Peppino De FILIPPO (1903 / 1980)

Le fils de son "oncle"…

Peppino De FilippoPeppino De Filippo

Giuseppe De Filippo naît le 24 août 1903, à Naples (Campanie, Italie). Comme ses aînés Annunziata (“Titina”) et Eduardo De Filippo, “Peppino” est le fruit d'une relation adultérine entre le comédien italien Eduardo Scarpetta et Luisa De Filippo, la nièce de son épouse Rosa De Filippo. L'enfant est placé sous la garde d'un couple de fermiers de Caivano pendant quelques années, avant de revenir à Naples à l'âge de 6 ans. De cette ascendance “naturelle”, Peppino, délaissé par son “oncle” – puisqu'il devait l'appeler ainsi – et adoré par sa mère, gardera toujours le sentiment d'une naissance “coupable”.

Selon ses plus vieux souvenirs, il aurait fait dès sa septième année, une première apparition sur scène en février 1909 dans une oeuvre de V. Di Napoli présentée par la troupe familiale. De pièce en pièce, le gamin se mêle au jeu des acteurs et apprend son métier sur le tas à l'âge où tant d'autres usent leurs fonds de culottes sur les bancs des écoles primaires.

Pour satisfaire aux exigences professionnelles de son père qui voulait pouvoir intégrer des musiciens dans ses spectacles, l'enfant apprend à contre-coeur a jouer du piano. Inscrit parallèlement au collège Chierchia de Naples en 1911, il s'y distingue davantage par son indiscipline que par la qualité de ses résultats scolaires. Au terme d'études techniques raccourcies, il obtient en 1915 l'autorisation d'intégrer à plein temps la compagnie "Molinari" dirigée par le fils “légitime” de ses parents, Vincenzo Scarpetta. Là, outre quelques petits rôles lorsque l'occasion se présente, il assure les honorables fonctions de portier ou de placeur avec la foi du jeune homme promis à un plus grand avenir. Il y rencontre également un fantaisiste débridé au patronyme à rallonge, Antonio Griffo Focas Flavio Angelo Ducas Comneno Porfirogenito Gagliardi De Curtis de Byzance, que les gens pressés rebaptiseront Totò.

Plus tard, il s'inscrit aux cours de Francesco Corbinci avant d'apparaître dans une parodie adaptée par son père, «Le roman d'un pharmacien pauvre», d'après l'oeuvre presque éponyme d'Octave Feuillet, obtenant dans le personnage d'un domestique aussi débrouillard qu'inculte un premier succès personnel. L'affaire lui permet également de cotoyer une jeune actrice, Adele Carloni, qui deviendra sa première épouse en 1929 avant de lui donner celui qui sera son unique enfant, le futur acteur Luigi De Filippo (août 1930).

Entre_temps, entre 1923 et 1925, l'homme est appelé à servir sous les drapeaux le jeune pouvoir mussolinien fraîchement mis en place après la fameuse Marche sur Rome (1922)…

En famille…

Peppino De FilippoPeppino De Filippo

Libéré de ses obligations militaires, Peppino de Filippo est le témoin de la mort de son père, gravement malade, qui laisse en guise d'adieu un message laconique, "Don Eduardo, mort dans l'indifférence de toute sa famille".

Après avoir connu le succès au sein de la troupe de Salvatore De Muto avec «Il suicidio di Pulcinella» d'Antonio Petit, il retourne chez Vincenzo Scarpetta en compagnie de son frère Eduardo. En 1931, Titina s'adjoint à eux pour fonder la "Compagnia Teatro Umoristico: i De Filippo". Théâtres et tournées s'ensuivent avec plus ou moins de succès, les deux frères écrivant le plus souvent leurs propres spectacles.

En 1932, pris sous contrat par le producteur Giuseppe Amato, tout ce petit monde débarque dans les salles italiennes. À deux («Tre uomini in frack» en 1932, «Il capello a tre punte» en 1935, «Il marchese di Ruvoito» en 1939…) ou à 3 («Sono stato io!» en 1937, «L'amor mio non muore» en 1938…), les Filippo participent souvent aux scénarios («Quei due» en 1935, «L'amor mio non muore!» en 1938,…), Eduardo s'essayant même avec bonheur à la réalisation («In campagna è caduta una stella» en 1939).

Pourtant, tout ne se passe pas aussi bien qu'il le faudrait au sien du trio et Peppino se plaindra dans ses mémoires de la prétention de son frère à s'approprier des travaux communs. En 1938, Peppino tombe amoureux de sa partenaire de scène dans «A Coperchia è caduta una stella», la jeune Lidia Martora, et se sépare de son épouse Adele dont le frère, Pietro Carloni n'est autre que le mari de Titina, laquelle, dès 1939, prend la porte côté cour !

Peppino vole en solitaire une première fois en 1941, dans «Notte di fortuna» de Raffaello Matarazzo avant de partager l'affiche avec Aldo Fabrizi et Anna Magnani dans «Campo de' fiori» (1943). Accompagné et dirigé par Eduardo, dont il regrette le caractère difficile et prétend qu'il ne supportait pas son succès, il obtient un dernier succès familial dans «Io ti conosco, mascherina!» (1943) avant qu'une nouvelle divergence sur laquelle ils se montreront discrets ne les éloigne l'un de l'autre : Eduardo prend la porte côté jardin !

Sans famille…

Après guerre, Peppino De Filippo fonde sa propre compagnie et devient, par la force des choses, un auteur à part entière, axant ses oeuvres sur les thèmes de la misère et de l'hypocrisie. Son oeuvre «Le metaforsi di un suonatore ambulante», écrite en 1956, reçevra six ans plus tard un premier prix au Théâtre des Nations de Paris. Côté cinéma, il se diversifie, donnant dans la comédie dramatique («Natale al campo 119» en 1947 sur le retour des prisonniers de guerre, «Via Padova 46» en 1954, oeuvre mêlant adultère et homicide, longtemps considérée comme perdue …) et servant des noms appelés à ronfler («Les feux du music-hall» de Lattuada et Fellini en 1950,…).

Côté famille, les choses s'arrangent avec le temps. Dès 1951, le trio se recompose dans «Cameriera bella presenza offresi…», même s'ils ne font pas encore plan commun. Ce sera le cas l'année suivante dans «Ragazze da marito» dirigé par Eduardo où ils occupent à eux trois toute l'affiche (1952).

Frères de toiles et soeur d'écrans…

Peppino De FilippoPeppino De Filippo

Chez les comiques abonnés à un personnage récurrent qui leur colle à la peau, la confrontation bilatérale multiplie les possibilités comiques. Loin de son frère, Peppino se cherchera des compagnons de toile de manière régulière Dès 1943 («Campo de' fiori», op.cit.), il entame une collaboration productive avec l'éclectique Aldo Fabrizi, à la carrure populaire fort éloignée de ses caricatures de petits fonctionnaires avides de pouvoirs compensatoires. D'une liste longue de 22 titres en commun, relevons «Natale al campo 119» en 1947 (déjà cité), «La famiglia passaguai» et «Signori, in carrozza!» en 1951, «Accadde al penitenziaro» (1955), «I pappagalli» (1956), «I 4 monaci» en 1962, «I 4 moschiettieri» en 1963,… À la naïveté innocente de Fabrizi répondent les coups bas et la jalouisie de Peppino. Certes, ces voyages n'encombrèrent pas toujours les plus hauts chemins artistiques mais il n'en traversèrent pas moins, parfois, «Un po' de cielo» (1955) : indubitablement «I due compari» (1955) prirent beaucoup de plaisir à se voler des scènes.

Alberto Sordi fit aussi souvent partie de la famille, l'exhubérance du Romain contrastant avec l'effacement rusé du Napoitain. «Le signe de Vénus» en 1954 et «Piccola posta» an 1955 peuvent compléter la liste précédente, le duo constituant souvent un trio.

Mais bien sûr, quand on évoque le Peppino de Filippo des années cinquante, c'est le nom de Totò qui revient en mémoire, d'autant plus facilement qu'ils tournèrent ensemble une série de titres reprenant leurs diminutifs de scène comme un leitmotiv destiné à rameuter les foules, ce qui ne manqua jamais d'arriver. Invité à rejoindre son aristocrate compagnon dans «Totò e le donne» dès 1952, il partagea titre et affiche avec lui dans «Totò, Peppino et la… malafemmina» et «Totò, Peppino e i fuorilegge» en 1956, «Totò, Peppino e le fanatiche» en 1958, «Totò, Peppino et… la dolce vita» en 1961, «Totò e Peppino divisi a Berlino» en 1962.

Parmi ces dames, l'exhubérante Tina Pica, lui tint souvent la dragée haute entre 1935 («Il cappello a tre punte») et 1958 («La nipote Sabella»), en passant par «Il marchese di Ruvolito» (1939) ou d'autres oeuvres déjà citées, mais l'équilibre ne pouvait être le même et leur rencontres ne constitua pas de véritables duos.

Pappagone et Pappochia…

Rentré dans son chemin solitaire au mitan des années soixante, Peppino De Filippo aura au préalable connu l'insigne honneur d'avoir été appelé par Federico Fellini pour lutter contre «La tentation du Docteur Antonio» dans le 2ème sketch du recueil «Boccacio 70» (1961), censeur moraliste las de subir les images de la belle Anita Ekberg sortant de la fontaine de Trévise dans laquelle venait de la plonger «La dolce vita» (1960).

Directeur du Teaotro Olimpia de Milan de 1956 à 1969, l'acteur n'en poursuivit pas moins son parcours cinématographique dans les années soixante. À l'heure où la comédie italienne prit un ton davantage satirique sous la direction de nouveaux réalisateurs, peu d'entre eux songèrent à lui faire prendre ce tournant rénovateur : pas de Scola, ni de Comencini dans sa filmographie, tandis que Dio Risi semble l'avoir oublié.

Si le petit écran lui permet de créer le personnage de Gaetano Pappagone affûblé des tics de tout le bestiaire humain, il faut attendre 1970 pour le voir apparaître régulièrement dans une série télévisée, «La carretta dei comici», pour laquelle il crée le personnage de Papocchia. En 1979, il fait une dernière apparition à l'écran, père de Marcello Mastroianni dans le film de Sergio Corbucci, «Mélodie meurtrière».

Au tournant des années soixante dix, l'Italie autorise enfin le divorce en ses cités. Peppino de Filippo peut recouvrer sa liberté sentimentale et partager ouvertement l'existence de celle qui l'accompagne depuis un quart de siècle, Lidia Martora. Mais il est un peu tard et celle-ci se trouve sur son lit d'agonie lorsque un nouveau mariage peut enfin être prononcé. En 1977, l'acteur convolera en troisièmes noces avec Lelia Mangano, son associée en affaires.

Après avoir publié un livre de souvenirs, «Une famille difficile», dans lequel il étale les désespoirs de son enfance et les difficultés de sa jeunesse, Peppino De Filippo quitte ce monde le 27 janvier 1980, frappé par une tumeur maligne, 17 ans après Titina, tandis qu'Eduardo lui survivra jusqu'en 1984.

Documents…

Sources : documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Citation :

"Le théâtre purement dialectique m'est apapru de plus en plus dépassé et limité, dépassé en termes de langage et limité en termes d'espace de vie. Alors je me suis mis à penser à une forme de théâtre capable de s'exprimer dans langue moderne comme celle de tous les jours, avec toutes les caractéristiques et les habitudes de la société italienne."

Peppino De Filippo
Peppino De Filippo…
Christian Grenier (mars 2018)
Éd.8.1.3 : 4-3-2018