Françoise PREVOST (1929 / 1997)

… l'égérie de la nouvelle vague

Françoise Prévost

Moins connue que Bernadette Lafont, Françoise Prévost n'en fut pas moins l'une des actrices favorites de cette école cinématographique française, née à la fin des années cinquante, que l'on appela bien vite “La nouvelle vague”.

En effet, après une carrière écourtée parce que jugée peu digne d'intérêt, l'actrice participa à des oeuvres de Jacques Rivette, Eric Rohmer et surtout Pierre Kast pendant toute la décennie des sixties.

Malheureusement, après un début de carrière intéressant à Cinecitta, la suite se perdit dans les arrière-cours du cinéma italien, où peu de gens songèrent à venir la chercher.

Alors, il resta la plume, même si celle-ci fut plus souvent d'essence culinaire !

Christian Grenier

Tout commença…

Françoise Prévost«Clara de Montargis» (1950)

Fille de l'écrivain Jean Prévost, résistant “connu” sous le nom de Capitaine Goderville qui fut abattu par les allemands en essayant de quitter le maquis du Vercors, et de Marcelle Auclair, sa première épouse, fondatrice du magazine féminin Marie-Claire, Françoise Denise Prévost naît à Paris le 13-1-1929.

Elevée dans un milieu que l'on devine littéraire, la jeune fille n'en devient pas moins cover-girl au sortir de l'adolescence. Après avoir suivi des cours d'art dramatique (Tania Bachalova, Marcel Herrand, Jean Vilar), elle débute sur les planches dans une version théâtrale du roman de Léon Tolstoï, «Anna Karénine» (1947). Elle y rencontre le comédien Gilles Quéant, qui devient son premier mari. Le couple donnera naissance à deux enfants, Thierry et Aline, avant de divorcer.

En 1948, Françoise Prévost débute au cinéma, tenant un second rôle dans le film de Marcel Achard, «Jean de la Lune». Les apparitions se succèdent: «Clara de Montargis» (1950), «Nez de Cuir»; (1951), «Les trois mousquetaires» (1953)…

Insatisfaite d'une carrière qui tarde à décoller, la jeune femme s'éloigne du septième art pour se consacrer dans des activités journalistiques.

La Nouvelle Vague…

Françoise PrévostFrançoise Prévost

Au milieu des années cinquante, une nouvelle vague de critiques cinématographiques contestent l'art et la manière des cinéastes affirmés, dans un mouvement artistique réformateur. Passant des paroles aux actes, certains de ces jeunes messieurs - Claude ChabrolClaude Chabrol, Eric RohmerEric Rohmer, François TruffautFrançois Truffaut, Jean‑Luc GodardJean-Luc Godard, Jacques Doniol-ValcrozeJacques Doniol-Valcroze, Jacques RivetteJacques Rivette, Pierre KastPierre Kast… - réalisent des films de courts et de longs métrages dont l'histoire du septième art n'a pas oublié les titres.

Après Maurice Cazeneuve qui lui fait tenir un petit rôle dans «Cette nuit-Là», face à Maurice Ronet et Jean Servais, c'est Jacques Rivette qui donne une première véritable chance à Françoise Prévost, dans «Paris nous appartient» (1958) avant que Pierre Kast ne lui confie un beau rôle de femme dans «Le bel âge», aux côtés de Jean-Claude Brialy, Françoise Brion, Jacques Doniol-Valcroze… Tout une époque !

Avantageusement remarquée par la critique, l'actrice devient une des interprètes favorites de Pierre Kast qui la distribue encore dans «Merci Natercia» (1959), «La morte saison des amours» (1960) et «Vacances portugaises» (1963). Plus surprenante est sa participation à la production de Jean-Paul Le Chanois, un vieux de la vieille école, dans «Par dessus le mur» (1959).

En 1960, Françoise Prévost donne la réplique à Marie Laforêt dans le film de Jean-Gabriel Albicocco, «La fille aux yeux d'or» où les deux jeunes femmes entretiennent des relations abusivement qualifiées d'ambigües, tant elles ne le sont pas !

Tout en poursuivant son travail pour la toile, l'actrice crée sur scène la pièce de Christiane de Rochefort, «Le repos du guerrier», avec l'acteur italien Raf ValloneRaf Vallone, tout en apparaissant dans une dramatique télévisée de la célèbre série «La Caméra explore le temps», «L'énigme de Saint-Leu» (1961).

Côté coeur privée, elle épousa en secondes noces (1968) l'écrivain et journaliste corse François PoliFrançois Poli, ancien rédacteur en chef du magazine "Jeune Afrique" (source Yvan Foucart).

Carrière européenne…

Françoise PrévostFace à Maigret : même pas peur !(1966)

La carrière européenne de Françoise Prévost commence en 1960 par un petit film britannique dont je ne sais rien du tout, «Payroll/Les gangsters». Dès 1962, l'actrice française devient une habituée des studios italiens, tournant notamment sous la direction de Vittorio de Sica, «Les séquestrés d'Altona» (1962). Après sa participation au film de Carlo Lizzani, «Le procès de Vérone» (1962), on la retrouve à l'affiche de deux films allemands du même réalisateur Franz Peter Wirth, «Bekentnisse Eines Möblierten» (1962) et «Ein Mann Im Schönsten Alter» (1963), que je ne connais pas davantage.

Cette internationalisation, qui aurait pu être une opportunité pour une actrice dont la notoriété ne cessait de gonfler, s'avèrera finalement un piège dont il lui sera difficile de sortir. Trop rapidement, celle qui fut l'une des égéries de la "Nouvelle Vague" va s'empêtrer dans une longue suite de films mineurs pendant une quinzaine d'annes d'années («Un tentativo sentimentale» en 1963, «Un urlo damme tenebres/Bacchanales Infernales» en 1976). Par moments, quelques rares jalons viennent aérer une filmographie par ailleurs trop souvent étouffée: «L'une et l'autre» (René Allio, 1967), «Téli Siroko/Sirocco d'hiver», 1969, produit par Jacques Charrier). Signalons également son face à face avec Jacques BrelJacque Brel dans le film de Jean Valère, «Mont-Dragon», où elle entretient avec « Catherine Rouvel» des relations aussi peu ambigües que précedemment !

Sur la fin de sa carrière, renouant avec les anciens de la Nouvelle Vague, Françoise Prévost réapparaît dans les oeuvres de Jacques Rivette - «Merry-Go-Round» , 1977 - et Pierre Kast - «Le soleil en face» (1979). Il était temps…

Le Crabe…

Françoise PrévostFrançoise Prévost

1969, c'est également l'année du “Crabe”… Celui qui commence à dévorer un sein de l'actrice et qu'on appelle plus communément Cancer.

Il sera peut-être à l'origine d'une nouvelle carrière pour Françoise, qui commence à prendre la plume et produit un récit biographie sur sa maladie, «Ma vie en plus» (1975). En 1981, lorsque Yannick Bellon réalise un film de long métrage sur le même sujet - «L'amour nu», avec Marlène Jobert et Jean-Michel Folon

 - , elle demande la collaboration de Françoise Prévost pour en reprendre le scénario et les dialogues.

Se tournant vers les métiers de plume, l'actrice publie de manière surprenante quelques ouvrages culinaires: «150 recettes pour cuisinières nulles» (1984), «Ce sera encore meilleur demain» (1993), «200 recettes pour accommoder les restes» (1995). Entre-temps sort un roman, «les Nuages de Septembre», aux Editions Stock.

En 1993, Françoise Prévost fait sa réapparition d'actrice sur la scène du théâtre Lucernaire dans «Opening Night», une pièce qui servira de base au film homonyme de John Cassavetes (1978). Selon les critiques, elle était "bouleversante dans cette histoire d’actrice faisant retour après une longue absence".

Mais c'est “le Crabe” qui aura le dernier mot, le 30-11-1997, emportant l'actrice dans un océan qui ne sera pas celui de l'oubli.

Documents…

Sources : documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Christian Grenier (juin 2005)
Ed.7.2.1 : 13-12-2015