Jean CARMET (1920 / 1994)

… un comédien du terroir

Jean Carmet

Depuis plusieurs années, Jean Carmet se promène dans les vignes du Seigneur.

Le verre à la main, il y attend les amis aux enveloppes encore charnelles pour une beuverie spirituelle au creux d'un nuage paridisiaque qu'il aura dégôté en soudoyant quelque hôtesse lassée de n'avoir pas résolu la question du sexe des Anges.

Le “Petit Cycliste” est déjà là, qui leur fait prendre les Enfants du Bon Dieu pour des Canards Sauvages, tandis que la “Grande Folle” vient tout juste de signer le registre. “Le Vigneron” a fait savoir qu'il aurait un peu de retard …

En attendant, sur Terre, Donatienne a déniché le livre du fiston Jean-François et nous offre une nouvelle version du dossier que L'Encinémathèque a consacré à cet imbécile heureux d'être né quelque part.

Christian Grenier

Le petit Jean…

Jean CarmetJean Carmet

Il naît le 25-4-1920, à Tours, et restera fils unique. Ses parents sont installés à Bourgueil , petite ville d'Indre-et-Loire, dans l’arrondissement de Chinon. Mais, en ce temps-là, "les femmes accouchaient chez leurs parents", nous confie-t-il dans son journal posthume.

Il est déclaré à la mairie Jean, Gabriel, Edmond Carmet , portant ainsi les prénoms de ses parents. Sitôt la naissance, Edmée, sa maman, ramène son nourrisson à Bourgueil, dans leur maison du centre du bourg, face à la mairie. Citadine d’origine, elle s’habitue néanmoins à la vie de ce coin de vignes tourangeau. Son père, Gabriel Carmet, est un bon vivant; il exerce la profession de viticulteur comme l’était déjà son père mais il est aussi bourrelier, fabriquant les harnais des chevaux.

Jean grandit au milieu des vignes et des champs… On dit qu'il se mit à parler précocement. Faut-il y voir les prémices d'une carrière attendue ? A trois-ans et demi, le petit Jean fait la maison buissonière pour se rendre… à l'école des grands ! Rassurons-nous, ça devait lui passer : "J'ai été doué juste le temps d'apprendre l'orthographe, la lecture, et de savoir compter jusqu'à cent". Ce n’était donc pas un écolier modèle loin de là, mais les institutrices l’aimaient bien malgré tout. Il goûtera tout de même les charmes de la pension, aucun autre établissement ne voulant le prendre! Il poussera cependant l’art de la fugue (qu’il conservera d’ailleurs toute sa vie, nous confiera son fils) jusqu’à Port-Boulet, village voisin de 4 km, alors qu’il est encore tout petit…

Le monde du spectacle l’intéresse déjà ! Il se souvient du cinéma Pajot, un cinéma itinérant, (encore muet bien sûr) où chaque jour de Pâques il admirait les exploits de Charlie Chaplin. Et puis il gardera aussi en mémoire, le cirque ambulant "fait de bric et de broc", mais qui impressionnait fortement le gamin qu’il était.

Adolescent, il se retrouve manœuvre à Nantes chez Dunlop, une activité qu'il exerça pendant 3 mois, preuve qu'elle dû le “gonfler” très vite… Il n’a qu’un rêve, s’évader. Il se plonge avec délices dans la lecture des magazines de l’époque, prêtés par les copains : "Pierrot", "Lisette"Lisette, "L'espiègle Lili"L'Espiègle Lili"Dans tous ces journaux, me passionnait l’idée de voyage".

Et un jour, il décide de monter à Paris. Son grand-père l’accompagne au train . Nous reviendrons sur son arrivée dans la capitale…

Bourgueil…

Pourtant, Jean n’oubliera jamais Bourgueil. C’était pour lui "une respiration, un lieu mythique" explique son fils, le lieu où il rechargeait ses batteries. Il fera découvrir son petit coin de Touraine à ses grands amis qu’étaient Gérard DepardieuGérard Depardieu, Jean‑Pierre CoffeJean-Pierre Coffe, Jean‑Marc ThibaultJean-Marc Thibault. Parfois, il lui arrivait de se faire déposer le soir à l’entrée du bourg, et il marchait dans les pas de son enfance, seul, en paix. "Bourgueil est dans mon cœur", disait-il ; "c’est la meilleure des adresses." De son “coin de France” , il gardera l'accent et la simplicité.

A Bourgueil, il est resté bien sûr l’enfant du pays et la municipalité lui a rendu plusieurs hommages: une avenue et une salle de cinéma portent son nom… sans oublier les cuvées Carmet des très réputés vins de Bourgueil !

Les débuts…

Jean Carmet«Adieu Berthe», reprise télévisée

Voici donc Jean à Paris. Il vit un moment chez Jacques Besse, à Neuilly. Mais la cohabitation n’est pas toujours facile et il se retrouve chez Charles Levasseur: "Jamais on ne s’ennuyait avec Jean !" Mais à l’époque celui-ci ne se voyait pas en fantaisiste, plutôt en comédien dramatique.

Il fait la connaissance de Marcel HerrandMarcel Herrand, au théâtre des Mathurin, avec Jean MarchatJean Marchat. Il a 18 ans, est plutôt joli garçon. Au sein de cette troupe dont les penchants homosexuels sont connus, lui marquait nettement ses préférences pour le sexe féminin! Cela ne l’empêcha pas de s’amuser beaucoup. Marcel Herrand le prit en sympathie et il devint un peu l’homme à tout faire du théâtre: figurations, bien sûr, mais aussi assistant-régisseur, responsable du ravitaillement (nous sommes en période de guerre). Gardant son accent tout plein de bon sens et fleurant bon le terroir (on retrouvera cet accent dans son rôle de Planchet ainsi que dans «La soupe aux choux».), il savait négocier avec les commerçants !

"Les Mathurins, ça a été mon conservatoire à moi !". C’est à ce moment-là qu’il fait la connaissance de grands acteurs qui deviendront ses amis: Daniel Gélin, Bernard Blier, Michel Auclair, François Périer, Simone Signoret, et surtout Jean-Marc Thibault.

Il ne roule pas sur l’or et ses débuts sont hésitants et capricieux: "J’avais une carrière en dents-de-scie, mais avec une scie sans trop de dents" plaisantera-t-il.

Robert DhéryRobert Dhéry va alors jouer un grand rôle dans sa carrière et dans sa vie : "Il a cru en lui, à un moment critique et mieux encore, il a su percevoir derrière le profil de jeune premier de mon père, une nature comique et inattendue en lui offrant un contre-emploi magistral au sein d’une troupe extravagante, les Branquignols" ( Jean-François Carmet – «Carmet intime»). «Les Branquignols» vont permettre à Jean d’enchaîner avec la célèbre «Famille Duraton», feuilleton radiophonique, lancée à son origine par Noël-Noël et repris par Jean-Jacques Vital et Ded Rysel. Il y sera Duvet, le voisin , dans un rôle totalement improvisé. Il devint ainsi extrêmement populaire.

Parallèlement, il continue les numéros de cabaret aux Trois Baudets, à la Tomate avec Robert Rocca et Jacques Grello. C’est à "La Tomate" qu’il va se produire avec un nouveau venu qu’il retrouvera bien plus tard, mais qui alors était totalement inconnu: Louis de Funes. Dans le même spectacle, un duo de comiques très fins et très amusants qui faisait ses premiers pas… les deux compères avaient nom Poiret et Serrault.

A cette époque là, Jean se lie d’amitié avec Francis BlancheFrancis Blanche, "une amitié à la vie à la mort". Ils partageront l’affiche de la pièce «Adieu Berthe». Les gens prendront l’habitude d'assister à plusieurs reprises à la représentation, tant les deux compères improvisaient, changeant ainsi le spectacle, se faisant des farces et communiquant leur fantaisie et leur bonne humeur à toute la salle. C’est eux deux qui inventeront, le principe des “dîners de cons” à la ville, inspirant en cela la pièce éponyme et le film qui suivra!

En même temps, Carmet est un peu fuyant, insaisissable… Jaboune (Jean Nohain) voulait l’employer, il ne donne pas suite. Il en fut de même avec Raymond Castans.

Une autre personnalité va réussir à donner un grand élan à sa carrière : Michel AudiardMichel Audiard, qui l’imposera dans plusieurs films et sera un véritable am. "Audiard m’a inventé" reconnaîtra-t-il.

"Mon père retrouvait Michel à Dourdan ; ils enfilaient leur tenues de coureurs cyclistes et ils grimpaient sur leur vélo… C’étaient des amoureux de la petite reine. Papô m’emmenait aux 6 jours cyclistes du Vel d’Hiv chaque année. Tout le monde le connaissait… Il était l’ami de Fausto Copi, de Bobet, de Blondin et plus tard d’Anquetil et de Poulidor, puis de Greg Lemon." (J. François Carmet, op.cit.).

Jean qui pleure…

Jean CarmetJean Carmet, un Branquignol

Oh, bien, sûr, pas facile de le reconnaître dans les scènes des «Visiteurs du soir» ou des «Enfants du paradis» (1942 et 1945, Marcel Carné). Il dévoilera que sa participation à ce dernier film était due au fait qu’il apportait son courrier à Marcel Herrand, interprète du rôle de Lacenaire. On avait besoin de figurants et il fut propulsé sur le plateau.

Mais, dès 1946, il côtoie Louis Jouvet dans «Copie conforme», puis Pierre Fresnay dans «Monsieur Vincent» (1947), gagnant peu à peu quelques places aux génériques. A cette époque, il fait partie de la fameuse troupe de «Branquignol», pièce donnée au théâtre La Bruyère avant d'être reprise à l'écran par son auteur (1948), film dans lequel on le retrouve.

Les années cinquante furent celles du “cinéma maigre”, en qualité si non en quantité. Aussi notre homme en profite pour élargir son horizon. Il fait un passage à Bobino et ses monologues poétiques donnent naissance à quelques microsillons.

En 1960, il reprend le rôle de Planchet dans la version en deux épisodes des «Trois mousquetaires» (1961) de Bernard Borderie, rôle tenu par Bourvil une dizaine d’années plus tôt.

En 1961, il participe à «La belle américaine», du “pote” Robert Dhéry, tenant un rôle et participant, de manière non créditée, à l'écriture du scénario.

Une incartade au théâtre : on le voit aux côtés de Sophie Desmarets et Jean Poiret dans la pièce fameuse et si amusante, «Fleur de cactus», donnée aux Bouffes Parisiens.

Les affaires cinématographiques s'améliorent puisqu'il joue pour Jean Renoir («Le caporal épinglé», 1962) et Yves Robert («Alexandre le bienheureux», 1967).

Jean qui rit…

Jean Carmet«Bons baisers, à lundi» (1974)

1973 : c ’est la sortie du «Grand blond». Jean Carmet devient célèbre du jour au lendemain. A partir de ce moment-là, il tournera 6 films par an, dans des rôles de plus en plus importants.

Il entame ainsi la plus belle étape de sa carrière d'acteur de cinéma. Avec Audiard tout d'abord, qui lui donne enfin un “premier rôle” dans «Comment réussir quand on est con et pleunichard» (un personnage qui va lui coller à la peau), et «Bons baisers, à lundi» (1974).

1974, c'est surtout l'année de «Dupont Lajoie», film dans lequel il tient un contre-emploi qui lui permet de nous révéler la maturité de son talent. Toute la France découvre et aime Carmet. Les grands rôles se succèdent : «La victoire en chantant» (1976), «Le sucre» (1978), «Il y a longtemps que je t'aime» (1979), «Un si joli village» (1979), «Buffet froid» (1979),… Il joue sous la direction des plus grands réalisateurs de l'époque: Jean-Jacques Annaud, Bertrand Blier, Jean-Pierre Mocky, Claude Chabrol, Yves Boisset, etc, mais aussi pour Jean Girault, dont «La soupe aux choux» (1981) nous est restée sur l'estomac…

Ce n'est qu'en 1983 qu'il reçoit enfin les honneurs: le César du meilleur second rôle masculin - pour son interprétation de Thénardier dans «Les misérables» (1982) de Robert Hossein. A cette époque, il interprète sur scène le rôle d'Eugène Ionesco dans la pièce homonyme mise en scène par Roger Planchon au Théâtre de l'Odéon.

Si les années 80 furent plus conventionnelles, on remarque notre homme, au milieu d'un grand nombre de comédies sans histoire(s), dans «Miss Mona» (Medhi Charef, 1986), «Les deux crocodiles» (Joël Séria, 1987) ou «L'âge de monsieur est avancé» du trop rare Pierre Etaix (1987, pour la télévision).

La fin fut assez réussie, avec des films comme «Merci la vie» (Bertrand Blier, 1990, second César du meilleur second rôle), «La chambre 108» (Daniel Moosman, 1992) et surtout «Roulez jeunesse» de Jacques Fansten (1992).

Quant à ses contributions télévisuelles, il faut citer «La controverse de Valladolid» (1992), revue par Jean-Claude Carrière, «Bouvard et Pécuchet» (1989) d'après l'œuvre de Flaubert et avec Jean-Pierre Marielle, «Eugénie Grandet» dont il incarne le père (1994) et, bien sûr, ces admirables «Brèves de comptoir» qu'il interpréta dans la série télévisée de Jean-Michel Ribes, «Palace» (1988).

"Un mec bien…"

Jean Carmet“un mec bien”
L'époux

Jean rencontre Raymonde Machet juste avant la guerre, alors qu’il n’a que 18 ans. Les jeunes gens entament ce que l'on appelle un amour de vacances, à Mimizan Plage dans les Landes. La jeune fille est élégante, mince, belle. Ils se séparent et se jurent de se revoir. Jean retrouve Raymonde, tout à fait par hasard, à Paris. Elle est vendeuse chez un fourreur. Ils ne se quitteront plus . Ils s’installent dans un appartement avenue Félix Faure et de leur amour naîtront deux garçons, Olivier et Jean-François qui, pour tout le monde, sera Nanou.

Le couple connaît des moments difficiles, avec des soucis d’argent: "Mes parents se sont beaucoup aimé et beaucoup déchiré." écrit Jean-François.

Papô…

… C’est ainsi que l’appelait son Nanou de fils ! "J’aime bien quand tu m’appelles comme ça" lui a –t-il répondu; il signera alors ses lettres d’un amusant "Monsieur Papô". Il ne manquait jamais un anniversaire: "Le sublîme, c’est pour les gosses"… Ainsi ses garçons se souviendront du train électrique qu’il leur avait offert. Jean-François ajoute : "Mon père m’a communiqué l’amour des gares, des trains".

Jean sera ensuite le compagnon de Sonia Lacroze, une comédienne peu connue, puis de Catherine Grello, la fille du chansonnier Jacques Grello. L'homme plaisait aux femmes, par sa gentillesse, sa sincérité et la simplicité qu’il avait gardée depuis son enfance. Jean -François évoque aussi de façon très discrète sa demi-soeur Marie-Christine: "Mon père était un mec bien" dira son fils. Quel beau compliment pour un papa de la part de son garçon !

Un gentil grand-papô…

Jean aura eu le temps de connaître la joie d’être grand-père. Olivier a deux filles, Sarah et Mathilde; Nanou est papa d’une gentille Marion. Jean fut un grand-père complice, chaleureux, généreux: "Je suis un grand-père comblé avec mes trois petites filles".

Mais il sera toute sa vie un électron libre. Il aimera "prendre des respirations", comme il disait; il aimera vagabonder et se ménager des moments de paix et de solitude. Il choisira des petits hôtels simples, proche d’une gare - le “must” à son avis - où il goûtera d'y demeurer seul en peignoir, lire la presse, regarder la télévision et au besoin déjeûner avec l’un ou l’autre de ses fils.

Il prendra aussi certaines habitudes à la gare Montparnasse, sympathisant avec le personnel. Ah ! La gare Montparnasse! Point de départ pour regagner Bourgueil !

Sur le plan spirituel, l'homme était croyant (il avait été enfant de chœur) , aimant s’entourer d’objets religieux;, mais sa foi était toute personnelle et cela ne l’empêchait pas de faire des farces à Monsieur le curé ou s'amuser dans les églises. Mais tout le monde le sait : le Bon Dieu est indulgent envers les gosses. Alors… Cependant, le jour où il ferma les yeux de son grand copain Francis Blanche, il aurait certainement aimé dire deux mots à ce Bon Dieu qui le rendait si malheureux.

"Un ami absolu…"

Jean CarmetJean Carmet “Césarisé”

S’adressant à Jean-Marc Thibault, peu de temps avant d’entreprendre le grand voyage: "Jean-Marc, partout où tu seras, il y aura quelque chose de moi".

A Daniel Gélin : "Je tiens à toi, vain Dieu ! Je tiens à toi…"

En parlant de son cadet Gérard Depardieu: "J’aime toucher mes amis au visage, doucement, pour sentir leur viande . Chez Gérard, il y a de la matière".

Gérard Depardieu, parlant de son pote Jean : "On avait les mêmes respirations , moi du Berry, lui de Touraine. Jean est né avec la Loire, un fleuve de mémoire. On pouvait rester des heures sans rien se dire… Puis la parole revenait. Alors c’était le flot, le verbe. C’était un ami absolu. Un définitif de l’amitié". Gérard baptisera la rue qui longe son château angevin de Tigné du nom de son ami

Un dernier témoignage que l'actualité de cet été 2007 rend particulièrement émouvant

"Mon père cultivait la poésie de mille façons" nous raconte Jean-François. "Ainsi, il gardait les lettres de ses amis dans des boîtes à chaussures. Parfois il les sortait de la penderie, ouvrait précautionneusement les enveloppes et relisait ces courriers. Il lui arrivait d’attacher à ces correspondances l’étiquette d’une bonne bouteille qu’il avait bue avec ceux qui lui écrivaient. Papô avait des amis partout… Chaque année, il envoyait un pot de confitures à Michel Serrault, et tous les 20 avril un bouquet de roses à Catherine Dhéry (fille de Robert et Colette) pour fêter son anniversaire qui coïncidait avec la première des Branquignols au théâtre et dont il avait été l’un des acteurs".

Jean d'honneur…

Jean Carmet s'est éteint le 20-4-1994, dans sa maison de Sèvres. Ses obsèques furent célébrées à l’Eglise Saint-Roch à Paris, une cérémonie superbe, organisée généreusement par Gérard Depardieu, au son du requiem de Mozart et avec les chœurs de l’Opéra, et des phrases d’amitié prononcées par les grands amis.

Il repose au cimetière de Montparnasse à Paris, le cimetière près de la gare qui dessert sa région d’origine. Sa tombe est régulièrement fleurie par des anonymes, on y trouve des petits poèmes d’amitié, des bouteilles – souvenirs de Bourgueil -, des gestes de sympathie spontanée pour l’homme gentil et attachant qu’il était.

Les académiciens du cinéma français avaient eu la bonne idée, deux mois avant son décès, de lui remettre un César d'Honneur pour l'ensemble de sa carrière.

Ce fut tout au leur, d'honneur…

Documents…

Sources : «Carmet intime» de Jean-François Carmet, aux éditions du Cherche-Midi, documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Remerciements à Yvan Foucart pour ses détails biographiques et à Cédric LeBailly pour certaines photographies.

Jean Carmet : "Un gosse, ça doit manquer de rien et foutre le bordel ! Ca doit faire un boucan du diable, se jeter dans tes cannes, t’empêcher de parler tranquille ou de bouffer peinard ! C’est signe de bonne santé."

Comment réussir…

Citation :

"Un gosse, ça doit manquer de rien et foutre le bordel ! Ca doit faire un boucan du diable, se jeter dans tes cannes, t’empêcher de parler tranquille ou de bouffer peinard ! C’est signe de bonne santé."

Jean Carmet
Donatienne (janvier 2008) , sur un texte original de Christian Grenier (mars 2004)
Bourgueil…

«Là où je suis, Bourgueil me manque et je cherche son image.

Bourgueil est un centre, sorte de Finistère avant l'Anjou, perdu dans l'océan des ceps… On peut , flânant par des routes étroites… caresser le tuffeau, cette pierre qui renaît avec l'âge… Par ces chemins délicieux, j'y arrive sans soif.

Les invites à vider une « fillette » pleuvent sur le fils prodige que je suis pour eux et la violence est douce, qui l'entraîne sous les voûtes féériques créées dans ce même tuffeau dont on fait les maisons, là où le vin s'endort et se réveille…»

Jean Carmet

Tigné…

"Jeannot était chez lui à Tigné. Son esprit sera toujours là.

Il avait sa propre chambre au château, avec terrasse donnant sur les vignes. Mes caves étaient les siennes. Il fallait le voir dans les caves !

Mais il ne s'enivrait pas du jargon des écoles de sommeliers. Il en connaissait pourtant tout le vocabulaire, le moindre mot. Un vrai vigneron. Mais toujours dans la simplicité.

Ah! On en a chassé des chais, des savants du dictionnaire du verbe ampoulé !

Il suivait son goût du moment. Il levait à peine son verre, faisait tourner délicatement le vin, la langue tapait le palais et quand il disait 'c'est propre !' il avait tout dit…"

Gérard Depardieu
Michel Serrault…

"Tu me manques , Jean Ka-Met…

Je pense que là où tu es, c'est le monde meilleur qui nous a été promis.

Je suis sûr que tu y rigoles, de cette façon forte et tendre qui n'était qu'à toi. Sois certain d'une chose: pour les blagues et canulars, je suis toujours partant !

On se l'est assez dit, tous les deux, que nous aurions juste assez de l'éternité pour rire…"

«Vous avez dit Serrault?»

Papô fréquentait les cimetières, qu'il visitait sans tristesse mais respectueux du silence et du repos des âmes.

Sans morbidité. Montparnasse était son préféré. Je l'y ai souvent accompagné. Il présentait l'avantage d'être situé tout près de la gare qui desservait sa région d'origine.

Ce cimetière-là, il l'aimait vraiment et il y venait souvent saluer quelques amis décédés ou déambuler en déchiffrant les pierres tombales, comme pour imaginer les vies enfouies dessous.

Aujourd'hui, mes pas me ramènenent souvent vers lui. Sa tombe, régulièrement fleurie par des anonymes, est également le lieu de drôles d'offrandes qu'il ne renierait pas: des bouteilles de Bourgueil - vides… - et dont certaines renferment poèmes ou mots doux.

C'est là qu'il me donne rendez-vous. Et où j'aime lui parler quand je viens à Paris. Ce n'est jamais triste, d'ailleurs. Je ne prie pas, je ne pense qu'à une chose: mes parents ne sont plus là et ils me manquent terriblement. Voilà tout…

Jean-François Carmet, «Carmet Intime»

Ed.7.2.1 : 3-12-2015