Howard HUGHES (1905 / 1976)

… le producteur qui fit tourner tant d'actrices … en bourriques !…

… le producteur qui fit tourner tant d'actrices … en bourriques !… Howard Hughes

Rares sont les producteurs dont le patronyme figure sur le matériel publicitaire des films qu'ils financent.

Comme vous le verrez tout en “feuilletant” sa filmographie, ce fut régulièrement le cas pour Howard Hughes, l'individu le plus étrange de son époque. Car le nom de ce mystérieux personnage était à lui seul un élément commercial considérable.

A la tête d'une immense fortune dès sa vingtième année, il partagea son existence entre l'aviation, le cinéma et les femmes. Pour être exact, il faudrait dire le sexe. Car, d'un point de vue purement comptable, partageant ses amours entre actrices, starlettes et autres midinettes en quête de gloire ou de notoriété, il peut être considéré, davantage encore qu'Errol Flynn ou George Simenon, comme le véritable Don Juan du 20eme siècle.

Il serait illusoire de prétendre résumer la vie de ce milliardaire excentrique en une centaine de lignes, alors que tant de biographes se sont vainement acharnés à démêler l'écheveau d'une histoire qui, dans ses vingt dernières années, s'est écrite dans l'obscurité la plus totale (sa dernière photographie date du milieu des années 50 !).

La seule ambition de cet article est de donner au lecteur l'envie de lire l'un des nombreux pavés littéraires qu'inspira l'homme le plus insaisissable de son époque. Au bout de votre peine, vous ne serez pas déçus !

Christian Grenier

Le charme discret de la bourgeoisie…

Howard HughesHoward Hughes
Les origines…

Howard Hughes est né le 24 septembre 1905, à Houston, Texas. Mais, l'individu ayant toujours prétendu qu'il s'agissait du 24 décembre, on ne devait l'apprendre qu'après sa mort ! Ca commence bien…

N'allez pas croire qu'il avait déjà une cuillère d'argent dans la bouche. Son père, Howard Robard Hughes, cherche fortune dans la capitale texane, région dans laquelle on a découvert de nombreux gisements de pétrole, ce produit dont on pressent déjà l'importance qu'il tiendra dans le développement industriel du 20eme siècle.

L'accouchement fut difficile. On craint un moment pour la vie de la mère, Allene Gano, issue d'une famille de la bourgeoisie locale d'origine française. Fille d'un juge, petite-fille d'un célèbre général sudiste, la parturiente, abîmée, ne pourra avoir d'autre descendance.

En 1908, Howard Sr met au point un outil capable de perforer les roches granitiques à des profondeurs jamais atteintes, invention qui lui permet d'établir, et d'asseoir définitivement, une fortune considérable.

L'enfance…

Les conséquences de l'accouchement, ainsi que les absences répétées du père trop accaparé par ses affaires, font naître entre la mère et le fils une relation qu'il n'est pas exagéré de qualifier d'anormale. Allene ne peut envisager de se séparer de sa progéniture, fut-ce pour parfaire son éducation, et le maintient dans un cocon doré. Craignant en permanence pour sa santé (inconsciemment effrayée de savoir qu'elle ne pourra avoir un autre enfant si celui-ci venait à disparaître), elle instille dans l'esprit de celui-ci une sorte de paranoïa microbienne permanente qui explique de nombreuses choses à venir.

Pourtant en 1912, il faut bien l'inscrire à ce que nous appelons chez nous l'école élémentaire. A Houston, il s'agit de l'Académie Prosso. Enfin, pas pour tout le monde…

Le gamin est intelligent. Il n'a pas les mêmes préoccupations que ses petits camarades dont il s'isole le plus souvent. Très inventif, il met au point, dans sa douzième année, un appareil de radiographie sans fil qui lui permet de capter les signaux Morse en provenance des navires !

Mais son développement est perturbé par de multiples ennuis de santé plus ou moins réels qui annoncent déjà sa future hypocondrie.

En 1920, pensionnaire depuis un an du South End College, il est victime d'une paralysie d'origine hystérique, source pourtant d'une surdité chronique qui le desservira toute sa vie. Sur les conseils des médecins et des psychologues, Howard Sr sépare la mère et l'adolescent qu'il inscrit à l'Académie Fessenden de Boston. Là, Howard Jr connaît le ravissement d'un baptême de l'air en hydravion.

A lui, maintenant…

En 1922, il est élève à l'école Thatcher de Santa Barbara, Californie, lorsqu'un funeste télégramme lui apprend le décès de sa mère lors d'une opération devant la délivrer d'un foetus qu'elle n'aurait pu mener à terme. Retiré de l'école, il est pris en charge par sa tante, Annette Gano, et séjourne quelque temps à Pasadena, Californie du Sud.

Auditeur libre du prestigieux California Institute of Technologie (Caltech), il partage ses loisirs entre l'aviation et le cinéma. Tout va pour le mieux lorsque, le 14 janvier 1924, Howard Sr succombe à une crise cardiaque. Howard Jr hérite de 75% de la fortune paternelle, le reste étant réparti entre les autres membres de la famille. Mais il n'est pas libre de mener comme il le souhaiterait l'entreprise familiale dont un certain nombre de parts lui échappent. Sous la conduite d'Annette, les co-héritiers acceptent de vendre leurs avoirs et de valider l'émancipation du mineur sous certaines conditions, dont la moindre n'est pas la réalisation d'un rapide mariage.

Ainsi donc, le 2 juin 1925, Howard Hughes, qui ne se distinguera plus par le suffixe de Jr, épouse Ella Rice, decendante d'une branche peu fortunée d'une célèbre famille texane. Déjà avisé, l'homme d'affaires prend toutes les dispositions propres à faciliter un divorce rapide.

L'aviation…

Howard HughesHoward Hughes

Dès 1927, Howard Hughes suit avec assiduité des cours qui lui permettent d'obtenir rapidement son brevet de pilote.

Lors du tournage de «Hell's Angels» (1927/1930), il décide d'exécuter lui-même une cascade aérienne refusée par tous les acrobates professionnels. Comme il était prévisible, son appareil s'écrase au sol. Grièvement blessé, l'entêté gardera dans son crâne un morceau de métal dont on ne devait découvrir l'existence qu'après sa mort !

Début 1932, il a déjà piloté la plupart des types d'appareils existants, du simple avion de chasse jusqu'à l'hydravion long courrier. Il commandite alors la construction de "l'avion le plus rapide du monde". Le 13 septembre 1935, aux commandes du H1-Silver bullet, qui ne volera jamais que 44 heures pour un coût de 120 000 dollars, Howard Hughes bat le record du monde (568 km/h) avant d'atterrir en catastrophe. Peu superstitieux, dès le 13 janvier suivant, il améliore la meilleure performance de la traversée des Etats-Unis dans le sens Ouest/Est.

Deux ans plus tard, le 19 janvier 1937, toujours aux commandes du Silver Bullet, il améliore ce temps de 177 minutes, à l'issue d'un vol marqué par un incident du dispositif respiratoire. Certains biographes affirment que, porté un moment disparu, Howard demanda Katharine Hepburn en mariage à l'atterrissage ! Quoiqu'il en soit, le voici désormais aussi célèbre que sa maîtresse du moment.

Le tour du monde…

Le 10 juillet 1937, Howard Hughes, en compagnie d'un équipage de quatre hommes, quitte New York aux commandes du Lockheed Lodestar. Après une escale parisienne, et malgré l'interdiction personnelle du dictateur Adolf Hitler, il survole l'espace aérien allemand pour atteindre Moscou. Quittant peu après la capitale soviétique, effectuant d'autres arrêts, il finit par se poser à New York, le 14 juillet. Il a ainsi accompli son rêve : effectuer le tour de la Terre, en 3 jours, 19 heures et 17 minutes (23 178 km). La “Grande Pomme”, puis l'ensemble des Etats-unis lui rendent un hommage à la mesure de l'exploit accompli.

Désormais, le nom de Hughes est davantage associé à l'aviation qu'au cinéma. D'autant plus que l'intéressé acquiert, entre 1938 et 1940, les trois quarts des actions de la compagnie TWA, fondée par le célèbre Charles Lindbergh. Pour réaliser ses projets, il commande à la compagnie Lockheed l'avion qui devait rester célèbre sous le nom de Constellation.

Le XF-11…
Howard HughesH.H. aux commandes du XF-11 (1946)

La Hughes Aircraft Company met en chantier la construction d'un avion de reconnaissance à haute altitude pour l'US-Army. Le 7 juillet 1946, Howard Hughes entame seul le premier vol d'essai officiel du XF-11 devant une commission, militaire, l'appareil ayant été conçu pour un équipage bicéphale.

Ayant dépassé la durée attendue, il décide de continuer l'expérience qui se termine tragiquement sur les hauteurs de Beverly Hills, le prototype abîmant au passage trois habitations. On extrait des flammes un corps brûlé sur la majeure partie de sa surface et couvert de plusieurs dizaines de blessures.

Pendant plusieurs jours, Hughes vacille entre la vie et la mort. A l'issue d'un traitement intensif de plusieurs semaines, il s'en tire une fois de plus. Mais, pour le soulager de ses douleurs insupportables, les médecins l'ont traité à la morphine, puis à la codéine, installant chez le sujet les racines d'une toximanie qui l'accompagnera jusqu'à la fin de sa vie.

Bien qu'ayant décelé un défaut technique, la commission d'enquête attribue l'accident - évitable par le respect du plan original - à une erreur de pilotage. L'année suivante, le même homme reprend avec succès les commandes du second prototype ! Mais l'armée, se tournant vers le XF-12 de Republic Aviation, ne donne pas suite au contrat.

La Spruce Goose (Hercules H-4)…

En 1942, en association avec l'industriel John KaiserJohn Kaiser, Howard Hughes obtient du gouvernement les crédits nécessaires à la construction du prototype d'un hydravion gros porteur. Après maintes péripéties, dont une audition d'enquête par le Sénat, l'avionneur termine seul la construction de l'appareil. Le 2 novembre 1947, après avoir alerté la presse, il pilote le monstre – baptisé Spruce Goose – officiellent Hercules H4 - pour ce qui ne doit être qu'une glissade aquatique. A la surprise générale, il parvient à lui faire effectuer un vol de près de 2 kilomètres, le seul jamais effectué par l'unique prototype.

A ce jour, le H4 demeure l'appareil volant possédant la plus grande envergure jamais construit dans le monde !

Terminons ce chapitre en rappelant que la Hughes Aircraft Company est à l'origine de la construction de l'hélicoptère de combat Apache. Aujourd'hui développé par Boeing, le prototype de cet appareil effectua son premier vol en septembre 1975, quelques semaines avant la disparition de l'homme d'affaires.

Symboliquement, bien que l'événement soit embrumé de plusieurs incertitudes, il semble bien que Howard Hughes soit mort dans un avion… qu'il ne pilotait pas ! Quel metteur en scène !

Le cinéma…

Howard HughesUn ballet aérien de plusieurs millions de dollars !

Dès 1926, Howard Hughes investit de l'argent dans le cinéma. «Swell Hogan», réalisé et joué par un ami de son père, l'acteur Ralph GravesRalph Graves, se révèle si mauvais en projection privée qu'il ne sera jamais distribué !

Têtu, le jeune héritier fonde une société de production, la Caddo, dont le premier fruit, «Everybody's acting» (1926), rapportera près du double de la somme investie : malgré toutes les précautions, Hughes a fini par attraper un virus ! Plus ambitieuse, l'oeuvre suivante, «Two Arabian Knights» (1927) est plus judicieusement confiée au déjà talentueux Lewis Milestone qui y gagnera un Oscar (1929).

«Hell's Angels / Les anges de l'enfer»

Impressionné par l'oeuvre de William Wellman, «Wings/les Ailes» (1927), Howard décide qu'il peut faire mieux. Au grand dam de son comptable, Noah DietrichNoah Dietrich, il soutire 700 000 dollars du compte de son entreprise pour mettre en chantier «Hell's Angels» (1927/1930).

Un premier réalisateur, Marshall Neilan, quitte rapidement le plateau, excédé par la présence et les interventions permanentes de son producteur. Le suivant, Luther Reed, ne se montre guère plus conciliant. Hughes décide alors de réaliser lui-même le film.

A l'heure du montage, le parlant s'étant définitivement imposé, on s'aperçoit un peu tard que l'on a négligé l'importance de la sonorisation. Pour éviter le naufrage financier, on décide de reprendre certaines scènes. C'est alors que l'actrice principale, Greta Nissen, à l'accent épouvantablement scandinave, est remplacée par une presque débutante, Jean Harlow.

Au final, après un tournage éprouvant au cours duquel trois pilotes trouvèrent la mort, 560 heures de pellicules ont été impressionnées, pour un budget, promotion comprise, de 4,2 millions de dollars !

Le soir de la première, le 30 juin 1930, une escadre d'avions du premier conflit mondial traverse le ciel de Hollywood. Au terme de près de trois heures de projection, le public ovationne le spectacle. Son producteur a l'immense satisfaction de lire, le lendemain, dans le Los Angeles Evening Herald : "A côté de ce film, ‘Wings’ nous semble bien faible !". L'oeuvre rencontre un immense succès, mais il s'en faut de 1,5 millions de dollars que les recettes ne couvrent les dépenses. La mégalomanie a son coût…

Tenu par des contrats déjà signés, Howard Hughes doit poursuivre son oeuvre de producteur, notamment avec le célèbre «Scarface» de Howard Hawks (1930). Jusqu'à la fin de son intérêt pour le septième art, il mariera à plusieurs reprises cinéma et aviation :

Mais entre-temps, de 1932 à 1940, davantage attiré par l'aviation, Howard Hughes va s'éloigner du cinéma. De la production, pas des actrices !

«The Outlaw / Le banni»
Howard HughesH.H. fut toujours fasciné par les seins féminins,
attributs maternels par excellence

Dès la fin de 1939, Howard Hughes envisage de produire une version “sensuelle” de l'histoire de Billy the Kid. Pour tenir les principaux rôles masculin et féminin, il engage (au tarif de 50 dollars par semaine, le prix de l'un de ses mouchoirs) le jeune Jack BuetelJack Buetel et les seins d'une belle secrétaire, Jane Russell.

Au printemps, 1941, le tournage de «The Outlaw/Le banni» débute sous la direction de Howard Hawks qui, très rapidement, rend son tablier. Le producteur devient ainsi, pour la seconde fois, son propre metteur en scène. Le tournage s'étale sur près d'une dizaine de mois, tandis que l'année 1942 est consacrée au montage. Jane Russell est déjà célèbre dans toute l'Amérique sans que quiconque ne l'ait jamais vue à l'écran !

Les ligues de vertus, obtenant le droit de visionner la bande avant sa distribution, demandent plus d'une centaine de coupures. On transige longuement et, le 5 février 1943, le film est enfin projeté en première mondiale, entraînant l'hilarité de la salle et les critiques railleuses des journalistes. Pourtant, grâce à une savante campagne publicitaire basée sur la paire de vedettes plus haut présentée, le public se rue dans les salles lorsque, sans que l'on sache vraiment pourquoi, le producteur-réalisateur retire son bébé du circuit !

En 1946, le film ressort de son coffre à grands renforts de publicité. Fait sans précédent, la commission de censure lui retire le visa déjà accordé. Qu'importe : le producteur en offre une copie aux distributeurs qui prendront le risque de la projeter. A terme, l'affaire se revéla extrèmement juteuse pour le financier.

La RKO…

En 1948, Howard Hughes devient actionnaire majoritaire des studios RKO. En quelques mois, il réduit les effectifs des deux tiers. Entre 1950 et 1956, il offre parfois à ses amantes (Faith Domergue dans «Vendetta», Linda Darnell dans «Second chance», Susan Hayward dans «The Conqueror»), davantage aux proies convoitées (Janet Leigh dans «Two Tickets to Broadway» et «Jet Pilot»), Jean Simmons dans «Angel Face», «Affair With a Stranger» et «She Couldn't Say No») quelques rôles plus ou moins avantageux.

Mais surtout, la compagnie lui sert à rabattre vers lui toutes les starlettes en mal de notoriété auxquelles il fait miroiter un avenir des plus prometteurs. Prisonnières de leurs contrats, certaines jeunes filles restèrent ainsi plusieurs années sans rien faire d'autre que de percevoir leurs salaires tout en suivant d'interminables cours de diction, de maintien ou d'art dramatique ne débouchant sur rien du tout !

Côté messieurs, la vedette de la RKO, à cette époque, est Robert Mitchum. Rejeté par les grands studios après avoir fait de la prison pour consommation de marijuana, l'acteur trouve auprès du producteur un soutien qui ne lui fera jamais défaut.

Après avoir racheté les dernières part de la société, le milliardaire doit pourtant se résoude à la vendre, en 1955, à la suite de nombreuses erreurs de gestion justifiant la fuite des meilleurs éléments. Ses dernières contributions cinématographiques, «Jet Pilot» (1950) et «The Conqueror» (1956), retardées pour de multiples raisons, furent distribuées ultérieurement à la vente.

En 1970, honoré lors de la cérémonie des Oscars, il se fait représenter par l'ami de toujours, Cary GrantCary Grant.

Les femmes…

Howard HughesHoward Hughes

On le sait, Howard Hughes a fait (1925) un mariage de convenance. Sa sexualité, il la découvre et la satisfait essentiellement avec des dames dont c'est le métier ou des starlettes aux ambitions beaucoup plus grandes que le talent.

A cette époque, Ella Rice doit se soumettre à de multiples exils, tandis que l'on colporte la relation, plus sérieuse, de son époux avec l'actrice Billie Dove. Lassée de tant d'indifférence à son égard, the first Mrs Hughes finit par jeter l'éponge et demande un divorce qu'elle n'a même pas la consolation de voir refusé.

Billie Dove…
Billie DoveBillie Dove

En 1929, Billie Dove, célèbre et riche vedette du cinéma muet, est l'épouse du réalisateur Irwin Willat. Ayant convenablement passé l'épreuve du parlant, l'actrice demeure une valeur financière sûre. Howard fait sa connaissance chez (et avec la connivence de) Marion DaviesMarion Davies. Conquis, le séducteur en herbe met au point un véritable programme destinée à ramener sa proie dans le filet où elle ne manque pas de tomber.

Les deux amants envisagent déjà de se marier. Mais Willat, qui sent venir pour lui des temps plus difficiles, se montre intransigeant. Une dignité qui a son prix : 325 000 dollars ! A la hauteur des moyens du soupirant : affaire conclue !

Profondément épris l'un de l'autre, les amoureux vivent la plus grande aventure sentimentale de leurs existences respectives. Début 1931, on prépare le mariage. Pourtant, un soir, entrant du tournage de «Scarface», Howard trouve la cage vide. L'oiseau s'est envolé sans qu'on sache vraiment pourquoi. Il ne l'avouera d'ailleurs jamais…

Ginger Rogers…
Ginger RogersGinger Rogers
Ginger Rogers

Celle qui devait devenir la partenaire régulière de Fred Astaire rencontre Howard Hughes lors d'une soirée dansante, en 1930. Impressionnée par la beauté du jeune homme, elle l'accompagne le soir de la première de «Scarface» (1932). Pendant sept années, elle fut la confidente et la franche conseillère du milliardaire. Lorsqu'elle le quitta, celui-ci s'en montra fort contrarié.

Après sa rupture avec Katharine Hepburn, en 1939, Howard la demande en mariage, lui offrant une bague de fiançailles. Mais la blonde actrice, découvrant la véritable nature de son soupirant, finit par couper les ponts.

Katharine Hepburn…
Katharine HepburnKatharine Hepburn

Invité par son ami Cary Grant sur le tournage de «Sylvia Scarlett» (1935), Howard Hughes atterrit tout près des caméras afin de faire la connaissance de la célèbre actrice. Handicapé par sa surdité, l'homme ne fait pas une impression favorable sur sa nouvelle proie auprès de laquelle il entame néanmoins une cour assidue.

Délaissant ses activités du moment, il la suit tout au long de la tournée théâtrale de «Jane Eyre» , la couvrant de fleurs à la moindre occasion. Selon la jeune femme, "l'inévitable se produisit" qui permit aux journaux d'annoncer leur mariage au début de l'année 1937. Dès lors, les tourtereaux font domicile commun…

Rentré de son tour du monde, à l'été 1938, le séducteur pose un ultimatum à l'actrice : elle a 3 jours pour accepter de l'épouser. La vedette ne répondra pas.

Faith Domergue…
Faith DomergueFaith Domergue

Howard Hughes fait sa connaissance en 1941, alors qu'elle est dans sa seizième année. Toujours écolière et déjà sous contrat, elle tombe sous la coupe du milliardaire qui entreprend de la modeler à sa façon. Après l'avoir “rachetée” à la Warner, il l'installe dans une nouvelle demeure en lui promettant le mariage.

Supportant toutes les liaisons plus ou moins clandestines de son “fiancé”, elle subira ce régime jusqu'en 1946 avant d'épouser un sombre musicien, faisant ainsi bien honneur à son prénom !

Ava Gardner…
Ava GardnerAva Gardner

Howard Hughes la remarque sur une photo de presse relatant son divorce d'avec Mickey Rooney. A l'issue de l'habituelle cour romantique, il l'installe, avec sa soeur Béatrice, dans un somptueux appartement et attache à ses basques une équipes de détective privés. Lorsqu'il tente de lui faire comprendre qui est le maître, il reçoit une poterie sur le crâne !

Car la belle, ayant compris à qui elle avait affaire, rejettera ses quatre demandes avant épouser Artie Shaw !

Jane Russell…
Jane RussellJane Russell

On associe inévitablement le nom de Howard Hughes à celui de Jane Russell. C'est lui qui l'a dénichée, l'a baptisée, a construit l'essentiel sa carrière: «Le banni» (1943), «His Kind of Woman» et «Macao» (1951), «The Las Vegas Story» (1952), «The French Line» et «Underwater/La Vénus des mers chaudesr» (1954), pour ne citer que les films sur lesquels il intervint personnellement. On connait la paire de qualités que le mentor trouvait à son modèle fétiche, mais ils n'eurent pourtant jamais de relations intimes. La belle, qui n'était pas commode, avait décrété qu'il n'était pas "His kind of man" !

La sortie de «The French Line» (1954) est aussi mouvementée que celle du «Banni». La publicité prétend qu'il s'agit d'un film à voir "… avec les deux yeux !". Puisque le bureau de censure se montre réticent, Hughes décide de le distribuer sans visa. Les ligues religieuses décrètent "en état de péché mortel" les chrétiens qui se risqueraient à aller le voir !

Par la suite, le mécène assurera à sa protégée un revenu hebdomadaire de mille dollars pendant vingt ans pour des films qui ne verront jamais le jour !

The second Mrs Hughes…
Jean PetersJean Peters

Le 4 juillet 1946, Howard Hughes rencontre la jeune Jean Peters, 19 ans et petite amie du soldat Audie Murphy, chez William Cagney, frère de James. Pour l'impressionner, il l'invite à assister trois jours plus tard au vol d'essai au cours duquel il devait faillir mourir.

Comme tant d'autres, après l'avoir installée avec sa famille dans de luxueux appartements, Howard (qui avait souvent plusieurs promesses sur le même feu) lui laisse espérer un prochain mariage. Mais, en mai 1954, lasse d'attendre, Jean épouse Stuart Cramer III, un cadre supérieur de Lokheed. Manoeuvrant avec l'habileté dont il est coutumier, Hughes fait capoter l'union en obtenant… l'assentiment des intéressés !

Finalement, le 12-1-1957, la belle actrice au nez retroussé devient, sous un nom d'emprunt, la seconde et dernière Mrs Howard Hughes. Le mariage secret a lieu dans la petite ville de Tonopah, Nevada et restera ignoré de la presse pendant plusieurs semaines. Certains biographes prétendent qu'il s'agissait, pour le mari, d'éviter un internement psychiatrique que seul le conjoint, lorsqu'il existe, peut autoriser. Bien entendu, l'intéressé avait pris ses précautions, de ce côté là !

Jean avait déjà sacrifié sa carrière pour celui qui était devenu son époux. Pourtant, après ce mariage, elle ne devait plus le revoir très souvent (et malin qui dégôtera le premier une photo du couple !). En 1970, lasse de ne pouvoir mener une vie conjugale “normale”, elle demande le divorce, coupant le dernier lien – téléphonique – qui reliait l'ermite de Las Vegas au monde extérieur.

Terry Moore…
Terry MooreTerry Moore

Issue de “l'élevage” royal, cette jeune starlette, bien que profondément éblouie par son nabab de patron, se montre hésitante à lui céder en raison de ses convictions religieuses. Avec la complicité du capitaine de l'un de ses yachts, Howard Hughes organise en 1949 un simulacre de cérémonie aussi peu nuptiale que navale, à laquelle Terry accorde suffisamment de crédit pour accepter de devenir enfin sa maîtresse.

Un crédit limité toutefois, puisqu'elle ne se manifesta pas à l'heure du second mariage légal de son “époux”, n'ayant elle-même pas attendu aussi longtemps pour convoler en noces qu'il nous est difficile de qualifier de justes. La mémoire lui reviendra plus tard, au moment du partage du fabuleux héritage…

Et les autres…

On prête à Howard Hughes, Don Juan davantage que Casanova, bien d'autres aventures féminines, menées pour l'essentiel au sein du milieu cinématographique. Plus ou moins véritables, plus ou moins abouties furent ses liaisons avec Jean Harlow, Joan Crawford, Nancy Carroll, Ida Lupino (encore adolescente, "... Mais maman nous accompagnait !"), Bette Davis, les soeurs Joan Fontaine et Olivia de Havilland (avec lesquelles il amorça deux flirts parallèles !), Yvonne De Carlo, Lana Turner, Rita Hayworth, Kathryn Grayson…

J'en passe, et des meilleures (enfin, façon de parler !). Sachant qu'on ne prête qu'aux riches, de toutes les souris d'Hollywood, il n'y a vraiment que Minnie dont on puisse affirmer que…

La déchéance…

Howard HughesH.H. inspire Sam Shepard
pour sa pièce de théâtre «Deduced»

Vers le milieu des années 30, Howard Hughes montre les premiers symptomes de ces excentricités qui accompliront sa légende : phobie des microbes, disparitions inexpliquées, caprices subits, volonté de plier la raison à ses exigences…

Soudain, il décide que, désormais, il se déplacera sans avoir le moindre argent par devers lui pour éviter d'être victime d'une agression !

Dès 1941, il ferme progressivement la plupart des nombreuses pièces de sa somptueuse demeure de Muirfield pour vivre dans l'obscurité de 2 ou 3 d'entre elles.

En 1943, aux commandes du premier Constellation, il commet plusieurs erreurs inexplicables chez un pilote de son calibre. Un peu plus tard, aux leviers d'un hydravion expérimental, le voici responsable d'un accident qui coûte la vie à deux membres de son équipage. A cette époque, ses compagnes du moment relèvent chez lui les premiers troubles psychiques que l'on attribuera plus tard à ses multiples blessures craniennes autant qu'à une syphillis chronique non encore dignostiquée. Allez savoir où il aura attrapé ça !

Au cours de l'année 1944, après avoir confié ses affaires à ses plus fidèles subordonnés, il disparaît pendant plusieurs mois, se retrouve aux limites de l'effondrement psychologique avant de rebondir pour vivre (entre autres) les événements que vous avez pu lire.

Au début des années cinquante, sous l'emprise d'une paranoïa grandissante, il commence à inonder ses gens de directives précises sur la façon de manipuler ses objets personnels et confectionner ses repas. On le voit fréquemment s'envelopper les mains de plusieurs mouchoirs en papier avant de toucher le bouton de la porte d'un établissement public.

Son comportement, à l'origine de la chute de TWA dont le contrôle finit par lui échapper, pousse le gouvernement américain à le faire surveiller par le F.B.I. Au début de l'année 1957, son entourage médical étudie la possibilité d'un internement, précipitant peut-être le mariage avec Jean Peters.

L'isolement…

A partir de 1958, entouré d'un groupe de Mormons qui lui servent de gardes du corps, Howard Hughes, disparaît de plus en plus fréquemment, de plus en plus longuement, s'isolant de son épouse et du reste du monde pour conduire ses affaires par le biais de divers systèmes de télécommunications. Nulle photographie de lui ne fut plus plus jamais prise.

Vivant nu la plupart du temps dans l'ombre d'un bureau ou le noir d'une chambre d'hôtel, refusant le moindre contact physique, il se laisse aller padadoxalement au plus grand délabrement, peu soucieux de la moindre hygiène personnelle.

En 1966, il abandonne la riche demeure conjugale de Bel Air (dans laquelle le couple vivait séparé) pour s'installer en ermite au Desert Inn de Las Vegas, qu'il ne tarde pas à racheter. En quelques mois, il acquiert quelques uns des plus grands hôtels et casinos de la capitale du jeu avant de disparaître à nouveau (1971), à tel point que beaucoup se demandent s'il est encore vivant et n'a pas tout simplement été remplacé par un imposteur.

Pourtant, en 1972, afin de renier son autobiographie apocryphe publiée par Clifford Irving, il “réapparait” vocalement lors d'une interview téléphonique qui permet aux journalistes l'ayant bien connu de l'identifier formellement.

Littéralement prisonnier de son proche entourage qui prend peu à peu la direction de ses affaires, il ne subsiste que par l'absorption et l'injection massives de drogues plus ou moins toxiques, passant ses dernières années alité et balloté d'un endroit à l'autre.

L'adieu du cinéma…

Le 5 avril 1976, un avion atterrit sur l'aérodrome de Houston, Texas. Il ramène d'Acapulco la dépouille du deuxième homme le plus riche des Etats-Unis, après Paul Getty. Son squelette, davantage que son cadavre, ne pesant plus qu'une quarantaine de kilogrammes, on l'identifie par l'analyse des empreintes digitales. Aucun testament authentique n'a jamais été retrouvé.

L'incroyable histoire de cet homme extraordinaire a été mise en images par Martin Scorcese en 2004 dans «The Aviator». Le cinéma lui devait bien ça.

Documents…

Sources : «Howard Hughes, le milliardaire excentrique» de Peter Harry Brown et Pat Broeske, «Howard Hughes» de François Forestier (qui m'a paru souvent plagier le précédent), documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Enfin, je ne peux résister à citer deux de ses dernières confidences…

The Aviator…

Citations :

"Si vous aviez pu prendre ma place et moi la vôtre, je serais prêt à parier que vous auriez supplié de retourner à votre propre vie avant la fin de la première semaine !"

"Comme j'aimais ma mère !"

Howard Hughes
Christian Grenier (novembre 2008)
Ed.7.2.1 : 9-1-2016