Akim TAMIROFF (1899 / 1972)

Comme un parfum d'orient…

Akim TamiroffAkim Tamiroff

D'origine arménienne, Hovakim Tamirian naît le 29 octobre 1899, à Tiflis (aujourd'hui Tbilissi, en Géorgie), alors cité d'une Russie encore impériale.

À l'âge de 19 ans, il choisit de s'orienter vers une carrière artistique. Retenu parmi plusieurs centaines de candidats pour entrer à l'École de Théâtre de Moscou, il étudie sous la direction de Konstantin Stanislavski et entame une carrière théâtrale dans son pays natal.

Au début des années vingt, à l'occasion d'une tournée aux États-Unis, il choisit, à l'instar de sa collègue Maria Ouspenskaya, de s'installer définitivement à New York où il poursuivra son métier, se produisant notamment “on Broadway”. Devenu Akim Tamiroff, il acquerra plus tard la nationalité américaine. En 1932, on le retrouve à Hollywood, attiré par les sirènes du 7ème art, où il entame son long parcours cinématographique. Parmi ces femmes-poissons, sans doute pour ne pas trop se dépayser, il remarque une compatriote, l'actrice Tamara Shayne (1902-1983) dont il fera son unique épouse (1932), devenant à cette occasion et pour leurs vies respectives le beau-frère du comédien Konstantin Shayne.

Son premier film s'intitule fort judicieusement «Okay, America !» Les débuts sont laborieux : son fort accent russe s'avère d'abord un handicap mais il fera sa singularité au point que le studio le menacera d'une rupture de contrat au cas où il s'aviserait de prendre des cours d'élocution anglo-saxonne ! Pourtant polyglotte, il s'exprime à la demande en anglais, russe, français et italien, favorisant son engagement pour toutes sortes de personnages plus ou moins exotiques (en sachant que, pour un Américain moyen, tout étranger est exotique). Certes, ses premières apparitions sont brèves mais il s'impose en se démultipliant : il paraît dans trente films en trois ans dont deux apparitions prometteuses auprès des plus grandes stars du moment, Greta Garbo dans «La reine Christine» (1933) et Marlene Dietrich dans «L'impératrice rouge» (1934).

Pablo, Pedro, Tony, Rudolpho, Giuseppe… Dans un premier temps, les consonances latines l'emportent : on le retrouve ainsi sous le nom d'Avilia, officier de la police espagnole, dans «Désir» (1936). Il sera aussi un bijoutier français dans «C'est pour toujours» (1934) ou le patron de Chez Maxim's dans «La veuve joyeuse» (1934) de Lubitsch. Les sonorités évocatrices de l'Est abondent : il se nomme Mirov, Boris ou encore Romanoff dans «La malle de Singapour» (1935), Popoff dans «La sœur de son valet» (1943). Son ambition cosmopolite ne s'arrêtera pas en si bon chemin : le voilà en Otamanu, émir de Ghopal, dans «Les trois lanciers du Bengale» (1935) ou en Wu Lien, un Chinois hollywoodien dans «Les fils du Dragon» (1944).

En fin de carrière, il jouera indifféremment Pancho Villa (dans un épisode de la série télévisée «The Ethel Barrymore Show»), un chef viking ou le Khan des Tartares («La fille des Tartares», 1961) afin de clôturer dignement un extraordinaire parcours d'acteur de composition…

D'aventures en aventures…

Akim TamiroffAkim Tamiroff dans «Les flibustiers» (1938)

En 1936, Akim Tamiroff est nommé à la course à l'oscar du meilleur second rôle masculin. C'était la première fois que l'on décernait cette récompense – qui reviendra à Walter Brennan – mais l'interprétation d'Akim Tamiroff en Général Yang dans «Le général est mort à l'aube» (1936) marqua les esprits : c'est son visage qui occupe l'un des supports publicitaires du film alors que Gary Cooper et Madeleine Carroll n'y figurent qu'en fragiles silhouettes en fuite. Sur sa lancée, il joue le traître Ivan Ogareff dans «Les aventures de Michel Strogoff» (1937) et s'affirme en vedette de séries B comme «The Great Gambini» (1937), «Dangerous To Know» (1938), «Disputed Passage» (1939), «King of Chinatown» (1939) où un slogan publicitaire l'annonce en "tsar de la cité du péché" ! «The Magnificent Fraud» (1939) lui permet de briller dans le rôle d'un comédien chargé de remplacer un dictateur sud-américain brutalement décédé ; pour l'occasion, il se fait même la tête de Napoléon et Henry VIII.

Sa truculence naturelle apporte un appréciable renfort aux classiques du film d'aventures signés Henry Hathaway ou Cecil B. de Mille : c'est ainsi qu'il joue le pirate russe Red Skain dans «Les gars du large» (1938), Dominique You dans «Les flibustiers» (1938) et Fiesta dans «Pacific Express» (1939) ; surtout, dans «Les tuniques écarlates» (1940), son interprétation du rebelle Dan Duroc est remarquable de drôlerie matoise et inquiétante.

Paisano californien dans «Tortilla Flat» (1942) ou sergent de la Légion Étrangère dans «La légion du Sahara» (1953), il adopte toutes les nationalités, tous les tempéraments. Maléfique Baron Colonna dans «Vendetta» (1941), il livre un duel mémorable à Douglas Fairbanks Jr mais il peut tout autant apporter une dimension comique à l'affairiste douteux – The boss ! - de «Gouverneur malgré lui» (1940) de Preston Sturges ou à l'acolyte de Vidocq dans «A scandal in Paris» (1946). Dans «Les cinq secrets du désert» (1943) de Billy Wilder, il sera Farid, l'hôtelier égyptien embarqué malgré lui dans la résistance aux occupants allemands. «Pour qui sonne le glas» (1943) amène une seconde nomination aux oscars et un second échec, compensé cette fois par l'obtention du Golden Globe pour son rôle de Pablo, vaillant opposant du franquisme et époux de l'émouvante Katina Paxinou.

Don Quichotte et Sancho Pança…

Akim TamiroffAkim Tamiroff / Sancho Pança (1955)

La rencontre d'Akim Tamiroff avec Orson Welles a lieu dans «Cagliostro» (1949) où, sous le nom de Gitano, il le recueille enfant, l'appelle «Bambino» et le suit dans son rêve de vengeance et de domination. Six ans plus tard, Welles cinéaste le recrute pour «Monsieur Arkadin» (1955) où il joue un pauvre diable nommé Jacob Zouk, deux ans avant ses débuts en Sancho Pança. On le retrouve dans «Le procès» (1962) en piètre amant d'occasion de la belle Leni. Mais c'est «La soif du mal» (1957) qui lui donne son personnage le plus terrifiant, l'oncle Joe Grandi responsable de l'enlèvement de Janet Leigh, finalement étranglé par le policier corrompu joué par Welles lui-même.

Les années 60 - entamées avec le rôle de Spyros Acebos, le gangster de «L'inconnu de Las Vegas» (1960) – se font internationales : Peter Ustinov l'embarque pour son «Romanoff et Juliette» (1961) et le retrouve à Istanbul dans «Topkapi» (1964) où il livre un mémorable numéro de cabotinage en cuisinier cocasse et répugnant parlant un sabir incompréhensible. Entre deux tournages italiens - il porte la toge dans «Les bacchantes» (1961) ou «Cléopâtre, une reine pour César» (1962) – le voilà à Hong-Kong pour «Lord Jim» (1963) puis de nouveau en Europe : il joue le Marquis de Vigogne dans «La tulipe noire» (1964) de Christian-Jaque ou le diabolique docteur Kha dans une parodie de film d'espionnage signée Chabrol («Marie-Chantal contre le Docteur Kha», 1965) avant d'incarner Henri Dickson, l'agent secret moribond dans l'«Alphaville» (1965) de Godard.

Malade du cancer, Akim Tamiroff se retire dans sa propriété de Palm Springs en 1969 en compagnie de son épouse qui fut parfois sa partenaire («Romanoff et Juliette»,…). Il y disparaîtra le 17 septembre 1972, des suites d'un cancer.

En 1960, il eut droit à son étoile sur le Hollywwod Walk of Fame, un honneur négligeable en regard des éloges de son ami Welles qui le considérait comme le meilleur comédien du grand écran.

Documents…

Sources : documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Citation :

Lt Schwegler : Vous avez un cuisinier autochtone du nom de Berek…
Farid : Terek, monsieur. Terek. Oui monsieur… Mais il s'est enfui ce matin. Avec les Britanniques à Alexandrie…
Lt Schwegler : Vous avez une épouse…
Farid : Oh oui, monsieur. Oui. Mais elle s'est s'enfuie… Oui monsieur…
Lt Schwegler : Avec les Britanniques à Alexandrie ?
Farid : Non, monsieur. Avec un Grec à Casablanca !

Dialogue de «Les 5 secrets du désert» (1943)
Farid
Jean-Paul Briant (août 2018)
Éd.8.1.3 : 30-8-2018