Francisco RABAL (1926 / 2001)

… le "Goya" du 7ème art ibérique

Francisco Rabal

Avec Fernando Rey, il fut l'un des 2 comédiens espagnols les plus connus au-delà des Pyrénées. Il faut dire qu'à partir des années soixante, il exporta ses talents en Italie, en France, en Allemagne, apparaissant même aux génériques de productions américaines.

L'année de sa mort, son nom figura à deux reprises sur les affiches tandis que d'autres engagements laissaient espérer une carrière encore plus longue.

Il était normal que L'encinémathèque s'intéressât à ce marathonien du septième art.

Christian Grenier

Il y a une vie avant le cinéma…

Francisco RabalFrancisco Rabal

Francisco Rabal Valera est né le 8-3-1926, à Aguilas, Murcie, Espagne.

Sa famille est d'origine modeste : père mineur, mère propriétaire d'un petit moulin. L'enfant, le deuxième du couple, apparaît entre un frère, Damian, et une soeur, Dolores.

En 1932, la famille s'installe à Barcelone. En 1936, elle déménage à nouveau pour Madrid où le père vient de trouver un emploi dans une compagnie ferroviaire. Le jeune garçon travaille alors comme vendeur de rues, puis devient apprenti dans une chocolaterie. Peu après, le voici apprenti électricien de cinéma aux studios de Chamartin.

Fréquentant les cours du soir, Francisco 'Paco' (tous les Francisco espagnols sont surnommés Paco), il côtoie le poète Damaso Alonso, qui l'encourage à s'intéresser à l'art dramatique. C'est ainsi qu'il devient membre des compagnies théâtrales "Infanta Isabel» et "María Guerrero».

En 1942, il fait sa première appartion sur les planches dans «La rueda de la vida». En 1947, le voici membre de la Compania Lope de Vega dans laquelle il côtoie la comédienne Asunción BalaguerAsunción Balaguer. La jeune femme devient son épouse. Le couple, qui ne se désunira jamais, donnera vie à deux enfants, Teresa (1952) et Benito (1954).

En 1952, 'Paco' connaît un gros succès personnel dans la pièce d'Arthur Miller, «La mort d'un commis voyageur».

Il y a du cinéma en Espagne…

Francisco Rabal«Belle de Jour» (1967)

Dès 1946, alors jeune comédien, Francisco Rabal fait sa première apparition au cinéma dans un film de Rafael Gil : davantage une figuration qu'une interprétation. Mais le “vice” est pris et l'homme ne cessera de tourner avec les tâcherons espagnols de l'époque, Rafael Gil déjà cité (une collaboration de 14 films, jusqu'en 1972), José Maria Forque, Francisco Rovera Beleto, José Luiz Saenz de Heredia, ...

Dès 1953, il est récompensé par le Prix d'interprétation au Festival de San Sebastian pour sa performance dans «Hay un camino a la derecha», tandis que le film de Rafael Gil auquel il participe, «La guerra de Dios», reçoit le Lion d'Argent au Festival de Venise.

Entre 1955 et 1957, Francisco Rabal fréquente déjà les studios et les cinéastes italiens : Carlo Ludovico Bragaglia, Mario Costa et surtout Mauro Bolognini. Mais c'est sa rencontre avec Luis BuñuelLuis Bunuel, pour lequel il interprète «Nazarin» en 1958, qui constitue l'événement majeur de sa carrière. Les deux hommes deviennent amis et se retrouveront à deux autres reprises : en 1961 pour «Viridiana»" et en 1967 pour «Belle de jour»", avec Catherine Deneuve.

Francisco Rabal tourne également sous la direction de l'autre “grand B” du cinéma espagnol de l'époque, Juan Antonio BardemJuan Antonio Bardem : «Sonatas» (1959), «A las cinco de la tarde» (1960).

Il y a du cinéma au delà des frontières…

Francisco RabalFrancisco Rabal

Peu à peu, la carrière de l'acteur espagnol s'internationalise.

On le voit tourner en France pour Georges Lampin («Mathias Sandorff», 1962), Claude Chabrol, («Marie-Chantal et le docteur Khâ», 1965), Jacques Rivette («La religieuse», 1965), en Argentine pour Leopoldo Torre Nilsson, en Allemagne avec Georg Marischka , aux Etats-Unis avec William Friedkin (qui l'avait pressenti pour «French Connection» et l'engagea finalement dans «Le convoi de la peur», 1977).

Mais c'est surtout en Italie que notre homme effectuera l'essentiel de sa carrière “extra-ibérique”. Citons : «L'éclipse» de Michelangelo Antonioni (1962), «Les aventures extraordinaires de Cervantes» (1966), une co-production réalisée par le vétéran américain Vincent Sherman, «Les sorcières» (1966) où il apparaît dans le sketch réalisé par Luchino Visconti, «L'affaire Mori» (1977) de Pasquale Squittieri ou encore «La fille» (1978), d'Alberto Lattuada. Cette collaboration avec le cinéma transalpin - qui s'étendra jusqu'au productions télévisées («Un marinaio e mezzo, 1984») - se poursuivra jusqu'à la fin de sa vie.

Entre 1975 et 1978, il passe de l'autre côté de la caméra pour réaliser quatre courts-métrages : un essai sur la poésie(«Funerales de arena», 1975) et trois portraits de poètes espagnols (Damaso Alonso, Rafael Alberti et Alfonso Machado). Car notre homme taquine la muse avec un talent bientôt reconnu.

La silhouette arrondie, les cheveux un peu plus rares, il revient au cinéma français pour travailler avec Bernard Giraudeau sur «L'autre» en 1990 et Bernard-Henri Lévy sur «Le jour et la nuit» en 1997. Signalons également sa participation, très remarquée en Espagne, à la série télévisée «Juncal», comme le fut son entrée dans l'univers de Pedro Almodovar pour l'attachant «Attache-moi !».

Le cinéma jusqu'à la mort… et au-delà !

Francisco RabalImmortalisé dans le bronze par Santiago de Santiago
à Cuesta de Gos, son pays natal

En 1994, il publie un recueil de vers, «Mis versos y mi copla», et rédige peu après son autobiographie, en collaboration avec l'écrivain Agustin Cerezales, «Si yo te contara».

Revenant du 25ème Festival de Montreal, qui venait de lui rendre hommage, le comédien décède au cours du vol Londres-Madrid, malgré un aterrisage d'urgence à Bordeaux, le 29-8-2001. On diagnostique un emphysème ulmonaire… Bordeaux, la ville où mourut également Goya, le grand peintre espagnol qu'il eut l'honneur d'incarner à trois reprises à l'écran.

Sa fille Teresa prit la même voie que lui et nombreuses furent ses apparitions, tant au petit qu'au grand écran. Elle connut également un certain succès comme chanteuse dans les années 1960/1970.

Son fils Benito embrassa successivement les carrières de caméraman, d'assistant réalisateur, de scénariste et de réalisateur. On lui doit notamment un court-métrage familial tourné avec Francisco, «Paco, mi padre» (1992).

Liberto, le fils de Benito, perpétue la tradition familiale en exerçant le métier d'acteur. La dynastie des Rabal ne semble pas près de quitter le devant de la scène.

Documents…

Sources : Ce dossier n'aurait pas été réalisé sans la collaboration des membres de Carteles Metropoliglobal (site internet aujourd'hui disparu), et l'aide de deux de ses collaborateurs les plus actifs, "Rodmitsev" et "Farasdues".
Merci.

Pour le reste, Biblioteca virtual Miguel Cervantes pour les photographies de quelques films, documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Francisco Rabal…

Citation : "La célébrité est un piédestal qui permet de gagner davantage d'argent dans cette putain de société " (Francisco Rabal)

Christian Grenier (décembre 2009)
Ed.7.2.1 : 6-12-2015