SIMONE et JEAN (1942 / 2008)

… Ni toi sans moi, ni moi sans toi…

… Ni toi sans moi, ni moi sans toi… Simone Valère et Jean Desailly

Jean Desailly et Simone Valère ont formé un couple mythique sur nos scènes, sur nos écrans et dans la vie tout simplement.

On ne peut évoquer le nom du premier sans y associer aussitôt celui de son épouse. Aussi n’avons nous pu nous résoudre à les séparer !

C’est donc la double page de leurs vies que nous vous présentons aujourd’hui. Jean et Simone, Simone et Jean, unis à jamais par l’amour mais aussi par le talent, le goût du risque et la recherche de la perfection dans leur art.

Jean nous a quittés en 2008. Simone en 2010. Mais soyons certains qu’ils ont su se retrouver.

Madame, Monsieur, bravo et merci pour avoir si bien su nous donner le meilleur de vous-même.

Donatienne

L'aventure Renaud-Barrault…

Simone Valère et Jean Desailly"Bonjour Monsieur…" -"Bonjour Madame !"

1946. Réalisant leur rêve, Jean‑Louis BarraultJean-Louis Barrault et Madeleine Renaud fondent leur propre troupe théâtrale. Jean Desailly, premier engagé, en devient le doyen à 26 ans. Ses deux premiers rôles seront Hamlet et Dorante dans «Les fausses confidences», au théâtre Marigny.

Simone Valère ne va pas tarder à rejoindre le groupe. C’est Jean qui avance son nom pour le rôle de Marton dans «Les fausses confidences». Madeleine approuve : "Elle est délicieuse !".

Les deux jeunes comédiens ne sont pas encore amoureux l'un de l'autre, mais déjà ne se quittent guère. C’est le vrai début de leur histoire commune qui durera plus de 60 ans !

C’est également le départ d’une grande amitié quasi filiale et d’une vraie complicité qui les unira à ceux qu’ils appelleront affectueusement "nos petits patrons" : Jean-Louis et Madeleine. Cette tendresse sera réciproque; il suffit de lire les lettres que Jean-Louis leur écrivait et qui commençaient par "Mes enfants chéris…" ou encore "Mes agneaux…". C’est à eux que Simone et Jean dédieront leur livre biographique, «Un destin pour deux».

Ils seront tous deux les piliers de la troupe pendant 23 ans, troupe qui accueillera tour à tour Edmond Beauchamp, Jean Pierre Grandval, le mime Marceau, Gabriel Cattand, Jean François Calvé, Eléonor Hirt, Bernard Dhéran, Jean Servais et tant d’autres.

Jouant au moins trois pièces par saison, ils passeront leur vie sur les planches. Avec leurs "petits patrons", ils exporteront leur talent dans le monde entier. Ensemble, ils parcourront l’Europe, le Moyen et l’Extrême Orient mais aussi l’Amérique du Sud, avec le Mexique, le Brésil et l’Argentine.

La camaraderie qui unissait au début Jean à Simone se transforme en un sentiment plus profond et plus tendre. Il leur faut prendre de graves décisions… Tous deux sont par ailleurs engagés et Jean est maintenant père de deux fillettes : après Michèle est née Marie-Martine. A la fin de la tournée d’Amérique latine, en 1950, ils décident de s’imposer une séparation afin de prendre les résolutions les meilleures possible. Simone rentrera en avion. Quant à Jean, il réfléchira sur le bateau pendant la traversée : "Débarquant à Paris, je me suis précipité chez Simone et l’ai trouvée dans les mêmes dispositions que moi… Nous abandonnions tout… Mes filles sympathisèrent assez rapidement avec Simone. Notre destin était en marche : un destin pour deux".

Le couple s’installe dans un appartement au bord de la Seine. Ils l’occuperont pendant plus de 45 ans.

L’aventure Marigny durera 10 ans (1946-1956) et sera suivie par l’aventure Odéon (1959 – 1968), mythique théâtre populaire, qui deviendra en 1959, sur décision d’André Malraux, le Théâtre de France.

Mai 1968, avec les événements que l’on sait, constituera une véritable blessure pour la troupe. La loge de Simone et de Jean sera saccagée, les souvenirs éparpillés ou volés… Une vraie blessure pour tous !

La compagnie Valère Desailly…

Simone Valère et Jean DesaillySimone et Jean sur la scène
du théâtre de la Madeleine

Jean et Simone estimeront qu’il est temps pour eux de voler de leurs propres ailes : "De nos petits patrons, nous nous séparons les yeux pleins de larmes. Le cordon ombilical est coupé, mais la tendresse reste… ".

Ils fonderont à leur tour leur compagnie, prenant la direction du théâtre Hébertot (1973), lieu des débuts de Simone, où planait encore le souvenir de Jean Giraudoux. Ils y accueilleront Pierre EtaixPierre Etaix et Annie FratelliniAnnie Fratellini.

L ’aventure se poursuivra trois ans plus tard au théâtre Edouard VII. Après un passage par le théâtre de l’Athénée, fief mythique de Louis Jouvet, ils intègrent finalement le théâtre de la Madeleine. De grands succès, comme «L’amour fou» d’André Roussin, qui restera leur pièce fétiche, «Du vent dans les branches de sassafras» avec le bonheur d’y entourer Jean Marais. Servant aussi bien Anouilh («La foire d’empoigne») que Giraudoux («Siegfried»), ils connaîtront pourtant les échecs qui font mal et qui poussent à se remettre en question, comme avec «Brève rencontre» qui, après la libéralisation soixante-huitarde des mœurs, parait bien démodée !

Les difficultés feront qu’ils devront renoncer à entretenir une véritable troupe. Mais ils compenseront par des solutions satisfaisantes, se conduisant davantage comme compagnons que comme directeurs.

L’aventure du Théâtre de la Madeleine durera jusqu’en 2002, avec la reprise du «Topaze» de Marcel Pagnol, «Arsenic et vieilles dentelles», et accueillera la grande amie Edwige FeuillèreEdwige Feuillère pour son monologue sur scène.

Jean et Simone attireront tous les grands comédiens, tant ils symboliseront le talent, la qualité, l’élégance, et le respect des spectateurs. Unis à la ville comme à la scène, ils resteront inséparables dans l’esprit du public. Simone aura choisi de ne pas avoir d’enfants, considérant qu’il était impossible de prendre cette responsabilité avec la vie itinérante qu’ils menaient. Elle aura œuvré pour que Jean soit proche de ses deux filles. Ils auront été longtemps accompagnés lors de leurs périples par Wack, un berger de Brie, qui aura été un fidèle compagnon et qui aura énormément compté dans leur vie.

Simone et Jean font leur cinéma…

Simone Valère et Jean Desailly«Jocelyn» (1951)

Après «Le voyageur de la Toussaint» déjà évoqué, «La revanche de Roger la honte» d’André Cayatte (1946) réunit à nouveau le couple. «Jocelyn» (1951), adaptation cinématographique du drame romantique de Lamartine, comptera beaucoup dans leur carrière cinématographique. "Le tournage fut un enchantement", confiera Jean, se rappellant Jean Vilar dont c’était là une des rares apparitions à l'écran.

Nous n'avons pas trouvé beaucoup d'informations sur «On ne badine pas avec l'amour», filmé par Jean Desailly en 1955, que certains présentent comme un court-métrage et d'autres comme un film inédit. Il s'agit, paraît-il, de l'enregistrement en 16mm et en couleurs d'une représentation théâtrale donnée en 1952.

Cette année-là, chacun part de son côté pour «Les grandes manœuvres» de René Clair, dans lequel ils n'auront aucune scène commune.

A La fin des années 50, la mode est aux films historiques comme «Le chevalier d’Eon» de Jacqueline Audry (1959), où ils personnifient Louis XV et Mme de Pompadour. Là, ils se rencontreront !

Les années 60 les verront davantage réunis , que ce soit dans «L’année du bac» (1963) où ils incarnent un couple de parents, «Les deux orphelines» de Riccardo Freda (1965) où ils personnifient le comte et la comtesse de Lignières. Citons également «Le franciscain de Bourges» de Claude Autant-Lara (1967). Ensemble toujours, nous les verrons dans «L’assassinat de Trotsky» de Joseph Losey (1972, ils y sont mari et femme)…

A propos de «Un flic» de Jean-Pierre Melville, dans lequel ils apparaissent tous les deux dans des scènes différentes, Jean écrira : "Je tiens Jean-Pierre Melville pour l’un des plus grands cinéastes de son temps, à la personnalité extraordinaire qui n’est pas sans rappeler Orson Welles. Il avait un sens de l’amitié exceptionnel".

«Equipe de nuit», en 1988, marquera leur dernière apparition ensemble sur nos grands écrans.

Un couple éternel…

Simone Valère et Jean Desaillyun Molière d'honneur en 2002

Jean et Simone prendront grand soin, jusqu’à leur mort, de leurs “petits patrons”, leur rendant régulièrement visite avenue du Président Wilson.

Ils oseront aller encadrer de jeunes lycéens de banlieue qui tentaient de monter un spectacle. Patients, indulgents, ils sauront leur communiquer leur passion.

En 2002, un Molière d’honneur merveilleusement justifié couronnera l’ensemble de leur carrière. L’on se souviendra de l’émotion de Jean PiatJean Piat, un ami, au moment de leur remettre la statuette.

Jean et Simone formèrent un couple mythique, uni et solidaire. Malgré les bourrasques de la vie d’artiste, il a tenu bon jusqu"à sa fin. Les désormais vieux amants rendront officielle leur union en se mariant en 1998, après presque 50 ans de vie commune.

Séparés par le décès de Jean, survenu le 11 juin 2008 à Dourdan, ils savent, nous n'en doutons pas, se retrouver au-delà de la mort.

Documents…

Sources : «Un destin pour deux», autobiographie de Simone Valère et Jean Desailly, avec la collaboration de Jean-Marc Loubier, documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Citations :

"Je suis passionnée par l’être humain. Je crois avoir une grande fidélité en amitié et un grand intérêt pour ce qui se passe autour de moi." (Simone Valère)

"Jean-Louis Barrault et Madeleine Renaud ? Ils nous ont révélé l’Art et le Monde. Nous leur sommes redevables d’une vie merveilleusement vécue et d’une formation artistique exceptionnelle." (Jean Desailly)

Donatienne (décembre 2008)
Ed.7.2.1 : 23-12-2015