Basil RATHBONE (1892 / 1967)

… l'incarnation de Sherlock Holmes…

… l'incarnation de Sherlock Holmes… Basil Rathbone

Acteur shakespearien à ses débuts, il reste définitivement dans nos mémoires comme la parfaite incarnation du célèbre détective britannique Sherlock Holmes.

Pourtant, Basil Rathbone détesta ce personnage, auquel il reprocha sur le tard d'avoir brisé sa carrière dont il est vrai, tout au moins à l'écran, qu'elle ne tint pas les promesses que les années trente avaient laissé espérer.

Et c'est avec beaucoup de regret que nous le vîmes, sur le tard, s'empêtrer dans des films fantastiques à la qualité parfois douteuse.

Il n'en demeure pas moins que ce magnifique bretteur joua les méchant hollywoodiens avec un talent qui nous fit trop souvent aimer le haïr.

Christian Grenier

Tous les chemins mènent à Shakespeare…

Basil RathboneBasil Rathbone

Philip St John Basil Rathbone est né à Johannesburg, en Afrique du Sud, le 13-6-1892, où son père est ingénieur dans une mine d'or.

En 1895, la famille doit quitter l'Afrique du Sud, en pleine guerre des Boers, lorsque le père est accusé d'espionnage au bénéfice de la Grande-Bretagne. Parents et enfants (Philip a un frère et une sœur), vont vivre en Angleterre.

De 1906 à 1910, le jeune Basil fait ses études à la Repton School de Londres où il découvre le théâtre. Toutefois, sa vocation contrariée par la volonté de son père, le jeune homme travaille , pendant un an, pour le compte d'une compagnie d'assurances.

Mais le cousin Frank Benson (quelle ressemblance !), un acteur dirigeant l'une des nombreuses troupes shakespearienne de Strafford-upon-Avon, vient à la rescousse et le jeune homme fait, dès 1911, ses premières apparitions sur les planches. Son premier rôle important fut celui de Hortensio dans «La mégère apprivoisée». On put également le voir interpréter Pâris («Roméo et Juliette») lors d'une première tournée aux États-Unis.

En 1914, Basil contracte un premier mariage avec une de ses partenaires shakespearienne, la comédienne Marion Foreman, qui lui donnera un fils, Rodion (1915).

La Première Guerre Mondiale éclate. Le jeune acteur effectue son service militaire dans un bataillon écossais. Sa bravoure lui vaut une distinction militaire, mais son jeune frère John, moins heureux, n'en reviendra pas.

Libéré en 1919, le comédien reprend ses activités théâtrale. En 1921, il tient un premier petit rôle cinématographique dans le film britannique,«Innocent», dont le réalisateur, Maurice Elvey, avait mis en images, l'année auparavant, une aventure de… Sherlock Holmes !

Hollywood, Hollywood !…

Basil RathboneHollywood et la fortune

La carrière théâtrale de Basil Rathbone décolle véritablement: les oeuvres de Shakespeare, bien sûr, mais aussi «Peter Ibbetson» de George du Maurier, «Madame Sand», de Philip Moeller, «Fedora» de Victorien Sardou…

Il en va autrement de ses activités cinématographiques. En 1924, l'acteur tourne son premier film aux États-Unis, «Trooping with Ellen», pour les studios Paramount. C'est le début d'une carrière américaine, qui se poursuit sous la houlette de Josef Von Sternberg dans «The Masked Bride» (1925), un film désavoué par son auteur et signé Christy Cabanne.

En 1926, Basil Rathbone épouse, en secondes noces, la scénariste Ouida Bergere, pour le début d'une longue et définitive aventure matrimoniale. Ne pouvant avoir d'enfant, le couple adoptera, en 1939, la jeune Cynthia, et prendra en charge l'éducation du premier enfant de Rodion lorsque celui-ci servira son pays.

Depuis l'avènement du parlant, le cinéma offre enfin leur chance aux acteurs de théâtre. En 1934, en tournée aux États-Unis avec la troupe de Katharine CornellKatharine Cornell, Basil est engagé par la MGM pour donner la réplique à Norma Shearer dans «The Last of Mrs.Cheney». Jusqu'à la fin des année trente, l'acteur va ainsi servir de faire valoir à quelques unes des grandes actrices hollywoodiennes de l'époque : Pola NegriPola Negri, Mae MurrayMae Murray, Constance Bennett… Les titres parlent d'eux-mêmes : «A Lady Surrenders», «The Lady of Scandal», «The Flirting Window», «A Woman Commands» (!).

Le comédien britannique donne néanmoins quelques belles prestations, en Mr.Murdstone dans «...David Copperfield…»" (1934, George Cukor), donnant la réplique à Greta Garbo dans «Anna Karenina» (1935, de Clarence Brown), revenant à Shakespeare avec «Romeo and Juliet» (1936, encore Cukor), roucoulant devant la tente, enfin colorée, de Marlène Dietrich dans «The Garden of Allah» (1936, de Richard Boleslavski), ferraillant contre Errol Flynn dans «Captain Blood» (1936) , ou «The Adventures of Robin Hood» (1938), deux films réalisés par Michael Curtiz. Grand sportif et escrimeur émérite depuis sa jeunesse londonienne, Basil Rathbone servit souvent de partenaire d'entraînement aux acteurs qui avaient le plaisir de lui faire mordre la poussière à l'écran ! Car Rathbone jouait les vilains qui meurent à la fin…

Élémentaire, mon cher Basil…

Basil RathboneSherlock Holmes

Installé définitivement à Hollywood depuis 1935, le grand acteur britannique ne tournera plus dans son pays. Mais c'est à l'une des plus grandes figures de la culture britannique qu'il va devoir sa renommée internationale, celle du détective imaginé par le célèbre Sir Arthur Conan Doyle, j'ai nommé… Sherlock Holmes.

Tandis que l'Europe est confrontée au second conflit mondial pour lequel, malgré ses 47 ans, il a vainement proposé ses services, Basil Rathbone va interpréter à quatorze reprises ce personnage légendaire, dont le comparse, le fameux Dr.Watson, est personnifié par l'acteur américain Nigel BruceNigel Bruce.

En 1939, «The Hound of the Baskerville», réalisé par le tâcheron Sydney Lanfield, ouvre le bal. Suivra rapidement «The Adventures of Sherlock Holmes» (1939, John Rawlins). Deux véritables films de long métrage, complétés par une série radiophonique à succès.

Entre 1942 et 1946, l'aventure se poursuit par une douzaine d'œuvres mineures - séries B d'une heure - presque toutes réalisées par Roy William Neill, diffusées en France dans les années soixante par la regrettée ORTF, affublées de titres français imaginés pour l'occasion.

En 1946, contrats radiophoniques et cinématographiques satisfaits, lassé comme Conan Doyle de son personnage, Basil Rathbone, accompagné d'Ouida, quitte Hollywood pour s'installer à New York. Pendant six années, le comédien va se partager entre les scènes américaines et anglaises.

Fantastique et comédie…

L'intrusion de Basil Rathbone dans l'univers du cinéma fantastique remonte également à 1939, avec «The Son of Frankenstein», dans lequel il donnait une interprétation magistrale du maléfique baron Viktor.

Pour son retour à Hollywood, après une incursion dans la comédie («Casanova's Big Night» avec Bob Hope, «We're no Angels»" avec Humphrey Bogart, «The Court Jester» avec Danny Kaye), il partage l'écran avec John Carradine, Bela Lugosi et Lon Chaney Jr dans «The Black Sleep». C'est le début d'une nouvelle aventure qui lui permettra d'être tour à tour - et parfois en même temps - le partenaire de Boris Karloff (4 reprises), Bela Lugosi (3 fois), Peter Lorre, Lionel Atwill… et l'interprète de Roger Corman («Tales of Terror», 1962), Jacques Tourneur («The Comedy of Terrors», 1963), Curtis Harrington («Queen of Blood», 1966).

Sir Basil Rathbone…

Basil RathboneOuida et Basil Rathbone, “at home”

Anobli par la Reine d'Angleterre, Sir Basil Rathbone fut nominé à deux reprises pour l'Oscar du meilleur acteur de second rôle : en 1936 pour l'incarnation de Tybalt dans «Romeo and Juliet» et celle du roi dans «If I Were King» (1938). A ces deux occasions, on lui préféra Walter Brennan.

A la fin des années cinquante, il met sur un pied un “one man show” à caractère pédagogique intitulé «An Evening with Basil Rathbone» au cours duquel il récite de nombreux textes littéraires, spectacle qui fut donné devant le président Kennedy peu de temps avant son assassinat.

En 1962, il publie ses mémoires, «In and out of Character», inédites en France.

Après une première alerte en 1960, Basil Rathbone succombe à une crise cardiaque dans sa demeure new-yorkaise, le 21-7-1967.

Documents…

Sources : Imdb, documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Citation :

"Quand vous devenez le personnage que vous incarnez, c'est la fin de votre carrière d'acteur."

Basil Rathbone
"Elémentaire, mon cher visiteur…"
Christian Grenier (novembre 2004)
Ed.7.2.1 : 9-12-2015