Sylva KOSCINA (1933 / 1994)

… pour le plaisir des yeux

Sylva Koscina

Parce qu'elle aura mis en avant la longévité de ses avantages, Sylva Koscina fit partie de ces actrices, comme Joan Collins, que l'on crû longtemps protégées des coups répétés du perfide Saturne.

Pourtant, reprenant notes et contacts à l'occasion de cette page, j'avoue bien humblement que j'avais beaucoup oublié de l'histoire de l'une des plus belles femmes du cinéma italien… Et jusqu'à même son décès… Les yeux auraient-ils moins de mémoire que le cœur ?

A l'issue de cette évocation reste amèrement l'impression d'un immense gâchis, tant le charme de l'actrice eut-il dû plus sûrement faire mouche que ses charmes, fussent-ils mis en valeur par l'excellent photographe du genre que fut Angelo Frontoni.

Mais, pas plus que la grande, l'histoire du cinéma ne se refait pas…

Christian Grenier

Grâce à la petite reine…

Sylva Koscina«Il ferroviere» (1955)

Née Sylva Kosnikan, le 22-8-1933, près de Zagreb, Royaume de Yougoslavie, aujourd'hui en Croatie.

En 1942, alors que la guerre fait rage, la jeune enfant subit un traumatisme sérieux lorsque, à la suite d'un bombardement, elle se retrouve ensevelie en compagnie de sa sœur sous les décombres de leur maison. L'aventure, qui eut pu nous priver d'images agréables, eut l'heur de se bien terminer.

La guerre achevée, l'adolescente rejoint sa sœur, désormais mariée, en Italie où elle poursuit de bonnes études qui se terminent à la section de physique de l'Université de Naples.

En 1954, elle est retenue pour remettre le bouquet du vainqueur, en l'occurrence le champion belge Rik Van Steenberger, à l'arrivée de l'étape cycliste Rome-Naples du Tour d'Italie. Le charmant petit minois de la porteuse de fleurs, ainsi que le charme de ses yeux verts, immortalisés pour la circonstance, ne passèrent pas inaperçus.

Suivant toujours son aînée, qui s'installe dans la capitale italienne, Sylva, encouragée par ce début de notoriété, tente sa chance comme modèle. Remarquée par le metteur en scène Pietro Germi, elle est finalement engagée pour être son partenaire dans le film «Il ferroviere/Le disque rouge)» (1955). L'œuvre eut un grand succès dans la Péninsule, lançant la carrière de la jeune actrice.

Des débuts sous le signe de la sagesse…

Sylva KoscinaAh ! Quella bella ragazza !

Très rapidement, Sylva (désormais Koscina, a peu près l'anagramme de Kosnikan), trouve sa place en haut de l'affiche. Déjà, en 1956, elle interprète, à 23 ans, son premier rôle de mère, veillant à l'éducation de «Guendalina», sa jeune adolescente de fille incarnée par Jacqueline Sassard, de 7 ans sa cadette dans le civil !

Enchaînant 4 à 5 films par an, elle se positionne comme remplaçante de Sophia Loren et Gina Lollobrigida, alors en quête de carrières hollywoodiennes. Son aura de l'époque est évoquée en France dans les magazines spécialisés, comme en témoigne un article de "Ciné-Révélation" (voir l'onglet idoine) dont certains passages, à nous qui connaissons la suite, paraissent pour le moins étonnants…

A cette époque, Le péplum est à l'aube d'une longue période faste. Le genre permet plus que tout autre de justifier les scènes légères… “et court vêtues…”. Sylva Koscina nous fait profiter de sa belle plastique dans deux célèbres productions de Pietro Francisci, «Les travaux d'Hercule» (1957) et, plus tard, «Hercule et la reine de Lydie»(1959).

Entre les deux, la belle dame aura fait ses débuts dans le cinéma français («Le naïf aux quarante enfants», 1957), rencontré heureusement la comédie italienne («La nonna Sabella» de Dino Risi en 1957), donné la réplique au grand Totò («Totò a Parigi», 1958) et croisé la route de Mauro Bolognini («Les jeunes maris», 1958).

Présente sur tous les fronts, la jolie dame s'oppose médicalement aux méthodes peu orthodoxes du vétérinaire Fernandel dans «Le confident de ces dames», s'assurant définitivement le statut de vedette internationale, ainsi qu'un avenir radieux… et “trébuchant”.

Une notoriété internationale…

Sylva Koscina«Le masque de fer» (1962)

Huit films en 1959, Neuf en 1960. La tornade “italienne” souffle sur l'Europe occidentale.

Sous la coupe de son compagnon, Raimondo Castelli, qui lui organise un plan de travail démentiel, la jeune actrice use de son talent, parfois avec adresse («Les distractions» avec Jean-Paul Belmondo en 1960, «Cyrano et D'Artagnan» d'Abel Gance avec José Ferrer,…), faisant preuve d' un appétit en proportion avec ses besoins, nés (selon ses propos) de son enfance difficile. Si l'Italie («Lo spadacino di Sienna» avec Stewart Granger en 1962, «Il fornaretto di Venezia» en 1963…), et la France («L'appartement des filles» de Michel Deville en 1963, «L'arme à gauche» de Claude Sautet en 1964…) demeurent ses terrains de prédilection, on peut la voir bientôt dans des productions britanniques («Hot Enough for June» avec Dirk Bogarde en 1963, «Deadlier Than the Male» avec Elke Sommer en 1966…).

D'une filmographie pour le moins irrégulière, Sylva Koscina peut arborer fièrement sa participation au film de Federico Fellini «Juliette des esprits» (1965), dans lequel elle donne la réplique à Giulietta Masina. Hollywood est à portée de fard. C'est chose faite de manière timide en 1966 («Three Bites of the Apple»), et de façon plus affirmée l'année suivante («A Lovely Way to Die» avec Kirk Douglas). Mais comment expliquer qu'en 1968, elle quitte professionnellement les appartements de Paul Newman («The Secret War of Harry Frigg/Évasion sur commande») pour les alcôves de Jess Franco («Justine») ? Dans une interview parue en 1976, la belle rend Raimondo, désormais son époux, responsable de ces errements, tout en reconnaissant ses propres négligences.

Un époux bien encombrant d'ailleurs, puisque le divorce - régime sous lequel se situe l'infortuné mari - n'étant pas reconnu en Italie, celui-ci se retrouve devant les tribunaux, accusé de bigamie ! Aïe aïe aïe : va falloir remettre des navets dans la marmite !

"Vedo Nudo"

Sylva KoscinaQuella magnifica ragazza !

Pourtant signé Mauro Bolognini, «L'assoluto naturale» place Sylva dans des situations bien équivoques - ou plutôt sans équivoque - que l'actrice justifiera par le nom du réalisateur. Mais que penser de «Homo eroticus» ou autres «Les Jambes en l'air» ? Certes, il ne s'agit point là d'un jugement, ni de l'hypocrite manifestation d'une pruderie excessive, mais du simple regret que l'on peut exprimer de voir ces yeux là se tourner dans une direction que ne souhaitait pas l'intéressée. D'autant plus que, lorsque l'occasion lui est offerte («Vertiges pour un tueur», 1970), l'actrice démontre qu'elle pourrait garder sa place dans un cinéma qui, pour être populaire, n'en constitue pas moins l'assurance d'un avenir plus “enrichissant”.

En 1971, la rubrique Faits Divers ouvre ses pages à notre vedette. Alors qu'elle se trouve en Afrique du Sud (pour «African Story» de Marino Girolami ?), le gardien de sa villa italienne assassine trois membres du personnel. Rentrée à la hâte, Sylva prendra la charge des enfants des victimes.

Séparée depuis 1972 de son époux qui ne l'était pas, en butte à l'administration fiscale de son pays d'adoption, Sylva Koscina connaît la période la plus basse de sa carrière, dont on ne peut charitablement retenir que sa participation à la co-production franco-italo-autrichienne de François Legrand, «Casanova and Co», au moins pour la qualité de son internationale distribution, puisqu'elle y côtoyait Tony Curtis, Andrea Ferreol, Jean Lefebvre, Marisa Berenson…

Remarquée sur les planches dans sa participation à la pièce «Il ferroviere», avec Vittorio Gassman, Sylva Koscina s'éloigne pendant quelque temps du cinéma. Elle y reviendra plus sporadiquement à l'aube des années 80, débutant par une apparition dans le sketch italien de la co-production quadripartite «Les séducteurs», signé Dino Risi (1980). Cette année là, l'actrice, naguère jugée orgueilleuse et hautaine par le public, reçoit de ses admirateurs la manifestation d'une popularité qu'elle eût dû mieux exploiter par la suite.

Lorsqu'elle décède des suites d'un cancer en 1994, il y a longtemps que les habitants des salles obscures ont oublié la profondeur émeraude du regard de Sylva Koscina. Il est vrai qu'avant elle, toute une source du cinéma populaire italien avait déjà été asséchée.

Documents…

Sources :: documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

NB : Sylva Koscina est également évoquée dans la 25° planche de la salle La Collectionneuse.

Citation :

"Bien sûr, si ce n'avait été pour le réalisateur Mauro Bolognini, je n'aurais jamais fait ce film. Mais j'ai un tel respect pour lui".

Sylva Koscina, à propos de son rôle dans «Assoluto naturale»
«"L'assoluto naturale"» (1969)
Christian Grenier (octobre 2006)
Ed.7.2.2 : 6-8-2016