Gloria GRAHAME (1923 / 1981)

… un si doux visage

Gloria Grahame

Menacée, maltraitée, frappée, ébouillantée, blessée, (presque) noyée… Gloria Grahame fut indéniablement la femme la plus malmenée du cinéma américain. Femme fatale, écrivirent certains, mais une fatalité qui semble trop souvent s'être retournée contre elle.

Cette actrice, qui a sans doute manqué la marche lui permettant d'accéder au rang de première étoile, n'en demeure pas moins l'une des plus reconnues et appréciées de sa catégorie. Ses nombreuses apparitions dans ce genre d'oeuvres que l'on qualifie généralement de “films noirs” autant que sa vie sentimentale mouvementée ont contribué à lui asseoir une réputation qu'il n'est pas aventureux de qualifier de sulfureuse.

De ce soufre qui brûle aux Enfers…

Christian Grenier

Gloria Hallward…

Gloria GrahameGloria Grahame

Née Gloria Hallward, à Los Angeles, le 28 novembre 1923 (on a longtemps cru 1925), elle est la fille d'un dessinateur industriel, Michael Hallward, et de Jean Mac Dougall, une actrice d'origine écossaise qui fit carrière sous le pseudonyme de Jean Grahame. Par sa branche paternelle, son arbre généalogique la fait remonter jusqu'au souverain d'Angleterre Edouard III. Plus étonnant et moins souvent mentionné, la branche maternelle la raccroche à Sommerfeld, un Roi des Hébride du 12 eme siècle !!! On lui connaît une soeur aînée (1911), la future actrice Joy Hallward.

A 9 ans, comme beaucoup de petits Américains, elle découvre le théâtre au travers de spectacles scolaires très en vogue au pays de l'Uncle Sam.

Néanmoins peu intéressée par les études, elle abandonne l'école relativement tôt. Ayant suivi des leçons d'art dramatique à Hollywood, elle rejoint une troupe de théâtre et effectue ses débuts professionnels dans la revue «Good night ladies» (1942), d'abord remplaçante, enfin titulaire…

Engagée peu après à Broadway (1943), elle assure le remplacement de Miriam HopkinsMiriam Hopkins sur la pièce «The Skin of our Teeths» (1943) avant d'obtenir, sous son vrai nom, un petit rôle dans «A Highland Flying». Elle a la chance d'être repérée par le producteur de cinéma Louis B.MayerLouis B.Mayer. Le mogul de la Metro-Goldwyn-Mayer l'engage aussitôt pour garnir le harem de starlettes de sa célèbre compagnie. Elle adopte, pour faire carrière, le pseudonyme déjà utilisé par sa mère.

A la MGM…

Si elle se fait remarquer dans «Blonde Fever» (1944) - quatrième au générique, son nom apparaît déjà sur l'affiche - , elle est rabaissée au rang de “flower gil” dans sa seconde prestation, «Without Love » (1945), l'une des nombreuses comédies du déjà célèbre tandem, Spencer Tracy et Katharine Hepburn. La voyant délaissée par la MGM, son agent la recommande à Frank CapraFrank Capra qui complète le casting de «La vie est belle » (1946) pour la RKO.

Entre temps (1945), elle aura contracté son premier mariage avec l'acteur de “séries B” Stanley ClementsStanley Clements, union qui se soldera trois années plus tard par un divorce (6-1948).

Gloria Ray…

Gloria GrahameArrêtez de l'embêter !

La même compagnie distribue Gloria Grahame dans le célèbre «Feux croisés » d'Edward Dmytryk (1947). Face à Robert Mitchum, Robert Ryan et Robert Young, elle tire suffisamment son épingle du jeu pour obtenir une nomination à l'oscar de la meilleure actrice de second rôle, remporté cette année-là (1948) par Celeste HolmCeleste Holm. Avec ce film, l'actrice fait son entrée dans le genre qui l'amènera vers les sommets, le “film noir”.

Après «Song of the Thin Man » (1947), l'une des nombreuses aventures du couple «M. et Mme. détectives» et de leur chien Asta, déçue par le manque de perspectives, elle quitte définitivement la MGM.

A ce moment-là, elle fouette d'autres chats, davantage préoccupée par sa prochaine union avec le réalisateur Nicholas Ray que par le septième art. La cérémonie - furtive - se déroule le jour même du divorce d'avec Stanley. Le nouveau couple aura un fils, Timothy (12-11-1948, ça pressait…), avant de divorcer (1952).

A l'aube d'une carrière remarquable, Nicholas ne tarde pas à mettre en scène Gloria dans «A Woman's Secret » (1949), lui offrant même son premier “pruneau” de cinéma. Ca commence !

Après une escapade à cheval dans les plaines du Far West quand vient la nuit, («Roughshod », 1949), Gloria Grahame rejoint Humphrey Bogart, sous la surveillance de Nicholas Ray pour la seconde et dernière fois, sur le plateau de «In a Lonely Place/Le violent » (1950). Elle, c'est l'épouse, lui, le mari violent : vous dire que ça ne s'arrange pas ! Mais les coups portent, et nombreux sont les fans qui retiennent cette performance comme la meilleure de leur vedette favorite.

En 1951, elle apparaît dans l'un des derniers opus du grand Josef Von Sternberg, «Macao », mais n'est pas première étoile au paradis des mauvais garçons puisque Jane Russell brille plus haut qu'elle sur les affiches.

Gloria Howard…

Gloria GrahameCa devait finir comme ca !

En 1952, Gloria Grahame signe avec la Paramount (1952) pour figurer en bonne place dans la superproduction de Cecil Bount DeMille, «Sous le plus grand chapiteau du monde ». Sans la présence d'esprit du directeur du cirque (Charlton Heston), elle eut péri, écrasée sous une patte d'éléphant !

Par la suite, l'actrice poursuit sa carrière en “free lance”, passant d'une compagnie à l'autre au gré des rôles proposés. Pour son plus grand avantage, car sa participation au film de Vincente Minnelli, «The Bad and the Beautiful/Les ensorcelés) » (1952) lui permet de récolter l'oscar de la meilleure actrice de second rôle.

Les bonnes nouvelles ne préservant pas des mauvais traitements, Lee Marvin n'hésite pas à lui jeter au visage le contenu bouillonnant d'une cafetière dans «The Big Heat/Règlements de comptes » (1953) ! Le réalisateur, Fritz Lang, devait en vouloir à notre vedette car, quelques mois plus tard, il la fait massacrer par un mari humilié et furieux (Broderick Crawford) dans «Désirs humains » (1954) ! Plus prudentes, Barbara Stanwyck, Rita Hayworth et Olivia De Havilland, précédemment sollicitées, avait refusé le rôle…

Troisièmes noces…

La même année, elle épouse le producteur, scénariste et (futur) réalisateur Cy Howard, qui écrivit pour l'écran les histoires de «My Friend Irma», si courues aux Amériques. Le couple aura une fille, Marianna Paulette (10-1956) et divorcera une année plus tard (10-1957).

Gloria Ray Jr…

Gloria GrahameAh ! Enfin !

Après une excursion en Angleterre («Les bons meurent jeunes », 1954) où elle ne sera pas épargnée, Gloria Grahame s'empêtre dans les fils de «La toile d'araignée » (1955). Cette histoire pesante, située dans un univers médical psychiatrique, n'a pas la légèreté habituelle des oeuvres de Vincente Minnelli. Mais le sujet s'y prêtait-il ? ... Comment ? Non, elle ne finit pas sous les coups de couteaux d'un psychopathe en vadrouille… La comédienne n'en conserve pas pour autant un bon souvenir du tournage, se soulageant ultérieurement de quelques remarques acerbes envers ses deux partenaires, Richard Widmark et Charles Boyer.

Car la dame n'a pas le caractère facile (ce qui ne justifie pas pour autant toutes ces maltraitances dont j'ai fait état !). Bien que n'ayant aucun talent particulier pour la chansonnette, elle se voit tenue de faire honneur à son engagement dans le western musical de Fred Zinnemann, «Oklahoma » (1955). Ce qu'elle fait avec beaucoup de réticences, se montrant exécrable lors du tournage, mais faisant preuve de suffisamment de talent pour que sa prestation soit à jamais gravée dans la cire. En outre, son comportement, jugé anti-professionnel, lors de la sortie de «L'homme qui n'a jamais existé » (1956, en Grande-Bretagne: elle refuse de participer à la promotion du film), lui attire les critiques des studios autant que des médias. L'année suivante, la Fox intente contre elle une action en justice, lui reprochant d'avoir empoché le cachet d'un second rôle qu’elle a finalement refusé de tenir dans «Love Is a Many Splendored Thing» (1955).

Dès lors, les choses se compliquent et l'avenir s'assombrit sous le ciel d'un Hollywood rancunier, au point que Gloria choisit un temps de mettre un terme à sa carrière et de s'installer provisoirement à Paris (France).

Scandale à Hollywood !

De retour à Hollywood, Gloria Grahame renoue une relation avec Anthony Ray, fils de Nicholas Ray et de Jean Evans. Ces retrouvailles aboutissent à un mariage (1960), faisant ainsi du deuxième époux de l'actrice… son beau-père ! Le scandale est énorme dans la Mecque du septième art, et même ailleurs ! Ce qui n'empêchera pas le couple d'avoir deux enfants, Anthony Jr (1963) et James (1965). Le divorce sera prononcé en 1974.

Gloria Grahame…

Gloria Grahame«Ride Beyond Vengeance» (1966)

Dernière contribution au film noir, «Le coup de l'escalier» (1959), met un point que l'on put croire final à la filmographie de Gloria Grahame, pour un temps mère au foyer. Mais ses nouvelles occupations ne l'empêchent pas de faire plusieurs apparitions isolées dans quelques unes des séries télévisées américaines en vogue, annonciatrices d'un tournant inéluctable.

En 1966, elle revient au cinéma dans un western assez obscur, «Ride Beyond Vengeance », pour un rôle de quelques minutes. Par la suite, elle tourne encore une bonne douzaine de films sans grand intérêt qui ne furent pas jugés dignes d'une distribution européenne.

Comme nombre de ses collègues (Joan Crawford ou Bette Davis pour ne citer que les plus célèbres), elle sacrifie de temps à autre à quelque film d'horreur : «The Todd killing » (1971), «Blood and Lace » (1971), «Mama Dirty Girls » (1974), «Mansion of the Doomed » (1976). Mais ces oeuvrettes n'ajoutent rien à une gloire désormais passée. Pourtant, en 1979, les photographies de presse de «Head Over Heels » nous la montrent encore bien séduisante…

Gloria in ecxelsis…

Atteinte d'un cancer de l'estomac qu'elle se refuse à prendre au sérieux, elle préfère l'exercice de son métier à l'opération qui l'eut peut-être sauvée. Elle se rend en Angleterre pour une nouvelle pièce lorsque la maladie la rattrape. Hébergée près de Liverpool par son ami Peter Turner, elle regagne New York où elle décède peu après son arrivée, le 5 octobre 1981.

Documents…

Sources : Imdb, documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Citation :

"I don't think I ever understood Hollywood (Je ne pense pas que j'ai jamais compris Hollywood)."

Gloria Grahame
Désirs humains…
Christian Grenier, avec la collaboration de Marlène Pilaete (avril 2009)
Ed.7.2.1 : 24-12-2015