How the West Was Won / La conquête de l'Ouest

… Petite histoire du western

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Le western - ou film de cow-boys - se confond avec le cinéma.

Il se confond, surtout, avec l’histoire des Etats-Unis et plus spécifiquement de l’Ouest américain.

C’est l’histoire des Blancs et des colons qui repoussent les frontières et les Indiens vers l’océan Pacifique, ultime impasse avant la mort…

Patrick Glanz

Introduction…

le westernTout est dans le titre !

Le western - ou film de cow-boys - se confond avec le cinéma. Il se confond, surtout, avec l’histoire des Etats-Unis et plus spécifiquement de l’Ouest américain. C’est l’histoire des Blancs et des colons qui repoussent les frontières et les Indiens vers l’océan Pacifique, ultime impasse avant la mort.

C’est la Guerre de Sécession entre le Nord et le Sud, les Indiens Sioux, Apaches, Comanches et Cheyennes, la lutte entre les grands propriétaires terriens et les fermiers, les éleveurs bovins et ovins, les shérifs et les bandits, les voleurs de trains et de banques, les tireurs d’élite, les femmes de petite vertu et les saloons.

Les westerns, c’est le plus souvent l’histoire de vies et d’itinéraires, la construction de villes, les étapes de diligence, un chemin de fer qui pousse d’Est en Ouest, des communautés qui se regroupent, des forts militaires où l’armée des Etats-Unis tente de faire régner l’ordre, de donner un sens à un pays où la violence est partout.

Le western, c’est aussi le progrès, la justice et la civilisation.

Quand on essaie d’aller encore plus loin dans l’analyse, et au contraire d’autres cinémas de genre, la richesse du western est sans limite.

Elle sous tend des catégories et sous catégories, John Ford, l’icône, ayant lui-même, visité toutes les possibilités (chronique de la cavalerie, règlements de compte, parcours initiatique et religieux, réalité et légende de l’ouest).

Epopée et réalité…

Calamity JaneElles prirent toute leur place…

Dans le remarquable ouvrage «Approches et mythologies du western», dirigé par Raymond Bellour, on compare, à juste titre, "le cow-boy au preux chevalier du XIII siècle".

On touche au sacré et à l’épopée. Et Lucien Goldman le résume ainsi : "Elle exprime l’adéquation de l’âme et du monde, de l’intérieur et de l’extérieur, l’univers dans lequel les réponses sont présentes avant que ne soient formulées les questions, où il y a des dangers, mais pas de menaces, des ombres mais pas de ténèbres, où la signification est implicite dans chaque aspect de la vie et demande seulement à être formulée et non pas découverte".

C’est l’histoire classique du “poor lonesome cow-boy” ou “chevalier errant en quête de son Graal“. Comme dans le roman d’aventures ou de chevalerie, le western est toujours habité par la mort. Au fil du temps, il va se nourrir de politique, de psychologie et de… justice.

Fini le fier soldat de cavalerie, le vengeur masqué et le shérif incorruptible. La fin des années 50 et les années 60 voient apparaître un héros qui doute («Le train sifflera trois fois»), un shérif aux tendances homosexuelles («L'homme aux colts d’or»).

Le sur-western est apparu ! Son héros a changé ; il n’est plus aussi transparent. Il a vieilli («Coups de feu dans la Sierra») et il est meurtri («L’homme de l’ouest»). Il se regroupe («La horde sauvage»). Il tire sans réfléchir («Le gaucher»). Surtout, il ne fait plus vraiment rêver…

En quelques années, il est déjà le fruit du passé, d’une époque lointaine, d’une certaine mythologie de l’ouest. Le bien et le mal se confondent. John Ford, le génie classique, l’avait compris, lui qui dans «L’homme qui tua Liberty Valance» tua son propre mythe, son propre cinéma. Que disait-il en fait? "Je vous ai raconté la légende, mais la vérité est tout autre…".

Le héros du western moderne est maintenant un réaliste !

Les westerns muets…

Edwin S.PorterEdwin S.Porter

La conquête de l’ouest et son développement entre 1850 et 1900 (la découverte de l’or en Californie remonte à 1848), vont fournir le principal matériau de décennies de westerns. Cette époque correspond à l’apparition de légendes (Kit CarsonKit Carson, Wild Bill HickokWild Bill Hickok, Buffalo BillBuffalo Bill), de célèbres bandits (Jesse JamesJesse James, Billy the KidBilly the Kid) ou de moments “historiques”: guerres indiennes, «Règlements de compte à OK Corral», etc.

Le cinéma va développer cette imagerie, mais le western, dans un premier temps et compte tenu de ses insuffisances techniques, va se contenter de dessiner de petits héros.

Les premiers westerns, aux environs de 1898, sont très courts et ne durent pas plus de dix minutes. Ils sont produits par Thomas EdisonThomas Edison en Mutoscope et Kinetoscope. «Cripple Creek Bar Room Scene» (1899) donne le ton. «Poker at Dawson City» (1898) et «Romance of the Rails» (1902) vont suivre.

Les historiens officiels vont cependant considérer «The Great Train Robbery», réalisé en 1903 par Edwin S.PorterEdwin S.Porter, comme le premier western commercial. Il dure douze minutes et raconte, comme son titre l’indique, une attaque de train. Tourné en quatorze séquences, il va marquer son temps en raison d’un plan fixe où l’on voit un hors la loi face à la caméra faire usage de son arme. La légende fait même état dans certains cinémas de petits malaises et évanouissements ! L’acteur du film s’appelle Broncho Billy Anderson et sa carrière va durer 62 ans, le temps de devenir une star.

Trois ans plus tard, le peu célèbre Otis M. Gove va tourner «A California Hold-Up», premier western réalisé à l’Ouest.
Le western va, toutefois, prendre une autre dimension avec David W.GriffithDavid W. Griffith, le très controversé metteur en scène de «Naissance d’une nation», le père du cinéma moderne. Il va réaliser tour à tour «Fighting Blood» (1911) et «The Battle of Elderbush Gulch» (1914).

En 1917, celui qui allait devenir l’incontestable “empereur” du western, John FordJohn Ford, entre en lice. Il réalise «The Tornado», puis «Straight Shooting» et enfin «Iron Horse» en 1924, un film d’1h47 qui retrace l’épopée du chemin de fer. Georges O’Brien en est la vedette, mais l’époque du muet a surtout consacré William S. Hart et Tom Mix. Celui-ci, né en Pennsylvanie, a grandi dans le ranch familial avant de devenir shérif à Otage-City, puis acteur à la Fox où il va tourner plus de 300 westerns muets !

En 1926, près de 30% des films américains sont des westerns, et on en dénombre 571 entre 1925 et 1927. A l’aube du parlant, le western se porte comme un charme.

Parmi les classiques: «Le dernier des Mohicans» (Maurice Tourneur) «Le signe de Zorro» (Fred Niblo, 1920), «The Covered Wagon» (James Cruze, 1923 ), «Three Bad Men» (John Ford, 1925), «The Pony Express» (James Cruze, 1925), «The Winning of Barbara Worth» (Henry King, 1926 ), «The Trail of 98» (Clarence Brown, 1928)…

La splendeur du western…

John Ford«La prisonnière du désert» (1956)

Les années 30 et l’apparition du parlant vont permettre à quelques metteurs en scène de tourner de bons westerns. On pense plus particulièrement à «La piste des géants» (1930) de Raoul Walsh avec un certain Marion Michael Morrison, accessoiriste à la Fox (qui va devenir dans ce film John Wayne), à «Cimarron» (1931) de Wesley Ruggles qui va obtenir l’Oscar - il faudra d’ailleurs attendre 59 ans et «Danse avec les loups» de Kevin Costner pour voir un western obtenir de nouveau la statuette - ou encore l’excellent «Une aventure de Buffalo Bill» (1936) de Cecil B. De Mille dans lequel Gary Cooper interprète magnifiquement un héros de l’ouest, Wild Bill Hickok. Mais un homme, à lui seul, va écrire la légende du western : John Ford.

De son vrai nom John Martin Feeney, cet Américain d'origine irlandaise a déjà beaucoup tourné durant la période du muet. Par la suite, il a touché à d’autres genres avant de revenir au western en 1939 avec un film qui va marquer le début de l’âge d’or du genre, «La chevauchée fantastique» (1939).

Au fil d'une vingtaine d’années, John Ford va écrire quelques unes des plus belles pages du cinéma mondial. Il va devenir le chantre du western classique avec au moins une dizaine de chefs d’œuvres sur les 12 westerns tournées («La chevauchée fantastique» (1939), «La poursuite infernale» (1946) , «Le massacre de Fort Apache» (1948), «La charge héroïque» (1949), «Rio Grande» (1950), «La prisonnière du désert» (1956), «L’homme qui tua Liberty Valance»…)

Dès «La chevauchée fantastique» (une adaptation de «Boule de suif» de Maupassant), Ford va utiliser les décors de Monument Valley qu’il rendra légendaire. Tout comme le règlement de compte à OK Corral dans «La poursuite infernale» où il va mythifier la vie du shérif Wyatt EarpWyatt Earp, aujourd’hui plutôt considéré par les historiens comme un fieffé coquin.

John Ford va ensuite s’attacher durant 3 films («Le massacre de Fort Apache», «La charge héroïque» et «Rio Grande», déjà cités) à la cavalerie américaine. "Leur solde est de 13 dollars par mois. Leur régime est fait de haricot et de foin. Peut-être de la viande de cheval, avant que la campagne finisse. Ils se chamaillent aux cartes ou bien pour un whisky tord-boyaux, mais ils partageront, ensuite, jusqu’à la dernière goutte de leur gourde. Leurs visages peuvent changer, même leurs noms, mais ils sont là. Ce sont eux le régiment, l’armée régulière, maintenant et pour cinquante ans".

Durant cette trilogie, il va examiner la vie de troupe dans un fort. Il intègre, à coté de scènes d’action, des moments de comédie et d’émotion. Il est le réalisateur de la vie et du quotidien. Jamais, dans aucun autre film, ne verra t-on de façon si belle le retour du régiment sous les yeux des femmes. Jamais ne verra t–on aussi bien la bravoure des hommes.

La beauté du technicolor…

technicolorOh ! que c'est beau !

Avec John FordJohn Ford, mais aussi Anthony MannAnthony Mann, Raoul WalshRaoul Walsh et Howard HawksHoward Hawks, le héros du western acquiert de l’épaisseur. Les histoires sont plus complexes. La lutte pour la terre ou la vie est une marche sinueuse.

Les grands metteurs en scène vont pouvoir utiliser le technicolor pour magnifier leur histoire. Anthony MannAnthony Mann, par exemple, va tourner 11 westerns dont cinq avec James Stewart, son autre acteur préféré étant Gary Cooper. Il va faire admirer son naturalisme avec, souvent, de merveilleux décors et une photo splendide.

Avec Mann, le western est beau. Dans ses films, il décline le thème de la vengeance et fait preuve d’une grande virtuosité technique. Ses scénarios, la plupart écrits par Borden Chase, sonnent l’heure de l’aventure individuelle. Ils frôlent, parfois, la tragédie, magnifiquement interprétés par des héros en proie à quelques ruminations méditatives et souffrances intérieures.

On retrouvera James Stewart, l’acteur bien-aimé de Mann, dans un autre film phare des années 50, une date dans l’histoire du western mondial : «La flèche brisée» de Delmer DavesDelmer Daves (1950). Le film, outre sa beauté plastique, est le premier à montrer les Indiens tels qu’ils étaient. Si Ford avait un peu réhabilité les “Peaux-rouges” dans «Le massacre de Fort Apache», nous entrons cette fois dans leur vie, leurs rites, leurs coutumes. Le lyrisme de Daves, son propos, et l’interprétation en font une pure merveille. Outre James Stewart, comme toujours excellent, on découvre dans le rôle de Cochise, un Jeff Chandler majestueux et dans celui de la petite indienne Sonseeahray une Debrat Paget éblouissante.

Un ans plus tard, Anthony Mann, réalisera «La porte du Diable» avec Robert Taylor dans le rôle du sergent-major d’origine indienne et emboîtera le pas de Daves.

Durant les années 50, le western atteint son apogée. La splendeur des images, la variété des histoires, le charisme des vedettes (Cooper, Stewart, Fonda, Wayne…) n’ont pas d’égal.

John Ford avec «La prisonnière du désert» (1956) et Howard Hawks avec «Rio Bravo» (1959) vont, même, réussir deux des meilleurs films de l’histoire du cinéma, tous genres confondus, deux chefs d’œuvres absolus qui resteront à jamais gravés dans nos mémoires.

Le western moderne…

Kevin Costner«Danse avec les loups» (1990)

Outre ces grands metteurs en scène, on ne peut passer sous silence l’apport d’un homme comme Bud BoetticherBud Boetticher. Longtemps considéré comme un réalisateur de série B, ce “westerner” allait être revalorisé en même temps qu’on découvrait l’ensemble de son œuvre. Cet ancien torero fut d’abord engagé comme conseiller technique sur «Arènes sanglantes», le film de Rouben Mamoulian, avant de se spécialiser dans le western où il va développer des personnages d’hommes libres le plus souvent joués par l’excellent Randolph Scott.

Sam PeckinpahSam Peckinpah utilisera aussi Randolph Scott dans le nostalgique «Coups de feu dans la sierra» (1962) où figure également Joël McCrea, autre vieux routier des studios. Le film raconte l’histoire de deux vieux cow-boys chargés de transporter de l’or depuis une mine jusque dans une banque. Le début du film est symptomatique puisqu’on y voit apparaître des automobiles dans la rue principale.

Et si John Ford tourne une page d’histoire avec «L’homme qui tua Liberty Valance» (1962) et «Les Cheyennes» (1964), c’est Sergio LeoneSergio Leone, sous le pseudonyme de Bob Robertson, qui va pourfendre le western. Son film «Pour une poignée de dollars» (1964), joué par le ténébreux Clint Eastwood, va marquer le début d’une nouvelle ère, celle du western italien, du “western spaghetti”.

De nombreuses autres œuvres, toutes aussi iconoclastes et crépusculaires, vont suivre jusqu’à la fin des années 70 et le désastre financier du film de Michael Cimino, «La porte du paradis» (1980).

En 1981, on peut le dire : le western est mort, avec ses illustres metteurs en scène (Ford, Mann, Hawks ou Daves). Mais il va ressusciter, l’espace de deux ans avec trois œuvres majeures et adultes : «Danse avec les loups» (1990), «Le dernier des Mohicans» (1992) et «Impitoyable» (1992).

Kevin Costner, acteur en pleine gloire, va choisir le western pour réaliser son premier film. Et quel film ! Un hymne à la tolérance et à la nature. "Ce film est ma lettre d’amour au passé", confie l'acteur dont le film sera, à juste titre, couronné dans le monde entier. Douze ans plus tard, il réalisera un autre bon western, «Open Range» (2004).

Dans «Impitoyable», Clint Eastwood finira son film dans un cimetière où Bill Munny se rend sur la tombe de son épouse. C’est un lieu symbole où le héros trouve refuge et réconfort.

Cette fois-ci le western est vraiment mort. Vive le western.

Documents…

Sources : documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Un cavalier solitaire…

Citation :

"Ce n'est peut-être que mon opinion, mais à mes yeux il n y pas d'art original purement américain en dehors du western et du jazz."

Clint Eastwood
Patrick Glanz (mars 2008)
Ed.7.2.2 : j-m-2016