Nadia GRAY (1919? 1923? / 1994)

… l'aventurière du cinéma

Nadia Gray

D'origine roumaine, née de parents russes, princesse par (més)alliance, et enfin actrice, Nadia Gray fut ce qu'il est convenu d'appeler une femme du monde.

Je veux dire du monde entier, tant elle sut, par monts et par vaux, et même au delà des mers, internationaliser sa carrière et sa vie de femme.

Au cinéma, nous la vîmes dans des productions anglaises, françaises, italiennes, allemandes, yougoslaves… et même américaines.

Si elle ne sut pas se construire une immortalité au panthéon des stars éternelles, son universalité vaut pour le moins que l'on s'intéresse à cette femme de caractère, qui balança mari et (fausses ?) médailles pour satisfaire son besoin de jouer la comédie.

Christian Grenier

Des origines incertaines…

Nadia GrayNadia Gray

Nadia Gray est née en Roumanie, de parents russes, à une date comprise entre le 16-11-1919 [Les Gens du Cinéma] et le 27-11-1923 [Imdb]. Autant dire qu'on n'est même pas sûr de son signe du Zodiaque !

Très jeune, après des études secondaires en France, elle rentre à Bucarest pour suivre des cours d'art dramatique.

A 16 ans, (mais est-ce en 1935 ou en 1939?), la jeune fille convole en noces généralement qualifiées de justes, épousant un aviateur qui se prétend prince de sang (c'était sans doute vrai !). Dans une interview, reproduite dans ce dossier, on apprend qu'elle resta mariée 8 ans à cet aristocrate.

En 1947, son mari s'opposant à ses ambitions artistiques, la jeune femme divorce. Elle interprète alors, pendant deux années, des pièces de théâtre classique et moderne dans la capitale roumaine.Finalement, elle quitte son pays pour la France. Huit mois d'inactivité avant de décrocher un premier rôle cinématographique…

Débuts à l'écran…

Car, en 1948, et c'est enfin une certitude, Nadia Gray fait ses débuts au cinéma dans un film d'Hervé Bromberger et Max Neufeld, «L'inconnu d'un soir». Par quel chemin la princesse consort est-elle arrivée à se placer derrière une caméra ? Sa classe naturelle et son don pour les langues lui valent l'engagement dans ce film tourné en deux versions, allemande et française.

Pour ses premiers rôles, la jeune actrice se partage entre la France et la Grande-Bretagne. Sa connaissance de l'anglais lui permet de se lier d'amitié avec l'auteur dramatique Noël Coward, qui lui fait interpréter la pièce «Deux chagrins» et la révèle au public français.

Sa filmographie de l'époque mentionne successivement: «The Spider and the Fly» de Robert Hamer (1949), «Monseigneur» de Roger Richebé avec Fernand Ledoux (1949), «Night Without Star» d'Anthony Pelissier (1951, avec David Farrar et Maurice TeynacMaurice Teynac, son éphémère fiancé) et «Valley of the Eagles» (1951) de Terence Young, le futur réalisateur des premiers James Bond, avec… des aigles pour partenaires !.

Entre Paris et Rome…

Nadia Gray«Les femmes s'en balancent» (1954)

En 1952, Nadia Gray s'installe à Rome où elle entame une carrière italienne, se produisant dans quelques films qui, à part peut-être «Carrosello Napoletano» (1954), ne sont pas passés à la postérité. Prise sous contrat par la société Cineriz, on peut la voir notamment dans «Puccini» (1952), une biographie mise en scène par Carmine GalloneCarmine Gallone, «Moglie per una Notte» de Mario Camerini avec Gino Cervi (1952), «La maison du souvenir», biographie d'une dynastie d'éditeurs de musique à nouveau mise en scène par Carmine Gallone (1954), etc.

Se partageant entre Paris et Rome, la belle Slave décroche quelques interprétations dans des films français qui, sans mériter le titre de chefs-d'œuvre, eurent leur heure de gloire auprès d'un public indulgent: «La vierge du Rhin», où elle dispute Jean Gabin à Elina Labourdette, «Les femmes s'en balancent» (Bernard Borderie, 1954) et «Folies-Bergère» (Henri Decoin, 1957) dans lesquels elle affronte le redoutable Eddie Constantine, «Sénéchal le magnifique»", face à un Fernandel plus cabotinant que jamais, «Une Parisienne» (Michel Boisrond, 1957) où elle tient un second rôle, celui du titre revenant à la jeune et émoustillante Brigitte BardotBrigitte Bardot.

Quelque part en Europe…

Nadia GrayNadia Gray

Le titre de gloire de notre vedette se situe indéniablement en 1960, lorsque le grand Federico Fellini lui confie l'un des (nombreux) rôles féminins de «La dolce vita». En vedette libérée du joug marital, elle nous gratifie d'un strip-tease mémorable. Mais ne vous y trompez pas, c'est bien Anita EkbergAnita Ekberg qui se rafraîchit dans les eaux troubles de la fontaine de Trévise !

Loin de donner un élan à sa carrière, cette composition ne trouvera de répondant que par la participation de Nadia au film de Stanley Donen, «Two for the Road», dont les principaux protagonistes furent Albert Finney et Audrey HepburnAlbert Finney et Audrey Hepburn.

Entre temps, bien que naturalisée française en 1964, la belle dame se produit dans un bon nombre de (co-) productions européennes sans grande envergure, qui l'amèneront de France en Italie, Grande-Bretagne, Allemagne, Espagne et Portugal, Autriche, Yougoslavie… et même aux États-Unis, aux côtés de Frank Sinatra («The Naked Runner/Chantage au meurtre» de Sidney Furie en 1967).

Elle se montre pourtant bonne comédienne, entre Totò et Peppino De Filippo, dans «Letto a tre piazze» (1960), une sorte de «Cuisine au beurre» italienne avant la lettre, sur fond de bigamie.

De cette époque, nous aurons également un brin de considération pour «Le jeu de la vérité» (Robert Hossein, 1961), «Winnetou uns sein Freud Old Firehand» (1966, Alfred Vohrer) - faut être inconditionnel du genre ”western-choucroûte“ - et… euh… Mais l'espoir demeure car je ne les ai pas tous vus !

Elle fit également quelques apparitions sur le petit écran et les téléspectateurs français se souviendront peut-être qu'elle portait le numéro 8 dans la célèbre et excellente série "Le prisonnier", animée par Patrick McGoohanPatrick McGoohan (1967).

Aux Etats-Unis…

Sans doute déçue par l'évolution de sa carrière, l'actrice s'écarte définitivement du cinéma en 1967. Au milieu des années soixante-dix, elle fera pourtant une dernière apparition dans un téléfilm français, «Mariages», avant de s'installer aux États-Unis où, paraît-il, elle anima agréablement les soirées d'un night-club new-yorkais.

Bien oubliée chez nous, Nadia Gray s'éteindra le 13-6-1994, à New York, d'une hémorragie cérébrale selon certains, d'un infarctus selon d'autres. Mais pourquoi tant d'incertitudes et de mystères autour de cette femme pourtant ouverte à toutes les cultures ?

Documents…

Sources : documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Citation :

"Je vais écrire une Psychologie Comparée de l'Amour, ayant vécu dans quatre pays où les hommes font la cour de diverses manières."

Nadia Gray
La douceur de vivre…
Christian Grenier (janvier 2005)
Ed.7.2.1 : 9-12-2015