Sylva KOSCINA (1933 / 1994)

Article de Geneviève Gérald, paru le 24-7-1958 dans le numéro 225 de la revue "Ciné-Révélation"

Succédant à Gina et à Sophia, Sylva Koscina est devenue l'idole du cinéma italien…

Sylva KoscinaSylva Koscina et André Luguet

Sylva vient d'éclater comme une bombe dans le cinéma italien, une bombe dont la trajectoire va bientôt dépasser les frontières, principalement celles de la France où l'on en déjà ressenti la déflagration.

Sera-t-elle une nouvelle Gina ? Une nouvelle Sophia ? Oui et non, mais elle prendra certainement l'une des premières places du cinéma italien et elle imposera sa personnalité qui ne ressemble en rien à celle des deux vedettes déjà citées. Sylva Koscina vient de créer un nouveau type de beauté, elle est moins vamp que Sophia, moins fantaisiste que Gina ; elle est sophistiquée sans être une pin-up et correspond au type même de la jeune femme moderne et indépendante. Elle n'a pas la frimousse habituelle de l'ingénue au corps menu et rond ; elle est très grande, ses formes sont épanouies, elle est saine et directe. Yougoslave d'origine, elle doit à son pays cette stature, ses pommettes saillantes. ses veux bridés et un rude et charmant petit accent quand elle parle italien.

Sylva Koscina ne ressemble à personne et possède une beauté qu'on ne peut oublier.

On ne croyait vraiment plus que, dans le cinéma, une débutante puisse arriver autrement qu'en jouant les “pin-up”; Sylva Koscina vient de nous prouver le contraire ! Jamais en Italie on n'a vu de photos où elle montrât volontairement ses jambes dans une pose “sexy”. On ne sait rien ou presque de sa vie privée et elle n'a provoqué aucun scandale, mais elle s'est fait connaître et apprécier à travers ses films, seulement ses films, et en restant simple et gentille avec tout le monde !

"-On ne devient pas une actrice par le scandale !" dit-elle. "On met plus de temps peut-être pour réussir mais on arrive sérieusement, en apprenant et en mûrissant."

Sylva n'était pourtant pas partie dans la vie pour être comédienne, bien que cette profession lui ait toujours semblé très attirante.

Elle est née à Zagreb et passa son enfance en Yougoslavie. Elle était alors maigrelette et ne se plaisait que dans la compagnie des garçons; les filles l'ennuyaient, elle aimait grimper aux arbres, se battre à coups de poing. et descendre les côtes à bicyclette. Mais pourtant, la double personnalité, qui est sans cesse en lutte chez elle, lui faisait savourer des moments d'accalmie durant lesquels elle jouait à la poupée ou faisait la cuisine. Ce n'est qu'à l'âge de douze ans qu'elle vint en Italie, afin de suivre sa sœur qui venait de s'y marier.

Sylva continua ses études qu'elle poussa très loin d'ailleurs, car, après avoir enlevé brillamment son bachot, elle s'inscrivit à l'Université de Naples en choisissant la Faculté de physique.

Tout ceci n'avait vraiment aucun rapport avec le cinéma et, pourtant, un point de départ dans la vie dépend souvent de peu de choses. C'est justement son professeur de mathématiques qui était, à ses heures, le président du "Film-Club" de la ville. qui fut chargé de trouver une jolie fille pour offrir gracieusement un bouquet de fleurs et embrasser le vainqueur de l'étape cycliste Rome-Naples du Tour d'Italie.

La photo de la jeune étudiante embrassant Van Steenberger fut publiée dans tous les journaux, tandis que les actualités avaient filmé cet instant mémorable et cela devait décider de tout l'avenir de Sylva !

Suivant toujours sa sœur qui s'installait à Rome. la cité du cinéma, Sylva résolut de tenter sa chance; elle s'était donné un an pour réussir, se promettant en cas d'échec de rouvrir ses livres de physique et chimie !

Elle fut mannequin pendant plusieurs mois et ses photos passaient régulièrement dans les journaux. Certaines tombèrent sous les yeux du grand metteur en scène italien Pietro Germi qui lui fit faire des essais pour le rôle de sa fille dans «Il ferroviere (Le disque rouge)».

Au premier abord, elle ne plut pas du tout à Pietro Germi qui ne cherchait pas une grande fille sophistiquée habillée à la dernière mode, mais une fille du peuple, simple, modeste et émouvante. L'essai eut lieu quand même et décida de tout.

Et, en tournant ce premier film, Sylva Koscina devint aussitôt vedette car il remporta partout un immense succès. Depuis, elle a fait treize films en deux ans et demi, chiffre fatidique qui lui a déjà porté bonheur puisqu'elle vient de commencer le quatorzième.

Chose curieuse, dans tous ses films, elle eut des rôles de composition qui n'étaient pas faits exactement à sa mesure. Sylva n'a pas encore joué le rôle de sa vie…

… un rôle qui serait adapté à son véritable tempérament assez complexe, car elle est tour à tour gaie ou triste, adorable ou mordante, discutant d'affaires comme un homme, et aimant faire dorloter comme une enfant.

Chose curieuse, dans tous ses films, elle eut des rôles de composition qui n'étaient pas faits exactement à sa mesure. Sylva n'a pas encore joué le rôle de sa vie. un rôle qui serait adapté à son véritable tempérament assez complexe, car elle est tour à tour gaie ou triste, adorable ou mordante, discutant d'affaires comme un homme, et aimant faire dorloter comme une enfant.

Son rêve serait de jouer les rôles destinés autrefois à Ingrid Bergman (type «L'Intrigante de Saratoga»), car. dans ses films précédents, elle fut toujours très différente et jamais tout à fait elle-même ! Elle est passée de la méchante Gitane de «Michel Strogoff» à la mère d'une trop grande fille (Jacqueline Sassard) dans «Guendalina», de la joueuse suédoise de basket-ball dans «Trois fois femme» au charmant petit facteur à dos d'âne dans «L'impossible Isabelle »; puis elle attaqua avec autant de charme lés films d'époque et fut amoureuse d'Hercule dans «Les travaux d'Hercule » et la célèbre guerrière Clorinde dans «La Jérusalem délivrée ».

Elle revint aux rôles modernes avec «Le naïf aux 40 enfants», suivi de «Les jeunes maris», qui vient d'être présenté et primé au dernier Festival de Cannes, où Sylva obtint d'ailleurs un gentil succès personnel. Puis «Voleur et voleuse» avec le comique Alberto Sordi (film qui avait été écrit pour Sophia Loren avant son départ pour l'Amérique). Quand elle reviendra. Sophia n'aura qu'à bien se tenir !

Elle tourne actuellement «Parisien malgré lui» avec Fernand Gravey, Philippe Clay et le célèbre comique italien Totò. C'est une histoire de sosie, un marquis parisien ressemblant trait pour trait à un fameux gangster napolitain, et Sylva y tiendra le rôle d'une aventurière très parisienne.

Dans son prochain film, «Femmes au soleil», qui sera tourné à Portofino, elle aura d'illustres partenaires en Michèle Morgan, Henri Vidal, Marcello Mastroianni, Alberto Sordi, Franco Fabrizzi, Gabriele Ferzetti, et d'autres encore !

Après, elle tournera «Femmes dangereuses» avec Giorgia Moll, et la suite des «Travaux d'Hercule» avec Sylvia Lopez et le bel acteur américain Steeve Reeves. Mais la liste de ses projets serait trop longue à énumérer, car Sylva reçoit environ dix propositions par semaine. Elle accepte celles qui lui paraissent les meilleures car elle ne cherche pas seulement à faire des superproductions, mais à tourner de bons films !

Elle ne s'est pas monté la tête, elle ne joue pas à la star. L'année dernière, ce fut l'année de la jeune et provocante actrice italienne Maria Allasio, qui avait démarré avec une longueur d'avance sur Sylva Koscina. Marisa monta en flèche mais ne sut pas se maintenir. Pendant ce temps Sylva gagnait doucement du terrain et elles arrivèrent à égalité, puis Sylva passa en tête d'une longueur et la voilà partie dans une course fulgurante n'ayant désormais aucune rivale en Italie.

Geneviève Gérald
Éd.8.1.3 : 10-8-2017