Teresa WRIGHT (1918 / 2005)

… … l'actrice qui ne voulait pas être star……

… l'actrice qui ne voulait pas être star… Teresa Wright

Regrettons-le tout de suite, le nom de Teresa Wright n'évoque pas grand chose dans la mémoire de ceux qui considèrent le cinéma comme un loisir : à chacun ses faiblesses.

Pourtant, elle fut de ces rares actrices à entrer dans la carrière par la grande porte, à peine auréolée de quelques succès on Broadway. Pour ajouter à son mérite, ses trois premières apparitions furent plébiscitées par les professionnels qui ne tardèrent pas à épingler les palmes hollywoodiennes à sa toute jeune poitrine.

L'avenir semblait bien prometteur, mais la belle n'aimait pas les paillettes…

Christian Grenier

Enfance…

Teresa WrightTeresa Wright

Muriel Teresa Wright naît le 27 octobre 1918, à New York, dans le quartier de Harlem. Fille de Marta Espy et d' Arthur Wright, agent d'assurances, elle grandit pour l'essentiel, après le divorce de ses parents, dans le New Jersey, où ses études sont couronnées par un diplôme de la Columbia High School de Mapplewood.

Emerveillée par le jeu de la comédienne Helen HayesHelen Hayes dans une représentation théâtrale de «Victoria Regina (La reine Victoria)», elle éprouve très tôt le désir de devenir actrice et, dès l'adolescence, se fait remarquer sur les estrades de son lycée. Son premier grand rôle dans un cadre scolaire, pour la pièce «Death takes a holiday», lui vaut les félicitations de son professeur de diction et une recommandation lui permettant d'intégrer la troupe du Wharf Theatre de Provincetown (Massachusetts) lors des sessions estivales.

…et jeunesse

A l'issue de sa seconde saison au Wharf Theatre, elle attire l'attention de l'actrice new-yorkaise Dodo MerandeDodo Merande. Elle obtient ainsi une figuration dans la pièce de Thornton Wilder, «Our town», tout en assurant la doublure de Dorothy McGuireDorothy McGuire pour le rôle d'Emily Webb. Comme le nom de Muriel Wright a déjà été déposé au syndicat des acteurs, la jeune comédienne adopte bientôt le pseudonyme sous lequel nous apprendrons à la connaître, Teresa Wright.

En tournée à Washington, où les enfants ne sont pas autorisés à jouer, on lui demande de reprendre le rôle de la petite Rebecca. De fil en aiguille, elle finit par atteindre au premier rôle pour une tournée en Nouvelle Angleterre (1939).

Quelques mois plus tard, avec «Life with Father», elle fait ses véritables débuts à Broadway où elle se produit plusieurs mois (1939/1941). Remarquée par la dramaturge Lillian Hellman, elle est jugée par le producteur Samuel GoldwynSamuel Goldwyn qui l'invite à l'accompagner Hollywood…

Les plus belles années de sa vie…

Teresa WrightLa cérémonie des oscars 1943

Prudente, Muriel Teresa pose ses conditions : pas de “starisation”, et l'autorisation de jouer chaque année une pièce à Broadway. Le producteur, décidé à s'attacher les services de sa découverte, acquiesce. Si «La vipère» (1941) se tourne dans un climat de tension permanente, William Wyler et Bette Davis ayant une conception différente de l'animal, le film, comblé d'un franc succès, lui vaut une première nomination à l'oscar de “best actress of a supporting role”.

Après son intermède contractuel à Broadway, Goldwyn et Wyler rappellent la jeune actrice pour incarner la belle-fille de Greer Garson et Walter Pidgeon dans «Mrs. Miniver» (1942), un personnage dramatique et émouvant par sa fin tragique. La même année, dans «Vainqueur du destin», elle incarne l'épouse du célèbre joueur de base-ball Lou Gehrig (Gary Cooper), atteint au sommet de sa gloire par la maladie de Charcot.

La cérémonie des oscars 1943 aura sans doute constitué le plus beau jalon de toute sa carrière : cette fois autorisée à participer à la course suprême de la meilleure actrice pour le second film cité, le premier lui permet d'acquérir la précieuse statuette dans la catégorie inférieure. Trois nominations, dont une aboutie, pour trois apparitions à l'écran, la performance n' a plus été (et n'est pas prêt d'être) renouvelée !

Après un premier accouchement, Teresa Wright réapparaît en nièce soupçonneuse envers Joseph Cotten dans «Shadow of a Doubt» (1943), l'un des opus les plus angoissants d' Alfred Hitchcock puisque les spectateurs et l'assassin sont les seuls à ne pas avoir «L'ombre d'un doute»… Réalisateur et actrice devenus amis, cette dernière décrètera avoir tenu là son plus beau rôle.

En 1946, la guerre enfin terminée, les soldats ont regagné leurs foyers. Goldwyn et Wyler veulent remettre le couvert. Sur un thème prolongeant l'histoire des Miniver, ils s'interrogent sur l'emploi de «Les plus belles années de notre vie» : c'étaient pourtant les mêmes qui disait qu'il fallait y aller ! Teresa Wright personnifie la fille de Fredric March dans l'une des trois branches de ce tryptique aux bons sentiments, bientôt “oscarisé” au titre de meilleur film.

Après avoir écarté le personnage finalement attribué à Jennifer Jones pour «Duel au soleil» (1946), que lui propose pourtant son scénariste de mari, elle se sent davantage d'affinités avec celui qu'il imagine pour elle dans «La vallée de la peur» (1947). Jeune femme amoureuse de l'homme (Robert Mitchum) que son père a accueilli dans le foyer familial où il apporte le malheur, elle finit par en devenir l'épouse. Teresa fait ainsi une entrée somptueuse dans l'univers du western, sous les rênes d'un maître du genre, Raoul Walsh…

The actress…

Teresa Wright«The Actress» (1953)

De nouveau enceinte, Teresa Wright doit renoncer à «The Bishop's Wife» (1947) et à Cary Grant. Dès son retour à l'usine à rêves, Goldwyn lui propose «Enchantment» (1948). Rejetant le côté glamour des stars exhubérantes et pomponnées, refusant d'assurer la publicité de cette romance mineure vouée à l'échec, l'actrice entre en conflit avec son producteur qui ne prolonge pas son contrat.

Libre de choisir ses rôles, elle devient la partenaire d'un jeune comédien à l'aube d'une grande carrière, Marlon Brando. Avec «C'étaient des hommes» (1950), le prodige de l'Actors Studio fait ses débuts au cinéma dans la peau d'un combattant qui, devenu paraplégique, repousse sa fiancée. Loin d'être à l'ombre de son partenaire, Teresa Wright reçoit les félicitations unanimes de la presse spécialisée.

Désormais séparée de Niven Busch, mère de deux enfants auxquels elle souhaite consacrer une bonne part de son temps, Muriel devra tout de même s'effacer devant Teresa, le temps de remplir la marmite. Elle n'y fit pas bouillir que des navets, et l'on peut gôuter ses apparitions dans «The Actress» (1953, elle y est la mère de Jean Simmons, de 11 ans sa cadette !) ou «Track of the Cat/Du sang sur la piste» (1954, un western moderne qu'elle traverse à nouveau en compagnie de Robert Mitchum).

Elle s'alimente également au théâtre («The Country Girl», «Bell, Book and Candle», «The Heiress», etc) et à la télévision («Flood/Déluge sur la ville», 1976, téléfilm distribué en salles dans certains pays, «The Rocking Chair Rebellion», 1979, 16ème épisode d'une série de 27, etc), conviant ses admirateurs partager à quelques plats de son choix…

Le temps de vivre…

Son union avec le dramaturge Robert Anderson (1959), l'auteur de «Thé et sympathie», la remet au devant de la scène, le plus souvent sur celles des théâtres («The Glass Menagerie», "Le long voyage dans la nuit", «Mort d'un commis voyageur»,…) qu'elle foulera jusqu'à l'aube des années 90 («On Borrowed Time», 1991/1992).

Moins étincelant, son parcours cinématographique s'enrichit néanmoins de croisements avec ceux de Richard Brooks («The Happy Ending», 1969), James Ivory («Roseland», 1973), et Francis Ford Coppola («The Rainmaker», 1997).

Femme…

Teresa WrightTeresa Wright (197x)

Ayant privilégié sa vie de femme et de mère, Teresa Wright fut tout d'abord l'épouse du scénariste Niven BuschNiven Busch, au grand dam de Sam Goldwyn qui craignait de perdre de son influence. Le couple eut un garçon, Niven (1944) et une fille, Mary Kelly (1947). La vie familiale, à laquelle s'intégrèrent les deux enfants du mari nés d'un précédent mariage, s'organisa autour d'un ranch de la San Fernando Valley. Cette union, nous l'avons dit, se défit en 1952.

La part de son existence qu'elle partagea avec Robert Anderson fut également arrosée d'orages redoutables, puisque qu'elle fut marquée par un divorce, plus tard effacé par un remariage. Si la seconde saison avec Anderson gronda aussi court que la première, les ex-doubles époux n'en demeurèrent pas moins très proches.

Teresa Wright passe les dernières années de sa vie en Nouvelle-Angleterre, apparaissant occasionnellement dans les medias pour évoquer ses films, ses partenaires ou ses metteurs en scène favoris.

Après une dernière intervention en 2003 dans un documentaire télévisé relatif à la 75ème cérémonie des oscars dont il explorait l'histoire, elle disparaît le 6 mars 2005, emportée par une crise cardiaque, à l'âge de 86 ans. Si l'on ne peut se prononcer sur son éternité, «Quelque part dans le temps», l'on peut affirmer que son nom est inscrit pour longtemps dans l'histoire du cinéma : ça ne fait pas «L'ombre d'un doute» !

Documents…

Sources : Magazine américain «Classic images», Ciné Revue («Les immortels du cinéma»), documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Vous pouvez également vous reporter à la fiche idoine de La collectionneuse.

Le prix de la passion…

Citation :

"Je voulais simplement être une actrice, pas une star…" (source Imdb).

Parlant d'Hollywood : "Vous y valez ce que vous êtes payé".

Teresa Wright
Christian Grenier (décembre 2010)
Ed.7.2.1 : 29-12-2015