Macha MÉRIL (1940)

La petite princesse…

Macha MérilMacha Méril

La jeune princesse Maria Magdalena Vladimirovna Gagarin, fille du Prince Belsky Wladimir Gagarine et de sa cousine Marie, russes blancs émigrés puis naturalisés français, se verra entourée à sa naissance par son demi-frère Georges et de ses deux soeurs aînées, Hélène et Élisabeth. Venues au monde quelques années auparavant, celles-ci ont grandi sur la Côte d'Azur où leurs parents se sont réfugiés au sein d'une nombreuse communauté d'exilés. Par la suite, tout ce petit monde s'est installé au Maroc, encore sous protectorat français, où le père, devenu ingénieur agronome, s'est vu proposé la direction d'une plantation d'agrumes. C'est donc dans cette Afrique du Nord coloniale, le 3 septembre 1940 à Rabat, que notre future vedette fera son entrée dans la vie. De cette ascendance russo-asiatique, elle conserve assurément sur son visage quelques traits déliciesement étirés qui pourraient la faire passer pour une 5ème soeur Poliakoff.

En 1945, lors des derniers combats de la Seconde Guerre Mondiale, la veille même de l'Armistice, Georges est tué au front. L'année suivante, c'est le père qui disparaît, emporté par un typhus contracté sur le navire qui l'a emmené se recueillir sur la tombe de son fils défunt. Marie mère décide alors de regagner la capitale française en compagnie de sa féminine progéniture dont le plus tendre élément n'est pas le moins gracieux.

Adolescente, la jeune Marie poursuit ses études secondaires au Lycée Marie Curie de Sceaux avant d'intégrer la Sorbonne où elle s'astreint à un cursus littéraire. Mineure mais déjà bien éveillée, elle fréquente dans sa 17ème année un fringant quarantenaire dont elle se retrouve bientôt enceinte. Riche et marié, l'élégant fauteur organise l'avortement de sa maîtresse dans une clinique suisse, une opération dont l'intéressée découvrira plus tard qu'elle lui interdit définitivement de pouvoir mener une grossesse à terme.

Séparée de son compagnon, Marie quitte l'université pour suivre les cours de l'École Charles Dullin au Théâtre National Populaire, devenant ainsi l'élève de Jean Vilar. Dès 1958, elle incarne la jeunesse parisienne dans une bande d'actualités des studios Gaumont à l'heure ou le Général De Gaulle s'apprête à prendre les rennes du pouvoir. En 1959, elle débute à l'écran sous une blondeur peu naturelle dans «Le signe du Lion» d'Éric Rohmer, mais c'est son film suivant, «La main chaude» avec Jacques Charrier, qui la fait connaître du grand public. Pour cette première réalisation de Gérard Oury, elle accepte le conseil que lui fait le metteur en scène de changer de patronyme : comme il est en effet peu probable que celui de Gagarine puisse conduire à la célébrité, elle associe à son diminutif, Macha, le nom francisé d'une chanteuse de Jazz américaine de ses idoles, Helen Merrill.

En 1962, Macha Méril gagne les États-Unis pour intégrer le célèbre Actors' Studio de Lee Strasberg et profite de son passage pour tenter de séduire Dean Martin, un «Mercredi soir, 9 heures» (1963). Une année plus tard, quittant un Hollywood qui ne lui convient pas, elle accepte la proposition de Jean-Luc Godard d'incarner «Une femme mariée» (1964) partagée entre son mari et son amant, oeuvre qui, au-delà d'un scandale puritain, lui vaut de recevoir le Prix Suzanne Bianchetti annuellement décerné à la jeune actrice nationale la plus prometteuse. Autant dire que la voir succomber à «L'appât de l'or noir» (1965), fut-ce pour suivre Terence Hill, ne laissa pas de nous surprendre ! Heureusement, elle bifurqua rapidement vers un «Horizon» (1966) plus conforme à sa personnalité avant de devenir l'amie et la confidente d'une «Belle de jour» pour le compte de Luis Buñuel (1967). Parallèlement, elle fonde sa propre maison de production, Machafilms, venant ainsi en aide à Guy Gilles, jeune réalisateur également originaire d'Afrique du Nord, qui s'apprête à réaliser son 2ème long métrage, «Au pan coupé» (1967) tout en lui offrant l'opporturnité de donner la réplique à l'éphémère Patrick Jouané.

Fièvre romaine…

Macha MérilMacha Méril

Le 9 octobre 1969, notre vedette épouse Gian Vittorio Baldi, producteur et réalisateur italien de cinéma («Fuoco !» en 1968,…), dont elle élèvera puis adoptera le fils né d'un mariage brisé par le décès de la mère, Gian Guido. À ses côtés, elle participera à la production de quelques films célèbres («Porcherie» de Pasolini en 1968, «Quatre nuits d'un rêveur» de Robert Bresson en 1971) et tournera «La notte dei fiori» (1970) et «L'ultimo giorno di scuola delle vacanze di Natale» (1974) au sein de leur société de production, l'IDI Cinematografica. À l'heure de leur divorce prononcé en 1978, l'actrice aura vécu une dizaine d'années à Rome, poursuivant une carrière transalpine d'un intérêt variable («L'amour conjugal» en 1970, «Nous sommes tous en liberté provisoire» en 1971, «Les frissons de l'angoisse» en 1975),…) où la légèreté l'emporte trop souvent («Amore mio, non farmi male» en 1974, «Son tornatore a fiorire le rose» en 1975, «Perdutamente tuo…Mi formo maculoso fu Giuseppe» ou «Peccatori di provincia» en 1976).

Heureusement, la France se souvient encore d'elle et Maurice Pialat («Nous ne vieillirons pas ensemble» en 1972), Jean Yanne («Les Chinois à Paris» en 1974) ou Claude Lelouch («Robert et Robert» en 1978), ayant fort heureusement conservé son numéro de téléphone, sauront nous la rendre dans l'éclatante beauté de sa trentaine épanouie.

Rentrée en France en 1980, la jeune actrice qu'elle est encore renoue avec quelques uns des jeunes réalisateurs d'un nouveau cinéma français : «Beau père» de Bernard Blier (1981), «Le crime d'amour» de Guy Gilles (1981), «Mortelle randonnée» de Claude Miller viennent plus avantageusement orner sa filmographie que les charmes troublants des «Tendres cousines» qui l'enveloppent dans les flous artistiques chers à David Hamilton.

En 1985, compagne de Stéphane Freiss – son cadet de 20 berges – depuis une paire d'années, elle obtient la reconnaissance inaboutie de sa profession en étant retenue pour une course au César dont elle ne sortira pas lauréate malgré sa composition d'une platanologue venue en aide à la fragile Mona dans le merveilleux film d'Agnès Varda, «Sans toit ni loi». La même année, tout aussi libérée dans la vie que son personnage littéraire, elle personnifie une inoubliable «Colette» pour le petit écran. Régulière de ce média familial, elle y fera de multiples apparitions («Les petites demoiselles» de Michel Deville en 1964, «Le bonheur des tristes de Caroline Huppert en 1981, «Lettres du bagne» de Jean Lhôte en 1983, «La fuite» en 1984, «La robe mauve de Valentine» et «L'homme de pouvoir» en 1985), jusqu'à l'heure de passer derrière ses caméras pour réaliser un épisode de la série «Les mercredis de la vie» intitulé «Alla turca» (1993).

En 1987, elle fait enfin ses débuts sur les planches au Théâtre de la Gaîté-Montparnasse dans «L'éloignement», pièce de Loleh Bellon mise en scène par Bernard Murat. Dès lors, les plus grands temples du 6ème art l'accueilleront tour à tour sur leurs scènes : L'Odéon pour «La mouette» de Tchekov (1988/1989), Le Petit Marigny pour «Fièvre romaine» d'Edith Warton (1993), Le Théâtre Antoine pour «Bel Ami» d'après Maupassant (1997), La Madeleine pour «Le voyage de Victor» de Nicolas Bedos (2009), Les Bouffes-Parisien pour «Rapport intime» de Didier Van Cauwelaert (2013),… et tout récemment encore le Théâtre Montparnasse pour «La légende d'une vie» de Stefan Zweig (2018)

Être une femme libérée

Macha MérilMacha Méril et Michel Legrand

Femme éclectique, elle rédige plusieurs essais ou romans («Le journal d'une femme mariée» en 1966, «La star» en 1982), «Love Baba» en 2000, «Les mots des hommes» en 2004, «Ce qu'il voulait» en 2012, «Arithmétique de la chair» en 2016,…). Libre de corps et d'esprit, elle livre ses réflexions en littérature («Biographie d'un sexe ordinaire» en 2003 où elle se livre dans toute son impudeur, «Si je vous disais…» en 2004, «Un jour je suis morte» en 2007 où elle confesse ses souffrances de non-mère,…) et dans les médias, parfois de manière directe au point de choquer Patrick Poivre d'Arvor ou Marc-Olivier Fogiel et de s'attirer les foudres des moralistes à la tête carrée. Plus conventionnelles seront ses publications culinaires à mettre dans toutes les bouches («Joyeuses pâtes» en 1986, «Moi j'en riz» en 1994, «Haricot-ci, haricots-là…» en 1999, «C'est prêt dans un quart d'heure» en 2011). Amoureuse des belles lettres, elle ira jusqu'à pousser sa mère, octogénaire à publier ses mémoires, «Blonds étaient les blés d'Ukraine» (1984), qui rencontreront un grand succès.

Lors du 50ème Festival de Cannes (1997), elle fonde avec ses collègues et amies Bernadette Lafont, Anna Karina, Alexandra Stewart et Françoise Brion l'association "Les 50èmes jubilantes" pour protester contre la vision dépassée des femmes dans les films, la publicité et les médias.

Toujours active au cinéma («La vouivre» en 1988, «Berlin '39» en 1993, «Le sciamane» en 2000, «Trésor» en 2009, «Un profil pour deux» en 2017,…), elle se produit un peu partout dans l'Hexagone avec son spectacle «Feu sacré», mariant les écrits de George Sand à la musique de Frédéric Chopin. Engagée politiquement, elle soutient successivement Lionel Jospin, Ségolène Royal, François Hollande et Emmanuel Macron dans leurs campagnes successives pour la présidence de la République Française. Et puisqu'il lui reste encore un peu de souffle artistique, elle le met à contribution dans un album de 12 chansons, «Macha chante Méril», dont elle a écrit les paroles autour des musiques de Jean-Pierre Stora.

Officier des arts et Lettres (2011), Chevalier de la Légion d'Honneur et du Mérite Agricole, récipiendaire du Prix Raimu pour sa composition dans la pièce de George Bernard Shaw «De l'importance d'être constant» (2008/2009), l'insatiable Macha Méril écrit des articles pour le magazine «Côté femmes», une féminité qu'elle assume avec fierté et assurance depuis sa plus tendre enfance : "Être femme est un privilège, pas un devoir". En 2014, rallumant une histoire d'amour brésilienne impossible, et à ce titre endormie depuis une dizaine de lustres, elle devient tardivement l'épouse du compositeur Michel Legrand dans une union tendrement fusionnelle, donnant ainsi un nouveau coup d'élan à son genre en proclamant bien haut son désir, malgé l'âge, de rester femme jusqu'au fond du sexe.

Documents…

Sources : «Le divan : Macha Méril, autoportrait», émission animée par Marc-Olivier Fogiel (2018), documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Citation :

"Je ne suis pas une révolutionnaire. Je suis juste le trait d'union entre les gens et les idées neuves."

Macha Méril
… c'est pas si facile
Christian Grenier (octobre 2018)
"Macha Méril, la séduction à coeur"

"Je suis l’anti- Christine Angot, qui ne se lasse pas d’écrire le lamento d’une sodomisation non aboutie !

Moi c’est tout le contraire, je fais l’apologie d’un épanouissement sexuel.

Le sexe n’est pas un bien de consommation mais un mystère inouï. C’est la dernière grande énigme."

Macha Méril ("Intimité magazine" N°3,2013)

Éd.8.1.4 : 17-10-2018