Boris BILINSKY (1900 / 1948)

Article paru dans le N° 16 de la revue "Ciné Magazine", le 22 avril 1927

L'affiche moderne…

Boris Bilinsky«Le lion des Mogols» (1924)

La ville moderne est devenue une grandiose exposition de tableaux; les tableaux, ce sont les affiches.

En autobus, tramway ou taxi, vous parcourez les rues - salon d'exposition !

Les couleurs hurlent, les dimensions frappent. Chaque affiche tend à se faire remarquer, à être plus attrayante que toutes les autres, à attirer l'attention générale, à frapper l'imagination du public - et tout ceci en une seconde. Elle n'a qu'un but: celui de produire le maximum d'effet en un minimum de temps. La compétition est énorme.

Nous sommes le jury de cette gigantesque exposition, nous, le public, toujours juste et incorruptible.

Ignore-t-on, en effet, que "MON SAVON, C'EST MONSAVON"

Le minimum de temps et le maximum d'effet.

De cette formule ressort la règle la plus simple, celle constituant la loi de l'affiche, confirmée par la pratique.
 1 - La tache de couleur : doit sauter aux yeux. De loin déjà tous doivent la remarquer. L'effet produit par la tache grandit en proportion avec sa dimension - et de même en comparaison avec la couleur voisine. Dans cette divergence réside la source de leur force. D'autre part, trop de couleur brise l'effet de la tache. La tache de couleur doit étre à longue portée.
 2 - La composition de l'affiche, le dessin de la tache de couleur : Nous avons le "minimum de temps", de ce fait : minimum de détails, simplification de contours, concentration du dessin, son schéma seulement.
 3 - Minimum de temps - minimum de texte : le texte doit être laconique et lisible immédiatement. Trop de mots tuent l'affiche. Le texte est une formule.
 4 - La nouveauté de l'idée de l'affiche. Nous sommes tous des blasés “visuels”. Il est indispensable d'impressionner notre fantaisie rassasiée - et de montrer ce qui n'a pas encore été fait, ce qui n'a pas encore été vu. Trouver l'idée (problème de la psychologie expérimentale) en ceci réside tout l'art de l'affiche, le talent créateur de l'artiste.

La concurrence entre les cinémas, les firmes, les films et les artistes a obligé l'exploitation cinématographique à utiliser l'affiche.

Dès lors, dans la rue sont apparues, à côté des superbes affiches et des grands panneaux, des photographies coloriées, agrandies jusqu'à un mètre et demi, et couvertes d'un texte volumineux (sur une affiche de 1926, appartenant à une grande firme, j'ai, à titre de curiosité, compté les mots: soixante et onze !). Les affiches de cinéma ne résistant généralement pas à la comparaison avec celles qui couvrent nos murs, n'arrêtent pas l'attention du public. Elles ne frappent pas l'imagination.

Détailler une scène d'amour sur le fond d'une foule innombrable anéantit l'affiche; les péripéties du scénario se retrouvent sur les photos, devant l'entrée !

L'affiche cinématographique doit renaître: elle sera moderne.

Comment ?… On l'a indiqué plus haut !

Boris Bilinsky
Ed.8.1.2 : 7-7-2016