Margaret O'BRIEN (1937)

… une petite Mary Ingalls avant l'heure…

… une petite Mary Ingalls avant l'heure… Margaret O'Brien

Les enfants-stars constituent une catégorie bien à part dans le monde du septième art.

Dans notre cinéma “occidental”, outre les Etats-Unis, il n'y eut guère qu'en Espagne que de petites vedettes accédèrent véritablement à ce statut privilégié. La plupart d'entre elles ne “survécurent” pas aux métamorphoses de l'adolescence, et l'on ne peut guère citer que Natalie Wood, Elizabeth Taylor ou Marisol pour tordre le cou au vilain sort qui attendait Shirley Temple, Joselito, Jackie Coogan, Jackie Cooper, Freddie Bartholomew, …

Margaret O'Brien fut de ce tombereau. Mais écoutons son histoire que nous raconte Donatienne…

Donatienne

Angela d'abord…

Margaret O'BrienMargaret O'Brien

Le 15 janvier1937, à San Diego en Californie, naît la petite Angela Maxine O'Brien.

Ses parents sont des artistes. Son père, un Irlandais, était acrobate dans un cirque mais elle ne le connaîtra jamais puisqu'il décéda peu de temps avant sa naissance. Quant à sa maman, d'origine italo-espagnole, une fameuse danseuse de flamenco connue sous le nom de Gladys Flores, elle se produisait avant son mariage avec sa sœur Marissa. Autant dire que la fillette a du jus d'artiste qui coule dans ses veines.

Angela a 4 ans quand elle commence à faire la couverture des magazines de mode pour enfants ! Apprenant que le Departement Cinématographique du Gouvernement Américain est à la recherche d'un gamine pour donner la réplique à James Cagney dans un court-métrage, Maman présente son petit bijou, qui brille déjà de mille feux.

Ainsi repéré par les producteurs de la Metro-Goldwyn-Mayer, le joyau apparaît fugitivement dans «Babes on Broadway» (1941). L'année suivante, Angela se voit gratifiée d'une participation déjà plus prononcée dans «Journey for Margaret», avec Robert YoungRobert Young et le jeune William Severn. Margaret, c'est elle, et il ne s'agit pas de sa journée, mais de son voyage…

Margaret au cinéma…

Margaret O'BrienJudy Garland et Margaret O'Brien (1944)

Prenant les affaires en mains, maman Gladys fait office d'agent, de trésorière et de répétitrice, faisant ainsi répéter ses textes à son enfant qui ne sait pas encore lire. Dans «Dr.Gillespie's CriminalCase» (1942), la gamine qu'elle incarne à l'écran, face au médecin détective personnifié par le géant Lionel BarrymoreLionel Barrymore, s'appelle une nouvelle fois Margaret, si bien que le public va tout simplement l'adopter sous ce prénom. Spontanément, elle devient Margaret O'Brien. C'est une délicieuse petite fille, tendre, fine, espiègle, aux nattes sagement tressées, une petite Mary Ingalls du cinéma avant l'heure. Elle joue avec une fraîcheur et un naturel qui vont la rendre incontournable, présentant la particularité de pouvoir pleurer à la demande, avec une facilité déconcertante !

En effet, en 1943 , on retrouve la fillette à l'affiche de pas moins de 5 films, et pas des moindres ! Pour «Madame Curie», elle se glisse avec conviction dans la peau enfantine de notre grande scientifique. Dans «Jane Eyre» (qui sortira en 1944), elle campe Adèle, la jeune Française qui parle – dans la langue de Molière, forcément ! – avec un adorable accent; le public, étonné, se laisse finalement séduire.

En grandissant, Margaret prend de l'assurance, suit des cours de chant, de danse et d'art dramatique et devient une valeur sûre dans le petit groupe d'enfants stars que l'on retrouve régulièrement sur les écrans américains de l'époque. L'ancienne reine de la catégorie, Shirley Temple, devenue adolescente, laisse ouverte une porte dans laquelle elle va s'engouffrer pour entrer dans la salle des grands enfants d'Hollywood, en concurrence avec Natalie WoodNatalie Wood et Elizabeth TaylorElizabeth Taylor, leur aînée à peine plus expérimentée. Margaret est différente, plus naturelle, moins façonnée, et restera - peut-être à son grand regret - moins “starisée”.

En 1943 donc, elle apparaît encore dans «Parade aux étoiles», une comédie musicale destinée à donner un peu de joie de vivre aux soldats et à leur famille en ces temps de guerre. Menée tambour battant par Gene Kelly et Kathryn Grayson, cette oeuvre charitable joyeusement rythmée bénéficie des apparitions de nombreuses vedettes “invitées”, comme Judy Garland, Mickey Rooney, June Allyson ou encore Cyd Charisse.

«Le chant du Missouri» (1944), lui offre l'occasion de donner véritablement la réplique à la même Judy Garland, sa grande sœur dans l'intrigue. Elle s'y nomme Tootie et s'y montre si convaincante que l'académie des oscars décide de lui attribuer une fameuse statuette, en marge de la liste officielle, récompensant le meilleur enfant acteur. Elle se fera voler la glorieuse amulette qu'elle récupérera par hasard quelque 50 ans plus tard ! Le rôle de Tootie constituera certainement le sommet de sa courte carrière. Elle n'a que 7 ans et ne le sait donc pas !

La même année, elle apparaît dans «Le fantôme de Canterville» (qui apparaît également, mais de façon moins visible !) avec des partenaires aussi prestigieux que Charles Laughton, Robert Young et Peter Lawford.

Insouciante et joyeuse, elle vient au secours de tout un village dans «Nos vignes ont de tendres grappes» (1945), un joli titre sous lequel elle retrouve l'espiègle petit Butch Jenkins dans le rôle de son cousin…

Douze ans et du talent…

Margaret O'BrienMargaret O'Brien, une jolie poupée !

Margaret souffle les 12 bougies de son gâteau d'anniversaire en 1949, l'année où elle cultive de manière émouvante «The Secret Garden» qu'elle partage avec le jeune Brian Roper. La voici, dans la foulée, membre à part entière de la famille, l'une des «Quatre filles du docteur March» (1949), plus précisément Beth March, la plus jeune des enfants du médecin parti servir (la moitié de) sa patrie à la guerre de Sécession. Son rang de benjamine constitue une liberté prise par les adaptateurs par rapport au roman où Amy etait la plus jeune : que voulez-vous, Elizabeth Taylor avait 5 ans de plus ! Peu importe : la petite pianiste qu'elle incarne, fragile, lucide et courageuse, constitue un rôle des plus émouvant, représentation dont elle se tire avec les honneurs ; sa mort sur l'écran aura fait pleurer les nombreux spectateurs des salles obscures ! June AllysonJune Allyson et Janet LeighJanet Leigh complètent le carré gagnant de ces charmantes jeunes filles dont les moins jeunes se laissaient courtiser par Peter Lawford et Rossano Brazzi, sous les yeux approbateurs de Mary Astor, leur gracieuse maman.

Tout va (encore) bien pour la jeune adolescente : le public l'adore, on fabrique des poupées à son effigie, les fillettes veulent copier sa coiffure et ses vêtements… Un véritable merchandising !
Difficile de grandir…

Mais la voici arrivée au tournant périlleux de l'adolescence où tant d'enfants-vedettes, jusque alors adulées, ont terminé leur route dans le fossé ! Et comme il n'est pas question de ralentir, "Ca passe ou ça casse !". Hélas pour Margaret, ça ne va pas passer. Elle ne parviendra pas à trouver de rôles suffisamment porteurs pour l'aider à continuer sa trajectoire. Tout comme pour Shirley Temple, sa carrière n'aura duré que 10 ans, le temps d'apparaître dans une douzaine de films. Liz Taylor négociera mieux ce difficile virage entre l'enfance et le monde des adultes. La MGM n'insistera pas pour la garder et le contrat qui la liait à la grande maison de production sera bien vite oublié.

Margaret s'expatrie au Japon, apprenant phonétiquement ses répliques pour un film à nous resté mystérieux, «Futari no hitomi» (1952). En 1959, Georges Cukor lui donnera bien une nouvelle chance avec «La diablesse en collants roses», de bien faible facture, sauvé par un générique prestigieux : Sophia Loren, Anthony Quinn et Ramon Navarro, lui aussi sur le retour. La jeune femme se tournera alors vers la télévision qui lui offrira de nombreuses opportunités…

Elle fera néanmoins quelques apparitions tardives (comme dans «Amy» (1981) des productions Walt Disney) et parfois surprenantes ( «Frankenstein Rising» en 2010), mais qui ne ranimeront pas son éclat stellaire vacillant.

Qu'est-elle devenue ?

Margaret O'BrienMargaret O'Brien

Mariée une première fois en 1959 à Harold Allen Jr, elle divorce en 1968. Elle épouse ensuite Roy Thorsen, une union qui aura pour fruit sa fille unique, Mara Tolene Thorsen, née en 1977, alors que l'ancienne star est désormais quadragénaire.

Contrairement à certains enfants–vedettes de l'époque qui eurent le désagrément de voir sa fortune dilapidée par leurs tuteurs, Margaret, grâce à la prudence de ses proches qui auront su préserver ses intérêts, ne se retrouva pas fort dépourvue quand la bise de l'oubli fut venue.

Mais s'il est un souvenir qui resta à jamais gravé dans sa mémoire, c'est bien l'idée “lumineuse” dont sut faire preuve Vincente Minnelli sur le plateau de «Le chant du Missouri», n'hésitant pas à lui faire croire que son petit chien était mort pour la faire pleurer à un moment précis du tournage. Elle déplorera jusqu'à la fin de sa vie, tout comme l'avait déjà exprimé Jackie Cooper, la cruauté du procédé vis-à-vis d'une jeune enfant.

Margaret O'Brien qui va souffler ses 75 bougies à l'heure où nous écrivons, est aujourd'hui une dame élégante, amie de toutes les célébrités d'après guerre, qui continue à travailler pour la télévision, et s'investit dans plusieurs œuvres caricatives.

Quant à nous, cinéphiles, il reste dans nos mémoires, le sourire d'une adorable petite coquine, tendre et talentueuse. Ca mérite bien des remerciements !

Documents…

Sources : documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine. Margaret O'Brien fait également l'objet d'une planche dans la salle 21 de la galerie La Collectionneuse.

Le temps de l'innocence…

Citation :

"Quand je pleure, voulez-vous que les larmes arrivent jusqu'en bas ou s'arrêtent en cours de route ?"

Margaret O'Brien (source Imdb)
Donatienne (décembre 2011)
Ed.7.2.1 : 1-1-2016