Maurice BAQUET (1911 / 2005)

… un lutin éclectique

Maurice Baquet

"Avoir Maurice Baquet dans sa cordée, c’est une assurance contre le doute, un remède contre la dépression. Son amitié conforte un moral à toute épreuve. Il est le rire et la gaîté dans les moments les plus difficiles. C’est une insouciance de surface qui cache de profonds sentiments intérieurs".

Ces mots écrits de la main de Roger Frison-Roche m’ont donné envie de consacrer une page à cet artiste funambule, drôle attachant, et talentueux…

Donatienne

"Mon fils est un violoncelle…"

Maurice BaquetVioloncelle et chambre noire…

Le 26 mai 1911, à Villefranche-en-Beaujolais, une région de grands vignobles, naît Maurice Baquet,(ce qui explique sans doute que bien plus tard on le choisira comme parrain du 10ème cru du Beaujolais). Son père Léopold est un industriel. Sa mère Marcelle joue du piano. Maurice a un frère, René. Le quatuor familial et musical se forme très vite : papa au trombone, maman qui pianote, René à la flûte et Maurice, tout petit, derrière un grand violoncelle que son père lui a ramené de la guerre, récupéré dans un foyer de soldats. Certes, les débuts sont laborieux, mais Maurice aime déjà la musique et ses instruments

Celui que la famille appelle affectueusement “Momo” a 11 ans quand son père lui offre un vrai violoncelle. Dès lors, l'instrument ne le quittera plus. Il le baptisera "Cérébos" (du nom d’une marque de sel de table bien connue) et en fera son véritable compagnon tout au long de sa carrière. Il osera l’inclure tout à fait naturellement dans ses spectacles et one-man shows. Mais que l’on ne s’y trompe pas, l'artiste devint un véritable virtuose, réussissant à décrocher un premier prix au conservatoire de Lyon, dans la classe de M. Hekking et un deuxième prix au conservatoire de Paris. S‘il était capable de jouer du classique avec Rostropovitch, il n’hésitait pas à se lancer dans des partitions originales et dans des spectacles humoristiques et joyeux comme «Réflexion fête»

La musique va donc prendre une grande place dans sa vie, mais il ne va pas négliger pour autant d’autres formes artistiques qui le passionnent, comme….

  • La photographie, qu'il découvre avec son ami de toujours, le célèbre photographe Robert Doisneau qui immortalisera cette amitié fusionnelle du musicien et de son instrument dans un bel ouvrage «Ballade pour violoncelle et chambre noire».
  • Le théâtre où l'attirent les frères Prévert et Jean‑Louis BarraultJean-Louis Barrault ; il fait partie du "groupe Octobre", puis rejoint la troupe de Pierre BrasseurPierre Brasseur et enfin la Compagnie du Sud-Ouest. Plus tard il donnera la réplique, entre autres, à Pierre Arditi et à Brigitte Fossey.
  • L’opérette, à laquelle il s'abandonnera au cours d'une dizaine de spectacles mis en musique par Francis Lopez, comme «Andalousie» ou «Le prince de Madrid» avec Luis Mariano, au sujet duquel il écrira : "Luis, était un joyeux drille qui riait comme un enfant de ses propres farces. Parfois, il mettait de la colle dans mon sombrero, ou plaçait des fumigènes dans nos loges. En retour, je lui cousais les manches de ses costumes de scène. J’avais acheté une petite caméra et en tournée, nous nous amusions à faire de petits films souvenirs qui nous faisaient bien rire quand nous nous les repassions. Ainsi le jour où il me remet une épée de matador et que je fais mine de jouer du violoncelle avec !"
  • Bibi fait son cinéma…

    Maurice Baquet«Premier de cordée» (1943)

    Maurice Baquet vint au cinéma par hasard. Ayant ouvert une école de ski à Genève, il y reçoit la visite de quelques uns de ses amis du "Groupe Octobre", parmi lesquels Jacques Prévert, Jean-Louis Barrault, Raymond BussièresRaymond Bussières. Tous l’ont incité à se lancer dans l'aventure cinématographique. Fort de ces encouragements, il apparaît au générique du film de Marc Allegret, «Les beaux jours» (1935) sous le costume de Toto.

    Souvent affublé de noms amusants tout comme celui de son personnage le laisse transparaître, il sera successivement Papillon dans «Place de la Concorde» (1938), Colibri dans «Départ à zéro» (1941), Mickey dans «Dernier atout» (1942), Gaspard Pas–Béni dans «Le chant des exilés» (1943) où son partenaire chantant n’est autre que Tino RossiTino Rossi. Il est surtout Ribouldingue dans «Les aventures des pieds nickelés» (1947) et «Le trésor des pieds nickelés» (1949)s, célèbre héros de bandes dessinées de l'époque, un honneur qu'il partage avec Rellys et Robert Dhéry. Dans le même registre, le voici en «Bibi Fricotin» dans l'adaptation mise en scène par Marcel Blistène (1950) des récits du petit personnage imaginé par Louis Forton. Lorsque Robert Vernay met en images l'opérette «Andalousie» (1950), Maurice Baquet reprend tout naturellement son rôle de Pepe, le gentil faire-valoir comique de Luis Mariano. C’est sous le sobriquet de Jojo qu’on le retrouve dans «L’impossible Monsieur Pipelet» d’André Hunebelle (1955). Quant à Court toujours, c'est le patronyme de l'inséparable compagnon de «Mandrin, bandit gentilhomme», alias Georges Rivière, dans le film de Jean-Paul Le Chanois (1962).

    Bien auparavant, «Le crime de monsieur Lange», qui n'en fut pas un, nous l'aura révélé dès 1935 dans la peau d'un fils de concierges. Jean Renoir n'en restera pas là, qui lui permettra de hanter, en accordéoniste fou, «Les bas fonds» déjà fréquentés par Jean GabinJean Gabin et Louis JouvetLouis Jouvet (1936). Changement d’instrument pour le «Mollenard» de Robert Siodmak (1937) qui lui met un harmonica dans la bouche. La partition dut être remarquable puisque dans «Coup de tête» de René Le Hénaff (1944), il est carrément chef d’orchestre !

    Hélas, après son apparition dans «Z» de Costa-Gavras (1969), on ne devait plus lui confier que quelques silhouettes, souvent en rapport avec ses talents de musicien : violoncelliste dans «Monsieur Klein» de Joseph Losey (1976), «Bobby Deerfield» de Sidney Pollack (1977), «Fedora» de Billy Wilder (1978) ou «Salut, j’arrive» de Gérard Poteau (1982), luthier dans «Le divorcement» de Pierre Barouh (1979) , professeur de violoncelle dans «Madame Claude 2» de François Mimet (1981), etc. Il est bien regrettable qu'un homme aussi désopilant dans ces spectacles musicaux, n'ait pas été mieux utilisé au septième art.

    Parmi toutes toutes ces évocations, nous avons gardé pour la bonne plume le «Premier de cordée» de Louis Daquin (1943) d’après le roman de Roger Frison Roche, un film de montagne qui lui permit de réunir deux de ses grandes passions…

    Halte là ! Le montagnard est là !

    Maurice BaquetMaurice Baquet, musicien des cimes…

    Skieur et alpiniste hors pair, Maurice Baquet fut le compagnon de cordée de Gaston Rebuffat, qui devint ainsi son ami. En la matière, son plus haut fait d'armes demeure la conquête de l’Aiguille du Midi par la face sud, une “première” réalisée en 1956. Grand sportif, il eut le privilège de voir plusieurs villes lui rendre hommage en donnant son nom à un stade, une salle ou un complexe multisport !

    Maurice Baquet laisse le souvenir d’un grand artiste intelligent, vif, dégageant une formidable énergie et animé par un réel amour de la vie. Homme modeste et qui savait prendre du recul, il dira : "Je n’ai jamais eu de mérite particulier…J’ai bénéficié d’une certaine facilité".

    Fidèle en amitié au delà de la mort, il aimait évoquer ses deux grands amis Prévert et Doisneau, le peintre des mots et le poète des images : "J’ai eu beaucoup de chance de les avoir connus" avouait-il avec une pointe de nostalgie.

    Il était l’époux de Jacqueline Figus, ballerine et actrice, avec qui il avait présenté des numéros de claquettes. Père de cinq enfants, il eut le bonheur de voir ses filles Anne et Sophie devenir comédiennes. Par ailleurs, son fils Grégori fut l’un des "rois du monde" dans le spectacle musical de Gérard Presgurvic, «Roméo et Juliette, de la haine à l'amour» (2001).

    En 1979, il publia un livre de souvenirs dont le titre laisse facilement deviner son sens de l’humour : «On dirait du veau» s'enorgueillissait d'une préface de Roger Frison Roche.

    Maurice Baquet, récipiendaire d'un Molière d’honneur en 1998, était Chevalier de la Légion d’honneur, des Arts et des Lettres, Membre d’honneur de la Compagnie des Guides de Chamonix, Compagnon du Devoir…..et du Beaujolais, qu'on se le dise !

    Il nous a quittés le 9 juillet 2005 à l’âge de 94 ans et il repose dans l’Ain, au cimetière de Beauregard.

    Documents…

    Sources : «On dirait du veau», souvenirs de Maurice Baquet (Editions Robert Laffont), plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

    Citation :

    "La musique, ce n’est pas difficile : il suffit de mettre le bon doigt à la bonne place au bon moment et l’instrument fait le reste !"

    Maurice Baquet
    Dieu seul me voit…
    Donatienne (septembre 2014)
    Eloge du "Cygne" de Saint Saëns, adapté par Maurice Baquet

    Vous qui souvent, de concert, allez au concert entendre un concert, écoutez celui-ci.

    Maurice Baquet et son violoncelle sont deux frères siamois qui se jouent de la musique.

    Cela ne veut pas dire qu'ils se moquent : on ne se moque pas de ce qu'on aime.

    Maurice Baquet, depuis toujours, aime la musique et c'est un amour partagé. C'est pourquoi, la musique, il la fait rire, sourire, danser.

    Il a la vie dans le corps et son violoncelle, même quand l'air est classique, n'a jamais la mort dans l'âme.

    Louis Bessières et Riri Cording, en joyeux drilles, les accompagnent à merveille..

    Jacques Prévert

    Ed.7.2.1 : 4-12-2015