Raymond BUSSIERES (1907 / 1982)

… “Bubu” la malice, titi parisien

Raymond Bussières

Véritable “titi” parisien, bien qu'il ne soit pas né dans la capitale, Raymond Bussières appartint à cette catégorie de comédiens qui firent l'unanimité, autant sur le jugement de son talent que par la chaleur de ses rapports humains. Sans doute aidé par le fait qu'il ne tint jamais de rôle de méchant (même bandit, il est sympathique !), il traversa quatre décennies, rayonnant de droiture et débordant d'espièglerie.

Ami du héros et copain des membres du public, il promena de film en film son personnage de prolétaire de gauche, suivant un code d'honneur dont nul ne semblait pouvoir le détourner.

Sa compagne Annette Poivre étant de la même cuvée, nous bûmes de ce tonneau avec délectation !

Christian Grenier

Article de Paule Marguy, paru dans le magazine Mon Film N° 115 du 3-11-1948

Bavarder avec Raymond Bussières, cela signifie rapporter une matière fournie et l'expression intime de la pensée de l'homme que nous avons autorisation de raconter à nos lecteurs.

Raymond Bussières croit à l'amour et sait le vivre

Raymond BussièresRaymond Bussières
Titre de paragraphe
Au coeur du bouquet

Venez avec moi à Billancourt, où l'on tourne «Cinq tulipes rouges».

Sur le plateau, le sympathique René Dary va, en bon maître de maison, accueillir chaudement "Mon film" et me remettre entre les mains de Raymond Bussières. Ce dernier est né à Ivry-la-Bataille, dans l'Eure. Ses parents étaient instituteurs. Bachelier, il avait commencé sa médecine quand il fut obligé de renoncer à la carrière choisie pour gagner son pain et aider sa mère, qui était tombée malade…

Bravement, il s'inscrivit pour passer un concours de dessin organisé pour la Préfecture de la Seine, fut reçu, et le voilà fonctionnaire dessinateur.

"-A cette époque, songiez vous à faire du théâtre ?
- Nullement. jusqu'à trente ans, j'ai ignoré que je deviendrais un jour acteur. "

Pourtant, il avait monté un théâtre d'amateurs, mais il ne l'actionnait que dans le but de servir un idéal social et en étendre la propagande. C'est grâce à cela que les anges de son destin se doublèrent, sur sa route, de Pierre Fresnay et Marcel Carné qui furent surpris de ses dons, le lui dirent et l'encouragèrent à devenir comédien professionnel.

-N'en êtes-vous pas à votre seizième film ?
- Vous-êtes exactement renseignée.
- Votre éducation première ne semblait pas devoir vous prédestiner aux rôles de "durs", dans lesquels vous avez réussi ?
- Dés que j'ai pris contact avec le vrai métier, j'ai été séduit par le côté authentique du type argot. Ceux qui parlent argot ne disent jamais un mot pour ne rien dire. D'abord, c'est la saveur du langage qui m'a séduit.
- Vous ne regrettez donc pas votre emploi de dessinateur ?
- Non. Mais sachez bien que j'eus la prudence de n'y renoncer que lorsque, après bien des péripéties, j'eus obtenu un contrat de trois ans. Alors, seulement je me consacrai au cinéma et au théâtre."

Trois coeurs dans un amour…
"- Y a-t-il longtemps que vous êtes amoureux d'Annette Poivre ? Et-puis-je vous demander si vous l'êtes… légalement ?
- Bien entendu. Nous sommes mariés depuis mil neuf cent quarante-deux. Un vrai mariage. Nous nous sommes rencontrés en jouant tous deux dans la pièce d'un grand auteur: Une femme qui avait le cœur trop petit.
- C'est-à-dire, en somme, qu'il y a trois cœurs à l'origine de votre amour: Celui d'Annette, le vôtre… et celui de l'auteur: Crommelinck ?
- Si vous voulez. De toute façon, il y a trois cœurs dans notre amour, car, d'un premier mariage, ma femme avait une petite fille, que j'aime comme ma gosse.
- Et cet amour a débuté…comment ?
- J'ai flirté avec elle comme avec n'importe quelle autre.
- Pas plus ?

- C'est presque toujours comme ça jusqu'au moment où on s'aperçoit que…"

Raymond Bussières, appelé par le metteur en scène, s'évade. Au bout d'un moment, je me décide à le récupérer.

"-Voyons, monsieur, vous vous êtes aperçu de quoi ?
- Eh bien ! mais… qu'en plus de ses qualités apparentes, Annette Poivre m'apportait tout ce que je recherchais éperdument chez la femme. J'appris aussi que je lui apportais tout ce dont elle avait besoin. Non seulement elle est très vivante, mais elle a une façon de comprendre la vie qui est la mienne, et elle espère de la vie ce que j'en espère. Quand on possède les mêmes goûts et quand on se dirige vers les mêmes buts, avec les mêmes aspirations, là, l'Amour peut se réaliser pleinement à travers le magnifique échange. Tout le charme de l'amour et sa grandeur, je les ai compris à seize ans, en lisant dans un journal, en gros titre: ‘Il l'aimait, elle ne l'aimait pas, il l'a tué’. Déjà, je me suis dit : ‘mais c'est lui-même qu'il aurait dû tuer ! Elle, c'était bien son droit de disposer de son cœur…’ Depuis, je n'ai jamais cessé de chercher la solution de tous les problèmes qui se présentent à nous, sur les routes de l'existence. je suis curieux et raisonneur. Ce que je pense, surtout, c'est que l'Amour ne souffre pas la médiocrité.
- Vous avez raison. Mais tant de gens prennent la sottise pour l'amour…
- Je me crois bien disposé pour le bonheur, et émaner le bonheur, c'est le susciter.
- Sûrement.

Et j'ai couru chez Annette Poivre, qui m'a raconté un tas de choses sur son mari…

Paule Marguy
Ed.7.2.1 : 12-12-2015