Thomas MITCHELL (1892 / 1962)

Les trois casquettes de l'Oncle Tom…

Thomas MitchellThomas Mitchell (1931)

Issu d'une famille d'origine irlandaise, Thomas Mitchell est né à Elizabeth (New Jersey) le 11 juillet 1892. Benjamin d'une tribu de sept enfants, il perd trop tôt son père et, comme son frère aîné, se destine au journalisme, la profession paternelle. Chroniqueur au "Daily Journal" d'Elizabeth puis au «Newark Star», il se passionne pour le théâtre et se lance dans l'écriture de sketches comiques avec le secret espoir de monter sur les planches, ce qui se concrétise rapidement puisque, dès 1913, le journalisme est pour lui de l'histoire ancienne.

L'excellent Charles Coburn le repère lors d'une représentation de «La tempête» et l'intègre aussitôt à sa troupe,  The Coburn Players, où il connaît le meilleur apprentissage qui soit en jouant Shakespeare pendant deux ans à travers les États-Unis. Très vite, on le retrouve à Broadway où il se fait remarquer dans une adaptation du «Baladin du monde occidental» du grand poète irlandais J.M. Synge en 1921. La création de «Redemption» en 1918 marque le début d'une longue amitié avec John Barrymore, dont le ciment fut l'amour du théâtre… et du whisky !

Tout au long des années 20, il sera très présent sur les planches, ajoutant à sa palette les fonctions de metteur en scène et d'auteur dramatique. «The Little Accident», l'une de ses pièces, créée en 1928, sera adaptée à trois reprises à l'écran, entre autres par Nunnally Johnson sous le titre «Casanova Brown» (1944), un film de Sam Wood interprété par Gary Cooper.

Thomas Mitchell finit par se lasser de jouer sous sa propre direction : il a l'impression, selon ses propres termes, d'être "… un boxeur sans sparring partner". Il abandonne Broadway lorsque les studios hollywoodiens lui proposent un poste de scénariste qui sera suivi de peu d'effets. Sans doute rêve-t-il aussi de beaux personnages sous la direction de grands cinéastes : de ce point de vue, il sera servi au-delà de ses espérances. À ceux qui lui reprochèrent alors de délaisser l'art théâtral pour l'argent et la facilité, il répondait le plus simplement du monde : "Je ne suis pas un artiste mais un travailleur !"

Un oscar pour l'Oncle Tom…

Thomas MitchellThomas Mitchell et Barbara O'Neill
dans «Gone With the Wind»

La carrière cinématographique de Thomas Mitchell débute vraiment avec un rôle de reporter local, qui ne dut pas trop le dépayser, dans «Théodora devient folle» (1936). Très vite, on le remarque dans «Horizons perdus» (1937) de Capra et «The Hurricane» (1937) de Ford - qui lui vaut d'être nommé pour l'oscar - mais surtout dans l'émouvant «Place aux jeunes» de Leo McCarey (1937) où il joue le fils de Victor Moore et Beulah Bondi, bien embarrassé par ses parents vieillissants.

1939 reste pour lui une année exceptionnelle : il participe à quatre chefs-d'œuvre incontestables et reçoit l'oscar du meilleur second rôle masculin. C'est Doc Boone, le médecin alcoolique de «La chevauchée fantastique», qui lui vaut cet honneur d'autant plus mérité que John Ford l'avait pris pour tête de turc au début du tournage. Le manège dura jusqu'au jour où le comédien osa répliquer : "C'est bon, Mr Ford, n'oubliez pas que j'ai vu votre Marie Stuart !". Cette allusion à l'un des rares échecs du cinéaste mit fin aux brimades… À noter que Thomas Mitchell toucha sur ce film un salaire trois fois supérieur à celui du jeune John Wayne !

Oscar ou pas, il n'en est pas moins remarquable en reporter amoureux de Jean Arthur dans «Monsieur Smith au Sénat» ou en pilote menacé par la cécité dans «Seuls les anges ont des ailes». La scène de «Autant en emporte le vent» où il explique à sa fille Scarlett, sur fond de soleil couchant en technicolor, ce que représente vraiment le domaine de Tara est à tout jamais mythique. La même année, il joue encore Clopin Trouillefou, le roi de la Cour des Miracles, dans «Quasimodo» de William Dieterle (1939) aux côtés de son ami Charles Laughton.

Le 29 février 1940, à l'Hôtel Ambassador de Los Angeles, Thomas Mitchell reçut son oscar  avec ces mots : "Je ne savais pas que j'étais si bon ! Je n'ai pas prévu de discours : je serais trop incohérent…". Était-ce une allusion discrète à son penchant pour les joyeuses beuveries partagées avec de redoutables compères nommés John Barrymore, W.C. Fields ou Errol Flynn ? Sur le plan privé, les choses prennent alors une tournure moins engageante puisque son bref mariage avec Rachel Barnes Hartzell se solde par un divorce. Deux ans plus tard, tout s'arrange lorsqu'il se remarie avec sa première épouse, Ann Stuart Brewer, déjà mère de sa fille unique, Anne, pour une union enfin durable…

Les fantastiques années quarante de l'Oncle Tom…

Thomas MitchellThomas Mitchell (1946)

Professionnellement, les années quarante ne seront pas moins fructueuses pour l'acteur, avec un premier rôle pour bien les entamer dans «Swiss Family Robinson» (sorti en 1940). Marin irlandais, soulard mais courageux, il retrouve John Ford et John Wayne dans «Les hommes de la mer» (1940) et fréquente les “Frenchies” d'Hollywood comme Michèle Morgan – il joue le bon père Antoine de «Joan of Paris» (1941) – ou Jean Gabin mais, dans «La péniche de l'amour» (1942), son rôle de bon copain vire au maître-chanteur assassin.

Julien Duvivier l'utilise deux fois dans ses films à sketches : dans «Six destins» (1942), mari faussement bonhomme de Rita Hayworth, il assassinerait volontiers Charles Boyer ; en revanche, dans «Obsessions» (1943), il joue un medium victime de ses prédictions. Il ne tombe jamais dans l'émotion facile même lorsque «J'avais cinq fils» (1944) le confronte à la réalité tragique de la guerre, celle d'un père qui perd tous ses enfants au combat. Aussi crédible en bon toubib provincial dans «Our Town» (1940) qu'en pirate truculent dans «Le cygne noir» (1942), il incarne finement le journaliste Ned Buntline retraçant la carrière de «Buffalo Bill» (1944) pour William Wellman ou le lieutenant de police confronté à «La double énigme» (1946) de Robert Siodmak.

Un grand rôle l'attendait, celui de l'avocat qui fait la nique au diable dans «Tous les biens de la Terre» (1941), lorsqu'une fracture du crâne l'empêcha de poursuivre le tournage : remplacé par Edward Arnold, il prit sa revanche quelques années plus tard en signant «Un pacte avec le diable» (1949) où, procureur d'une grande cité américaine, il échappe in extremis à la damnation.

Les travaux de l'Oncle Tom…

On ne peut tout citer mais la pêche est bonne, d'«Âmes rebelles» d'Anatole Litvak (1942) au méconnu «The Romance of Rosy Ridge» de Roy Rowland (1947), sans parler des retrouvailles avec Clark Gable dans «L'aventure» (1945) ou de «Three Wise Fools» (1946) où il joue un vieux serviteur irlandais Terence Alaysius O'Davern qui démasque trois grigous décidés à duper la petite Margaret O'Brien. Sans doute est-il plus à l'aise en caporal dans «Bataan» (1943) qu'en shérif dans «Le banni» (1943), western signé Howard Hughes, où, pour une fois, empâté et vaguement benêt, il ne semble pas le meilleur choix pour le rôle de Pat Garrett.

Son personnage le plus marquant pour le public américain reste sans doute celui d'Oncle Billy dans «La vie est belle» (1946) de Capra, cadeau de Noël obligé de la télé pendant de nombreuses années. Face au redoutable Lionel Barrymore qui veut provoquer la ruine de James Stewart, Thomas Mitchell incarne la gentillesse joviale avec une chaleur communicative…

L'oncle Tom jour Columbo

Thomas MitchellThomas Mitchell (1954)

Alcoolique au grand cœur dans «La rivière d'argent» de Raoul Walsh (1948) et dans «Destry/Le nettoyeur» de George Marshall (1954), on retrouve Thomas Mitchell à l'affiche d'un autre classique du western, «Le train sifflera trois fois» (1952), où il incarne le maire timoré de la petite ville menacée par les “outlaws”.

Dans la dernière décennie de sa carrière, il sera moins présent sur grand écran et reprendra le chemin de la scène où il trouve de beaux personnages comme celui de Willy Loman dans une reprise de «La mort d'un commis voyageur» d'Arthur Miller en 1949. A partir de 1950, la télévision fait fréquemment appel à lui : il incarne le capitaine Nemo en 1952 et, l'année suivante, il obtient un Emmy Award pour son rôle dans la série «The Doctor». Un bonheur n'arrivant jamais seul, il reçoit aussitôt un Tony Award pour sa participation à la comédie musicale «Hazel Flagg» (1953) : si l'on y ajoute l'oscar obtenu en 1939, il fut même le premier comédien honoré par ces trois récompenses. On ne sait si ces trophées trônaient en bonne place dans sa propriété de Beverly Hills ; sans doute préférait-il présenter à ses visiteurs sa collection d'œuvres d'art et par-dessus tout une tête du Christ peinte par Rembrandt dont il était légitimement fier. Les séries «Mayor of the Town» (1954) et «Glencannon» (1959) dont il est la vedette accroissent encore sa popularité.

Toutefois, lorsqu'un bon rôle se présente au cinéma, Thomas Mitchell ne saurait le négliger, surtout s'il lui est proposé par un maître : dans «La cinquième victime» de Fritz Lang (1956), il retrouve le journalisme de ses débuts avant de clôturer une très belle carrière sous la houlette de son cher Capra dans «Milliardaire pour un jour» (1961) où, juge amateur de la dive bouteille, il s'amuse à jouer les époux d'opérette d'Apple Annie la clocharde (Bette Davis !).

Le 2 janvier 1962, sur les planches du Curran Theatre de San Francisco, il interprète «Prescription Murder» où il joue un inspecteur de police vieillissant face à un criminel retors campé par Joseph Cotten. Ce personnage - qui avait déjà paru sur le petit écran sous les traits de Bert Freed - s'appelait l'inspecteur Columbo : c'était bien avant Peter Falk qui fut, par le plus grand des hasards, son partenaire dans le film de Capra. La pièce connut un grand succès public, suivi d'une tournée qui s'interrompit brutalement : le 17 décembre 1962, atteint d'un cancer de l'estomac, Thomas Mitchell succombait à Beverley Hills, à l'âge de 70 ans. On était à la veille de Noël, une triste fête cette année-là puisque manquait à l'appel celui qui avait incarné Kris Kringle, le Père Noël idéal, dans le remake télévisé de «Miracle sur la 34e rue» (1955).

Documents…

Sources : documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Tonton Thom…

Citation :

"Beaucoup de gens disent que j’ai abandonné l’art en quittant Broadway et le théâtre. Bon sang, je ne suis pas un artiste mais un travailleur ! J’ai un métier comme n’importe quel ouvrier et je continue mon job là où il y a du boulot. Maintenant, c’est à Hollywood mais je n’ai pas signé de pacte avec Hollywood."

Thomas Mitchell
Jean-Paul Briant (mars 2018)
Vancouver, le 30 juin 1941…

Si tout le monde s'accorde à déclarer sa fille issue du premier mariage de Thomas, la nature de ce dernier est sujette à controverse.

En effet, certains "ignorent" un éventuel premier mariage avec Anne Brewer (vers 1915/1916) et attribuent donc la maternité de l'enfant à Rachel.

Notre position s'appuie sur une photographie de 1941, prise lors du second mariage avec Anne et accompagnée d'une légende significative :

"Thomas Mitchell and first wife re-wed : Film star Thomas E.Mitchell signs marriage license application as his first wife, Mrs.Anne Brewer and clerk Frances Hidgon watch. He and Mrs.Hier were married a few minutes later"

"Le remariage de Thomas Mitchell avec sa première épouse : La star de l'écran Thomas E.Mitchell signe le contrat de mariage l'unissant à sa première épouse, en présence de l'employée d'état cicil Frances Hidgon. Thomas et Mrs.Hier furent ainsi unis quelques minutes plus tard"

… Mrs.Hier étant le nom pris par Anne Brewer lors d'une union intercalaire avec Mr.Philippe Hier.

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Éd.8.1.3 : 13-4-2018