Maurice BIRAUD (1922 / 1982)

… “Bibi” pour tout le monde !

Maurice Biraud

Son univers, il l’avait baptisé “biraldien” ; son théâtre aussi d’ailleurs, son coup de plume également et sa doctrine était le biraldisme !

Maurice Biraud fut aimé de tous, attachant, gouailleur, charmeur… et pour la France entière, il reste à jamais “Bibi”.

Animateur à la radio, acteur de talent, humoriste, écrivain, poète, chansonnier ami d’Audiard, partenaire de Francis Blanche et de Pierre Dac, drôle et jamais méchant ni grossier, il faisait pourtant preuve d'une sacrée personnalité !

Mais tout le monde fut unanime à le regretter : “Bibi” est parti trop tôt !

Donatienne

Maurice avant “Bibi”…

Maurice BiraudMaurice Biraud

Maurice Biraud naît le 3 mars 1922, à Paris, où son père est un employé aux P.T.T. (Postes, Télégraphe et Téléphone). Ses parents ayant déjà perdu 2 enfants en bas âge et trouvant le petit dernier de santé fragile, ils le confient aux bons soins d'une famille accueillante de Saint-Martin d'Ocre, dans le Loiret. De retour dans la capitale, il passe le mythique certificat d’études ; il est reçu avec la mention bien ! Ses meilleures notes lui sont généralement attribuées pour ses rédactions que l’on lit devant tout le monde et les meilleurs souvenirs qu'il lui restera de son enfance seront relatifs aux vacances familiales généralement passée à Perros-Guirec.

Après avoir vainement tenté des études secondaires, il trouve plus sage de se mettre au travail. Il n'a que 17 ans lorsque, quelques mois avant le déclenchement du Second Conflit Mondial, il entre à la radio, la TSF comme on dit alors. Il y fait successivement office de portier, de régisseur, d’aide-comptable, de discothécaire…

Mais les choses se gâtent dans toute l'Europe : "La guerre l’a marqué, l’Occupation l’a meurtri, la Libération l’a surpris." écrira son ami Michel Audiard en préface de l'autobiographie de celui qui fut son ami…

“Bibi”…

L'armistice signé, Maurice Biraud franchit les échelons : assistant metteur en ondes à Europe 1 et à RTL, il finit par parler au micro... C'est ainsi que, petit à petit dans les années 50 et 60, il devient le plus populaire des animateurs de la radio sous le surnom affectueux et câlin de “Bibi“ ! Coquin, charmant, charmeur, et très drôle, il sera d'abors le “Bibi-Chéri” de ces dames avant de devenir celui de tout le monde. Il aimera ce doux surnom qui ressemble à un bisou, et raconte qu'un jour un petit garçon venu lui demander un autographe lui lança dans un grand sourire : "Merci Bibi !". Ce jour, prenant la mesure de sa popularité, il se sentit le plus heureux des hommes…

Beaucoup se souviendront de son interprétation du commissaire Socrate dans le feuilleton radiophonique «Signé Furax», avec Francis Blanche et Pierre Dac, mais aussi avec ses compères et amis Francis Claude, et Anne Pérez. Tout aussi célèbres demeurent ses participations à «Malheur aux barbus» et «Le café de l'Europe». En 1962, le prix Ondas, décerné au meilleur animateur de radio pour l'année écoulée, rendra justice aux talents oratoires de notre joyeux fantaisiste.

Champion de l'antenne, il relèvera le défi de tenir un marathon vocal de 24heures, ce qu'il accomplira un certain 21 juin 1967. Cependant, après les événements de mai 68, sa cote d'amour devait décliner, l'heure étant aux bouleversements. Alors, notre homme se dirigera vers de nouvelles voies…

“Bibi birandelle…”

Maurice BiraudMaurice Biraud

A l'aube des années cinquante, Maurice Biraud entre par la petite lunette sur les écrans de notre 7e art même. Si ses premières apparitions demeurent modestes («Le passe-muraille» (1950) aux côtés de Bourvil qu'il retrouvera en 1954 dans «Poisson d'avril», «Poil de carotte» en 1951, «Mam'zelle Nitouche» en 1953 où il croise Fernandel parmi les conscrits d'une délirante caserne), etc. Très vite pourtant, on remarque son aisance et son style gouailleur qui se marie très bien avec l’argot parisien que Michel Audiard, son complice, lui concocte personnellement. C'est ainsi qu'il devient un partenaire très convaincant de Jean Gabin dans «Le Cave se rebiffe» (1961). Le cave, c'est lui, talentueux graveur de fausses matrices pour le compte du Dabe, qui tient tête à de bien pâles malfrats. Dans cette désopilante comédie animée par les déhanchements suggestifs de Martine Carol, "Bibi" tire habilement son épingle du jeu sans se laisser dominer par ses glorieux partenaires.

Mais pour beaucoup dont nous sommes, le vrai grand rôle de Maurice Biraud, sera le François Jonsac qui empruntera «Un taxi pour Tobrouk» (Denys de la Pattelière, 1961), un Français moyen perdu dans le désert de Lybie en compagnie de Charles Aznavour, Lino Ventura et Hardy Krüger. Dans cette oeuvre satirique où Audiard règle ses comptes avec les combattant tardifs d'une France plus généralement collaboratrice,il crève l’écran tout autant que ses glorieux partenaires.

Le temps de décliner «Les dix commandements» pour le compte du Diable, et de se refléter dans «L'oeil du monocle» (Paul Meurisse vu par Georges Lautner), et le voici célébrant ses retrouvailles avec Jean Gabin dans «Mélodie en sous-sol» d'Henri Verneuil en 1963 où, beau-frère d’Alain Delon, il est mêlé au casse du casino de Cannes. Il retrouvera le plus beau regard du cinéma français dans «Flic Story» de Jacques Deray, puis dans «Le gitan» de José Giovanni (tous deux de 1975).

Quant à Georges Lautner, devenu un ami fidèle, il aura en fin de compte utilisé notre héros du jour à quatre autres reprises : «Le 7ème juré» en 1961, «Des pissenlits par la racine» en 1963, «La grande sauterelle» (1966) et «Fleur d'oseille» (1967), lui mettant bien souvent dans la bouche les vérismes du grand Audiard.

Après avoir noué une intéressante complicité avec Pierre Granier-Deferre sur les tournages de «La métamorphose des cloportes» (1965) et «Le train» (1973), Maurice Biraud entrera sur le tard dans l'univers personnel de Bertrand Blier dont l'absurde ne devait pas être pour lui déplaire («Beau-père», 1981).

Maurice après “Bibi”…

Maurice BiraudMaurice Biraud, un homme de parole…

Hélas (ne faut-il pas dire tant mieux ?), les modes changent et le jeune public ne se reconnaît plus comme descendant de Furax, de Francis Blanche ou de Pierre Dac. Alors la télévision, toujours gourmande de gloires déchues, prend le relais, et les plus anciens, comme bibi, le retrouveront avec joie dans des séries populaires : «Nick Verlaine» (1976), «Arsène Lupin» (1980), «Mon enfant, ma mère», «Rioda» (1981), «L'esprit de famille» (1982), etc.

Par ailleurs, il rejoint la famille des sympathiques «Grands enfants» mis au monde par Maritie et Gilbert Carpentier, au sein de laquelle oeuvrèrent ses soeurs et frères que furent Jacqueline Maillan , Sophie Desmarets, Jean Poiret, Michel Serrault, Jean Yanne… Parallèlement, il entretient son fond de commerce, enregistre des microsillons et chante même «La petite» en duo avec France Gall, tandis que, sur scène, on peut l'applaudir dans le célèbre succès d'André Roussin, «Bobosse».

“Bibi” fricote…

Maurice Biraud était l'époux de la comédienne Françoise Soulié, rencontrée au théâtre. Ensemble, ils auront formé un couple soudé et sans histoire médiatisée, comme en témoigne la tendre dédicace figurant dans son autobiographie, «Faut l'faire». Avec elle il aimait se ressourcer dans sa petite maison au centre du si beau village qu'est Collonges-la-Rouge, pays natal de son épouse et où ses amis corréziens, ne l'ayant pas oublié, lui rendent régulièrement hommage.

Il repose pour toujours dans le petit cimetière aux tombes ocrées, depuis cette triste veillée de Noël 1982, où une crise cardiaque le surprit au volant de sa voiture, à un feu rouge de Boulogne-Billancourt, venant nous priver d'un des plus talentueux et des plus attachants comédiens de notre cinéma. Il n'avait que 60 ans.

Impliqué dans la vie civile de son pays et intéressé par le sort de ses concitoyens, Maurice Biraud se montra à plusieurs reprises aux côtés de d'hommes d'état vers lesquels sa sensibilité le guidait. Doué pour l'écriture, il composa son autobiographie, «Faut l'faire», au cours de laquelle, se présentant devant le grand Eternel, il ne manque pas de faire son numéro “biraldien” ! Auteur d'un second ouvrage, «Allons-y gaiement !», il sera ravi s'il nous lit de cette Lune dont il fit si souvent semblant de descendre, que nous évoquions son chien fidèle, Mars !

Documents…

Sources : «Faut l'faire», autobiographie de Maurice Biraud, documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Citation : "Une femme qui zozote est d'autant plus charmante que quand elle réclame un bijou, il suffit de lui donner un bisou !" (Maurice Biraud)

Donatienne (août 2015)
"A toi, Françoise…"

A toi que toutes les femmes vont envier

A toi qui seras la plus fière

A toi la plus heureuse

A toi la plus comblée

A toi l'épouse d'un génie

A toi Françoise, qui es tout cela parce que tu es ma femme

Je dédie ces pages qui je l'avoue

Avec amour et humilité

Te doivent un peu

D'être immortelles

Ton Ponpon

Ed.7.2.1 : 27-8-2015