Lee J. COBB (1911 / 1976)

Un violoniste contrarié…

Lee J. CobbLee J. Cobb (1945)

Fils de Benzion Jacob, un typographe de presse, et de Kate Neilcht, Leo Jacoby voit le jour le 8 décembre 1911, à New York City (New York, U.S.A.) dans une famille de confession juive, aux origines russes et romaines. Il passe sa petite enfance à New York City, quartier du Bronw, et se révèle bientôt être un excedllent musicien. Adolescent, il pratique le violon avec une virtuosité déjà reconnue lorsqu' une vilaine fracture au poignet vient mettre fin à ses premières espérances.

Il se tourne alors vers l'harmonica. C'est ainsi qu'ayant intégré le groupe musical fantaisiste de Borrah Minevitch (and His Harmonica Rascals), il apparaîtrait à ce titre dans le film d'Ernst Lubitsch, «Le patriote», une information qu'il nous reste encore à confirmer (1928). Quoi qu'il en soit, installé à Hollywood, il cherche dès lors à percer dans ce milieu prometteur qu'est celui du cinéma. Mais, ne parvenant pas à se faire un trou en rapport avec son tour de poitrine, il se décide à rentrer à New York City où il étudie la comptabilité en suivant des cours du soir tout en travaillant comme vendeur dans la journée.

Ayant amassé un pécule suffisant, il renouvelle son aventure californienne avec davantage de réussite car il parvient à se faire engager au célèbre Pasadena Playhouse (1931) où il découvre les secrets du métier de comédien, tout en s'essayant à la mise en scène lorsque l'occasion se présente. Aguerri, il participe à diverses tournées au sein de quelques troupes itinérantes, avant de parvenir à monter sur les planches “on Broadway” dans une adaptation scénique de «Crime et châtiment» de Dostoïevsky.

En 1934, il apparaît une première fois à l'écran dans la peau d'un contremaître de chantier au quatrième épisode d'un serial de Lew Landers, «The Vanishing Shadow», une opportunité qui reste toutefois sans lendemain. Il intègre alors le New York Group Theatre, une troupe “progressiste” – d'autres diront communiste – au sein de laquelle oeuvrent déjà des “mal pensant” comme Clifford Odets, Elia Kazan, John Garfield et Lee Strasberg.

Il se partage alors entre les côtes est et ouest de l'Oncle Sam car Hollywood finit par se souvenir de lui. Le voici cherchant des crosses – d'arme à feu, bien entendu – au légendaire William Boyd dans une paire de western de série “B”, «North of the Rio Grande» et «Rustler's Valley» (1937), avant d'apparaître de façon tout aussi improbable sous un costume oriental dans «Ali Baba Goes to Town» (1937), pour ce qui n'était, rassurez-vous, qu'un mauvais rêve. Père du tout jeune William Holden dans «L'esclave aux mains d'or» (1939), il termine la décennie avec la perspective de pourvoir bientôt satisfaire ses légitimes ambitions…

Un idéaliste contrarié…

Lee J. CobbLee J. Cobb (1970)

Il entre dans les années quarante en alimentant le carnet rose de la presse cinématographique par l'annonce de son mariage avec Helen Beverley, une jeune comédienne œuvrant au théâtre et au cinéma, le pllus souvent dans sa langue maternelle, le yiddish, ses parents étant d'origine russe. Le couple aura deux enfants, dont une fille, Julie Cobb, future actrice et épouse de l'acteur James Cromwell.

Reprenant son habit de travail, il personnifie, dans «Tonight We Raid Calais» (1943), un résistant français, père de notre Annabella nationale exilée à Hollywood pour les raisons sentimentales que l'on sait et qui affiche pourtant 2 crédits supplémentaires à son compteur des années qui passent trop vite. Du côté Atlantique, on peut tout autant l'applaudir dans des pièces comme «The Fifth Column» ou «Jason», une alternance qui fait de lui un homme très occupé.

Après une courte interruption de carrière entre 1944 et 1945, période pendant laquelle il sert au service de cartographie de l'U.S. Air Force, il reprend sa carrière d'acteur, grimé comme pas deux dans «Anna et le roi de Siam» (1946), en premier ministre de son Orientale Majesté. Jusqu'à la fin des années quarante, alternant avec autant de crédibilité, les bons et les méchants, il enchaîne quelques grands titres, apparaissant successivement dans «L'heure du crime» de Robert Rossen (1947), «Boomerang» de l'ami Kazan (1947), «Appelez Nord 777» de Henry Hathaway (1948) et «Les bas fonds de Frisco» de Jules Dassin (1949). Mais c'est sur scène qu'il accède au triomphe en créant le personnage de Willy Loman, ce père qui se sacrifie pour assurer l'avenir de son fils, dans la pièce d'Arthur Miller, «Mort d'un commis-voyageur» dont l'auteur avouera l'avoir écrite en pensant à lui.

Tout allait pour le mieux dans le meilleur des rêves possibles pour Lee J. Cobb, avant que son passé ne le rattrape au tournant des années cinquante. Dans cette période aussi noire que la liste de la même couleur, l'acteur est appelé à se présenter devant la Commission des Activités Anti-Américaines, son appartenance au New York Group Theatre faisant de lui un “coupable” désigné… notamment par l'un de ses anciens camarades ! Devant son refus de témoigner, le monde des arts dramatique commence à le considérer comme un paria. Avec le temps, la dégradation de ses situations professionnelle et financière finissent par altérer sa santé. Déprimé, atteint d'une déficience cardio-vasculaire, il revient sur sa décision en 1953 et finit par “lâcher” à son tour une vingtaine de noms de ses amis d'autrefois, décision qui lui restera pénible et sur laquelle il sentira ultérieurement le besoin de s'exprimer.

Rendu à la vie “honorable” aux yeux du bon peuple américain, Le J. Cobb reprend sa marche artistique en avant. Est-ce pour le remercier que ses collègues lui font l'honneur d'une nomination à la “course” à l'oscar du meilleur second rôle pour sa composition dans «Sur les quais», cette œuvre d'Elia Kazan dans laquelle un ecclésiastique persuade le témoin d'un crime à témoigner devant une commission d'enquête au risque de sa vie ? Sans doute pas, puisque l'essai ne sera pas transformé…

Une fin de carrière contrariée…

Lee J. CobbLee J. Cobb

Divorcé d'Helen (1952) qui aura traversé avec lui la période des tourments et des remords, Lee J. Cobb convole en seconde noces avec Mary Brako Hirsch, une institutrice, qui l'accompagnera jusqu'au bout du chemin. Le nouveau couple aura également deux enfants.

De par sa carrure imposante, l'acteur est souvent distribué dans la peau de malfaiteurs violents, d'hommes de pouvoir ou de patriarches inflexibles. Ne rejetant pas les transformations hasardeuses, le voici en Mongol tenant tête à Humphrey Bogart dans «La main gauche du Seigneur» (Edward Dmyryk, 1955) ou en chef intraitable d'une famille russe dans «Les frères Karamazov» (Richard Brooks, 1958) une composition qui lui vaut de prendre à nouveau le départ, tout aussi infructueusement, de la course pour la précieuse statuette dont l'obtention l'aurait à jamais rendu respectable, au moins à ses propres yeux. “Outlaw” dans «L'homme de l'Ouest» (Anthony Mann, 1958), gangster dans «Traquenard» (Nicholas Ray, 1958), il voit son univers s'écroûler sous les mauvais augures des «Quatre cavaliers de l'apocalypse» colportés par Vincente Minnelli (1961).

Mais c'est surtout le juré N°3 qui laissera à jamais dans l'histoire du septième art, la trace indélibile du grand interprète que fut Lee J. Cobb. Dernier des «Douze hommes en colère» (Sidney Lumet, 1957) à admettre le doute sur la culpabilité d'un jeune homme de 18 ans qui lui rappelle son fils avec lequel il est en conflit, il livrera un combat idéologique et personnel face à un Henry Fonda droit dans ses bottes et calme comme les blés au mois d'août.

Hélas, ce numéro d'acteur, non récompensé à sa juste mesure, ne se renouvellera plus. Si l'on excepte quelques westerns de bonne facture («L'or de MacKenna» en 1968, «L'homme de la loi» en 1970, «Le fantôme de Cat Dancing» en 1973), le reste sera moins reluisant pour notre homme qui, après avoir joué les faire-valoir d'un James Coburn qui ne lui arrive pas à la cheville («Notre homme Flint» en 1967 et «F comme Flint» en 1968), ne fera plus que de l'alimentaire.

Le petit écran l'emploiera à quelques reprises (le téléfilm «Double Indemnity» en 1973,…), en faisant de lui le héros de la série à vocation internationale «Le Virginien» (1962/1966) avant de lui permettre de connaître une seconde fois «La mort d'un commis voyageur» sous le contrôle d'Alex Segal (1966).

Pour le reste, l'acteur se perdra dans des productions italiennes de petit calibre – de revolver, ça va de soi – où ses qualités, même sur le retour, n'avaient rien à faire («Le grand kidnapping» en 1973, «Un flic voit rouge» en 1974,…). Mais, comme il disait, "Il faut bien vivre"

Il ne vivra plus bien longtemps d'ailleurs, car le 11 février 1976, à Woodland Hills (Californie, U.S.A.), une crise cardiaque viendra bientôt mettre fin à cette force de la nature qu'était Lee J .Cobb, comédien de talent et acteur de premier “second plan”.

Documents…

Sources : IMDB, documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Citation :

"Je voudrais vous remercier pour le privilège de remettre les pendules à l'heure, non seulement pour tout le soulagement que cela m'apporte, mais, si tardivement ces informations peuvent être de quelque nature que ce soit utile au renforcement de notre gouvernement et à ses efforts tant au pays qu'à l’étranger, il servira en quelque sorte à atténuer le sentiment de culpabilité que j’aurais pu ressentir après avoir attendu aussi longtemps."

Lee J. Cobb, devant le Comité des Activités Anti-Américaines (1953)
Lee J. Cobb, le hasard et la nécessité…
Christian Grenier (juin 2020)
Lee J. Cobb, une confession…

Lorsque la puissance du gouvernement des États-Unis fait pression sur un individu, cela peut être terrifiant. La liste noire n'est qu'un premier pas : vous êtes privé de travail, votre passeport est confisqué. C'est mineur.

Mais ne pas pouvoir se déplacer sans être suivi, c'est autre chose. Au bout d'un certain temps, la menace devient plus explicite et les gens succombent. Ma femme l'a fait, et elle a été réhabilitée.

La HUAC a passé un accord avec moi. J'étais assez épuisé. Je n'avais pas d'argent. Je ne pouvais pas emprunter. J'avais l'obligation de m'occuper des enfants. Pourquoi devais-je faire subir cela à mes proches ?

Si cela valait la peine de mourir, j'aurai pu être aussi idéaliste qu'un autre. Mais j'ai décidé que cela n'en valait pas la peine et si ce geste était le seul moyen de sortir de ma pénitence, je devais le faire.

Interview de Victor Navasky

Éd. 9.1.4 : 6-6-2020