Old Block» (1944), «Patrick the Great» (1945)… Bien que suscitant notre jalousie, ceux de nos visiteurs qui auraient eu la chance d'en voir un méritent toute notre considération !

Une amitié sans faille unira Donald et Peggy jusqu'au bout. Celle-ci prononcera l'éloge funèbre de son compagnon (2003) avant de disparaître… un an après lui !

Mais revenons en 1944. Vous avez sans doute entendu dire que l'époque n'était pas des plus agréables. Tout juste marié à Gwen Carter, à peine 17 ans et fille d'un chef d'orchestre des studios, Donald est versé dans la Navy où il contribue à “assurer le moral des troupes”. Sans trop de peine, on l'imagine…

Un adolescent attardé…

Donald O'ConnorUne vraie tête de mule !

En août 1945, le couple a la joie d'accueillir la petite Donna Gwen. Le papa et la maman, qui totalisent à peine 37 années, comprennent rapidement qu'ils sont passés de l'enfance à l'âge adulte en sautant une marche…

Rendu à la vie civile en 1946, le jeune artiste qu'il est encore reprend sa carrière de bateleur dans des tournées et des shows radiophoniques. En 1947, il réintègre le bercail de la Universal pour rejoindre Deanna Durbin, de quatre ans son aînée, sur le plateau de «Something in the Wild». Les choses reprennent tranquillement leur place et les films n'ont d'autre ambition que de distraire et de faire oublier : «Are you with it?/Faisons les fous» (1948), «Yes Sir, That's my Baby/Nous les hommes» (1949), etc.

En 1949, les patrons du studio lui offrent une partenaire refusée par un Mickey RooneyMickey Rooney encore délicat. Bien moins gracieuse que Peggy Ryan, mais tout aussi bavarde, elle est célibataire, elle s'appelle Francis, elle est têtue comme une mule. Comment le lui reprocher puisque c'est effectivement une mule [un mulet ? va savoir…], par surcroît dotée d'un langage inhabituel chez les vedettes de sa race ? Les deux artistes se donneront la réplique au fil de six aventures quelque peu tirées par la queue («Francis/Francis, la mule qui parle» en 1949, «Francis Goes to the Races/Francis aux courses» en 1951, «Francis Goes to West Point/Francis chez les cadets» en 1952, «Francis Covers the Big Town/Francis journaliste» en 1953, «Francis Joins the WACs/Francis chez les WACs» en 1954 et «Francis in the Navy/Francis dans la marine» en 1955, toutes mises en scène par Arthur Lubin), avant une fâcherie dont on prétend qu'elle serait due au fait que l'animal finit par recevoir davantage de courrier que l'acteur ! Prouvant qu'elle n'est finalement pas un mauvais cheval, Francis se retourne alors, pour une ultime cavalcade, vers un Mickey Rooney désormais moins difficile («Francis in the Haunted House», 1956).

"Chantons sous la pluie"…

Entre-temps, en 1952, Donald O'Connor nous aura gratifiés de ce qui lui permet de figurer au Panthéon du 7ème art. En effet, en 1952, Gene Kelly et Stanley Donen le sollicitent pour ce qui demeure la clef de voûte de leurs carrières respectives et le sommet de la comédie musicale américaine, «Singin' in the Rain/Chantons sous la pluie». Nous vous avons suffisamment parlé de ce film dans "La dernière séance" pour qu'il soit inutile de nous y étendre. Mais comment ne pas rappeler ce numéro («Make 'em Laugh») où, entre Gene Kelly et Debbie Reynolds, Donald exécute un exercice de danse époustouflant, se lançant à maintes reprises contre un mur pour exécuter un saut périlleux arrière !?

Aujourd'hui encore, la double question demeure : pourquoi un comédien capable de telles choses n'a pas été utilisé à sa juste valeur jusque là et pourquoi ne le sera t-il pas davantage par la suite ??

On peut tout de même sauver de la disgrâce quelques divertissements agréables, comme les deux titres de Walter Lang, «Call Me Madam/Appelez-moi madame» (1953) avec la délicieuse Vera-Ellen et «There's no business Like Show Business/La joyeuse parade» (1954) avec l'émoustillante Marilyn Monroe.

En 1954, le couple Donald O'Connor/Gwen Carter se sépare. En 1955, après son refus de suivre Francis dans la maison hantée, las de jouer les adolescents attardés, le saltimbanque quitte la Universal…

Un acteur dramatique…

Donald O'ConnorDonald O'Connor et Gloria Noble (1991)

En 1956, Donald O'Connor épouse, en secondes et dernières noces, la starlette Gloria Noble, aperçue dans quelques comédies musicales. Le couple aura trois enfants : Alicia (1957), Frederick (1960) et Kevin (1961).

En 1957, sous la bannière de la Paramount Pictures, désireux d'aborder des rôles plus consistants, il personnifie celui que nous connaissions en France sous le nom de Malec dans une biographie cinématographique réalisée - fait extrèmement rare - du vivant de l'intéressé, «The Buster Keaton Story». Distribuer cet artiste toujours enjoué dans la peau de «L'Homme qui n'a jamais ri» relève d'une gageure qui se révéla payante, tout au moins pour son interprète dont le cachet se montra quatre fois supérieur à celui attribué pour «Singin' in the Rain» ! Quant à l'histoire, elle était si éloignée de la réalité que le modèle eut du mal à s'y reconnaître. Les galéjeurs vont jusqu'à prétendre que ça l'a fait beaucoup rire ! Et Donald de s'en déclarer indigné…

A moyen terme toutefois, ce changement de direction amena le comédien vers une impasse dont seule la télévision le fit occasionnellement sortir. Pour mémoire tout de même, en 1960, il personnifie Aladin dans une mouture italo-américaine de Mario Bava et Henry Levin, «Le meraviglie di Aladino/Les mille et une nuits».

Certes, quelques titres honorables vinrent jalonner la dernière partie d'une filmographie injustement peu reluisante («Ragtime» de Milos Forman en 1981, «Toys» de Barry Levinson en 1991), mais leurs mérites ne doivent rien aux courtes apparitions que put y faire “l'homme qui dansait sur les murs”.

Parallèlement, Donald O'Connor fit quelques apparitions sur les scènes de Broadway, avec plus («Showboat», 1983) ou moins («Bring Back Birdie», 1981) de succès.

Victime d'une crise cardiaque en 1971, hospitalisé pour sa dépendance à l'alcool en 1978, échappant de peu à la mort en 1994 au cours d'un tremblement de terre, Donald O'Connor souffrait d'une pneumonie depuis 1999. Il s'est éteint le 17 septembre 2003, dans une maison de retraite californienne.

Documents…

Sources : «Donald O'Connor, the Man, the Myth, the Legend», Imdb, documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

C'est beau d'avoir 20 ans…

Citation :

"J'ai eu de très bons professeurs : ma mère, les chorus girls, les magiciens, les acrobates, avant de compléter mon éducation à l'école des studios."

Donald O'Connor
Christian Grenier (juin 2011)
Ed.7.2.1 : 30-11-2015