Jack PALANCE (1919 / 2006)

… Oh ! le vilain garçon !

Jack Palance

Il s’en est allé le 10 novembre 2006 … Et il fait désormais partie de la légende du cinéma américain.

Jack Palance était un homme attachant, contrairement aux personnages qu’il incarnait. Sa vie n’a pas toujours été facile ! Des débuts dans la pauvreté, un accident qui l'aurait défiguré, la perte de son seul fils,… Pourtant il a gardé un certain amour de la vie, jusqu’à son dernier jour !

Costaud au grand cœur, c’était aussi un poète… Jack Palance, un acteur à (re)découvrir sous son vrai visage…

Donatienne

Éléments biographiques…

Jack PalanceJack Palance

De son vrai nom, il s’appelait Vladimir Yvan (on trouve aussi Walter Jack) Palahnuik.

Il naît le 18 février 1919 dans le Comté de Luzerne à Lattimer, ville minière de Pennsylvanie (USA).

Ses parents, Vladimir et Anna, d’origine ukrainienne, sont de modestes immigrés. Il est le 3eme enfant d’une fratrie de cinq. Son frère Yvan apparaîtra dans quelques films plus tard. La père travaille dans la mine, et très jeune Walter-Vladimir le rejoint.

Il grandit dans cet univers houiller peu propice aux rêves! Une enfance presque à la Zola… Il devient un grand gaillard d’1 mètre 93, taillé comme un Hercule. A la mort de son père, qui était atteint de la maladie des mineurs, les poumons encrassés par les poussières de charbon, il quitte la Pennsylvanie pour s'établir en d’autres lieux.

Comme beaucoup de futurs acteurs américains, le petit Wladimir (ou Walter Jack, comme vous voulez…) découvre l'art dramatique dans une pièce créée par les élèves de son école. Parallèlement il se jette dans le sport, ayant la carrure pour cela! Le voilà inscrit à l’Université de Caroline du Nord. Il joue au base-ball, puis au football américainJack Palance avec de bons résultats, mais le côté commercial du sport lui déplaît. Nous sommes dans les années 30 et il s’adonne à la boxe, dans la catégorie poids lourds. Il mène ses combats sous le nom de Jack Brazzo. La légende dit qu’il gagne ses 15 premiers combats dont 12 par KO ! Toutefois, en mars 1942, grièvement blessé à la pomme d'Adam par son adversaire, il perd provisoirement l'usage de ses cordes vocales et décide alors de changer d'orientation.

La Seconde Guerre Mondiale est là, qui le propulse aux commande d'un bombardier B24 Liberator, avec le grade de lieutenant en second. Aux commandes de son appareil lors d'un entraînement au-dessus de l’Arizona, il est victime d’un grave accident. Son avion prend feu; il est gravement brûlé au visage. Il subira des greffes et la chirurgie esthétique réussira à lui redonner une figure , même si c’est une figure quelque peu cabossée… Après plusieurs interventions, il sera hors de danger et libéré de toutes obligations en 1944. Sa nouvelle tête toute refaçonnée , presque à coups de serpe va en fin de compte le servir mais il ne le sait pas encore…

Une drôle d'histoire me direz-vous. Mais que faut-il en croire? Bien que rapportée dans de nombreuses biographies, l'anecdote de la chirurgie esthétique est contestée par le comédien : "Pure invention d'attaché de presse: je n'ai jamais eu le visage brûlé par quoi que ce soit !" (La Revue du Cinéma, N° 453, octobre 1989) . Dont acte…

En 1947, il sort de l’université de Stanford avec un diplôme d’art dramatique, après s’être engagé un peu dans la voie du journalisme.

Pendant ce temps d’études, comme beaucoup, il aura exercé pas mal de petits métiers ! Vendeur de soda, garde du corps, réparateur de poste radio , modèle pour photographe et même cuisinier !

Le cinéma…

Jack Palance«Shane» (1953)

Ses débuts se font sur Broadway lors d'un spectacle intitulé «The Big Two» : il n’a qu’une phrase à prononcer mais en russe ! Pas de problème pour lui avec la langue de Tolstoï: on le parle à la maison ! Profitons-en pour préciser que Jack parlait 6 langues : L’Ukrainien, sa langue maternelle, le russe, l’anglais, le français, l’espagnol et l’italien !

Pour son premier vrai contrat, il n’est que la doublure d'Anthony QuinnAnthony Quinn dans «Un tramway nommé désir» de Tennessee Williams, mais le comédien ne tombe jamais malade ! Jack abandonne la troupe et débarque à New York où il se propose pour tenir le rôle principal dans… «Un tramway nommé désir» (!!!), jouée sur Broadway et mise en scène par Elia KazanElia Kazan. Ce jour là, Marlon BrandoMarlon Brando, titulaire du rôle de Stanley Kowalski et victime d'un léger accident, doit renoncer à poursuivre momentanément les représentations. Jack sait se faire remarquer si bien qu' Elia Kazan lui proposera, trois ans plus tard (1950), de figurer au générique de son film «Panic in the Streets/Panique dans la rue», avec Richard Widmark, où il incarnera une victime de la peste noire.

La personnalité du nouveau comédien est assez vite appréciée, sa longue silhouette facilement reconnaissable. C’est une belle carrière cinématographique, riche de plus de 80 films qui durera plus de 40 ans qu’il entame alors. Il a déjà la trentaine. Il devient Jack Palance pour tout le monde.

Dans «Le masque arraché», en 1952, il est le partenaire de Joan Crawford. Mais son style fait qu’on le cantonne très vite dans des rôles de méchants, de brutes. Ajoutez à cela sa facilité à exprimer un rire sournois, presque diabolique ! Ce qui ne l’empêchera pas de bénéficier toujours de l’amitié du public à son égard… Ainsi le film «L’homme des vallées perdues» (1953) où, donnant la réplique à Alan Ladd, il personnifie un inoubliable tueur professionnel, tout de noir vêtu.

Suivent des westerns et des peplums… Son visage asiatique, aux pommettes saillantes et aux traits burinés incitent les réalisateurs à le choisir pour incarner des Indiens («Arrowhead/Le sorcier du Rio Grande» en 1953) , des Barbares («The Barbarians », 1960), des Mongols («Les Mongols», 1961) , des personnages typés comme Attila («Le signe du païen», 1954) ou même encore Jack l'Eventreur («Man in the Attic», 1953) !

Retenons aussi «Le grand couteau» (1955) : il joue un comédien alcoolique dans ce long métrage de Robert Aldrich, qui le recontactera dans la foulée, pour «Attaque».

D’autres peplums, d’autres westerns…

Il décide alors d’élargir son horizon vers l'Europe et, en 1963, où il tourne «Le mépris», sous la direction de Jean-Luc Godard, aux côtés de Brigitte Bardot et Michel Piccoli. Ce film qui à l’époque en avait choqué plus d’un , ne serait-ce que par la première image où l’on voit Brigitte de dos, complètement nue, raconte l’histoire d’un couple (Bardot-Piccoli) qui se déchire sur fond de tournage en Italie. Palance y est le producteur américain Jérémy Prokosh.

1965 le voit partenaire d’Alain Delon dans «Les tueurs de San Francisco». En 1969, dans «Che» il incarne Fidel Castro, tandis qu'Omar Sharif est Che Guevara. Sa carrière ralentit quelque peu ; il cède à la mode des westerns spaghetti… Il se risque aussi dans le cinéma d’épouvante avec «Dracula et les femmes vampires», un téléfilm au départ tellement plébiscité qu’il sort en salle avec un énorme succès.

Après une nouvelle pause, en 1988, Le génial «Bagdad café» lui permet un retour en force. Souvenons-nous de Rudi Cox, ce peintre-poète marginal qui tombe amoureux d’une touriste allemande (Marianne Sâgebrecht-Jasmin) perdue dans ce semblant de bout du monde !

En 1989, dans «Batman», il est le père adoptif du Joker» , il incarne Curly, un vieux cow-boy grincheux. On dit que c’est Billy CrystalBilly Chrystal, le principal acteur qui aurait insisté pour que Jack, son idole de toujours, ait un rôle. Le thème de cette allègre comédie desservie par un titre français à la limite du ridicule: Un citadin en plein doute existentialiste, décide avec deux compères, de conduire un troupeau de vaches du Nouveau Mexique au Colorado. C’est l’occasion pour les trois bonshommes quadragénaires de faire le bilan de leur vie respective. Des dialogues percutants et amusants font de cette comédie une occasion de bien se divertir lors d’un dimanche frileux !

La télévision

La première apparition de Jack Palance sur un écran ce fit dans le cadre de celui qu'on qualifie communément de petit. En effet, en 1950, il est le protagoniste d'un épisode de la série télévisée à caractère fantstique, «Lights Out». L'opus dont il est question, diffusé en 1950, s'intitulait «The Man Who Couldn't Remember».

En 1968, il campa un magnifique Mr.Hyde dans une adaptation du célèbre roman de R.L. Stevenson, «The Strange Case of Dr.Jekyll and Mr. Hyde».

Plus tard, il apparaîtra dans plusieurs autres séries, notamment avec sa fille Holly, comme dans «The Greatest Show on Earth». On se souvient également de son rôle dans «Requiem for Heavyweight», une fiction dans ce milieu de la boxe qu’il connaissait si bien.

Les nominations, les récompenses les honneurs et les hommages…

Jack PalanceL'oscar…

Jack Palance a ,comme les grandes vedettes américaines, son étoile sur le Boulevard d’Holywood au numéro 66080. Son nom est inscrit sur le Mur du National Cowboy and Western Heritage Museum.

Il a été nominé par l’Academy Oward pour l’Oscar du meilleur second rôle pour sa performance dans «Sudden Fear» en 1952. L'année suivante, il récidive avec son rôle dans «Shane».

En 1992, il décroche le gros lot en obtenant enfin l'Oscar du meilleur second rôle pour «City Slickers» (1991). Lors de la cérémonie de remise des récompenses, à l’appel de son nom, il entre dans un petit délire très drôle sur scène, faisant des tractions au sol sur une seule main, mettant la salle au défi de faire de même, toute la nuit s’il le faut ! S’emparant un peu - et même beaucoup - de l’ambiance ! N’oublions pas qu’il avait alors déjà 73 ans ! Bien sûr, il obtint un triomphe, tandis que le présentateur d’un soir et son partenaire dans le film, Billy Crystall, qui du haut de son mètre 70 paraissait minuscule à côté de lui aura eu toutes les peines du monde à s’y retrouver et en plaisantant le menacera de l’exclusion pour la cérémonie de l’année suivante !

Pourtant il sera bien là, en 1993, tirant avec ses dents une immense réplique de la statuette des Oscars ! Ces “exploits” sont encore dans toutes les mémoires et nul doute que les télévisions américaines ne se seront pas privées de remontrer les extraits de ces soirées au soir de son décès.

Comme on le voit, il n’était pas la grande brute connues dans certains de ses films, mais un homme qui savait après tout s’amuser… Billy Crystal devait d’ailleurs déclarer, apprenant la triste nouvelle de sa disparition: "Je suis choqué et attristé par le décès de mon cher ami Jack, une véritable icône du cinéma! Son numéro aux Oscar et ses acrobaties nous ont liés à jamais et pour cela je le remercie" (10/11/2006).

Quand à Ron Underwood, qui l’a dirigé dans «City Slickers», il déclara : "C’était un homme farouche, timide, un grand costaud avec un cœur énorme…"

Roger MooreRoger Moore, qui le connaissait également, s’exprime en ces termes: "Le vrai Jack Palance était un homme drôle, cultivé, charmant !"»

Jack aura reçu des récompenses d’autres instances que les Oscars :

  • Un Emmy Award de la télévision pour «Requiem for a Heavyweight»
  • Un Golden Globe du meilleur second role pour «City Slickers»
  • Un Comedy Award, second role, toujours pour «City Slickers»
  • La vie privée…

    En 1949, Jack Palance épouse Virginia Baker, une jeune actrice appartenant à la troupe de Kazan, dont il fut déjà question. Ils auront trois enfants : Holly née en 1950, Brooke en 1952 et le garçon, Cody , né en 1955. Ce dernier apparaît dans le film «Young guns» aux côtés de son père.

    Il aura le grand malheur de perdre ce seul fils Cody, en 1998, à l’âge de 42 ans, d’un mélanome. Il ne s’en remettra jamais ! Il crée alors un club de golf qui porte le nom de Cody Palance dont les bénéfices sont reversés à la ligue contre le cancer de Los-Angeles.

    Il se tiendra toujours éloigné du tapage Hollywoodien, préférant emmener sa famille en voyage notamment à Lausanne en Suisse.

    Séparé de Virginia en 1966, il épouse Elaine Rogers en 1987.

    Dans les années 60, il avait acheté un ranch au nord de Los Angeles avec des chevaux et du bétail. Il deviendra par la suite végétarien, refusant de manger de la viande rouge, expliquant que lorsqu'on a du bétail, on en arrive à l’aimer au point de ne plus pouvoir le manger…

    Un artiste complet…
    Jack PalanceJack Palance au XXIe siècle

    Jack Palance avait d'autres cordes à son… art. La peinture et la poésie. Il exposait et vendait. Chacune de ses toiles, essenttiellement des paysages, était accompagnée d’un poème. En le voyant jouer les gros durs, les méchants à l’écran, on ne pensait pas forcément à quelqu’un d’aussi sensible, capable d’écrire des vers, comme ce recueil «The Forest of Love» qu’il publia en 1996, dans lequel il évoque l’amour entre les hommes et les femmes à l’automne de la vie.

    Toujours, il aura été fidèle à sa Pennsylvanie natale, où il aimait retourner quand cela était possible . Elle lui inspirait ses poèmes davantage que la Californie. Il aura pourtant vendu sa maison de là-bas, la Holly-Brooke Farm, du nom de ses deux filles.

    Il s’est éteint de façon naturelle le 10 novembre 2006, à l’âge de 87 ans, dans la villa de sa fille Holly, au Montecito, à Santa-Barbara, entouré de son épouse Elaine, de ses deux filles, Holly et Brooke, de ses petits enfants, Lily, Spencer et Tarquin, de son frère John et de sa sœur Anne. Lui qui avait peur de la déchéance physique en aura été épargné.

    Une cérémonie du souvenir fut organisée, pour laquelle la famille demanda que, plutôt que d’offrir des fleurs, on fasse des dons à la Penn State University Hazelton Campus , l’université du pays natal de Jack. Un acteur de l’époque mythique des westerns , un grand bonhomme s’en est allé à son tour, le 10-11-2006. Son nom appartient maintenant à la légende du cinéma…

    Documents…

    Sources : Imdb, documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

    Merci à Fernand Cabrelli pour les documents supplémentaires qu'il a bien voulu nous adresser.

    Tout près de Satan !

    Citation :

    "Il serait triste pour l'humanité que Beethoven ou Van Gogh n'aient pas vécu, Mais qui peut dire que le monde souffrirait un seul instant de la perte d'un comédien ?"

    Jack Palance
    Donatienne (mai 2007)
    Ed.7.2.1 : 19-12-2015