Anthony MANN (1906 / 1967)…

… ses westerns

Anthony Mann

Les westerns d'Anthony Mann :

  • 1950 - «Devil's Doorway»
  • 1950 - «Winchester '73»
  • 1950 - «The Furies»
  • 1952 - «Bend of the River»
  • 1953 - «The Naked Spur»
  • 1954 - «The Far Country»
  • 1955 -«The Man from Laramie»
  • 1955 - «The Last Frontier»
  • 1957 - «The Tin Star»
  • 1958 - «Man of the West»
  • 1960 - «Cimarron»
Patrick Glanz

Essai biographique…

Anthony MannRecherché, mort ou vif !

Né à San Diego, Californie, le 30 juin 1906, Anthony Mann débute comme acteur de théâtre dans une troupe amateur. Installé sur la côte Est, il travaille à Greenwich Village pour la société Westinghouse tout en poursuivant ses activités artistiques au Triangle Theatre de New York. Passé à Grand Street Theatre, il abandonne ses activités alimentaires pour se consacrer exclusivement à sa passion, apparaîssant sur scène à plusieurs reprises («Dibbouk», «The Little Clay Card», etc). Engagé par la Theater Guild, le voici bientôt embarqué dans une tournée provinciale.…

En 1930, il devient régisseur, un emploi qui lui permet d'observer le travail de grands metteurs en scène comme Rouben Mamoulian ou Chester Erskine. En 1933, enfin aguerri, il fonde sa propre troupe, la Stock Company, dans laquelle le jeune James Stewart fait ses premières armes. Il monte ainsi «Thunder on the Left» (New York) dont il assure la mise en scène. En 1936, ayant épousé Mildred qui lui donnera un enfant, il monte des pièces à petits budgets pour la Federal Theater de New York : «Cherokee Night» (1936), «The Big Blow» (1938), «So Pouldry We Hall» (1939), etc.

En 1938, invité par David O.Selznick à troubler quelques mètres de pellicule afin de juger de ses capacités à diriger un film, il est pris sous contrat et abandonne définitivement le théâtre. Son premier travail consiste à réaliser des bouts d'essais pour tester de jeunes comédiens, notamment en prévision de «Intermezzo, A Love Story», «Autant en emporte le vent» (1939), «Rebecca» (1940. L'année suivante, il devient l'assistant de plusieurs metteurs en scène, travaillant souvent avec Preston Sturges.

Sa carrière de réalisateur commence en 1942 avec quelques opus de série "B" («Dr.Broadway» et «Moonlight in Havana» en 1942, «My Best Gal» en 1943, etc). En 1945, alors à la R.K.O.Radio Pictures, il tourne le premier scénario dont il est l'auteur, «Desperate», puis enchaîne avec une série de films policiers. Passé à la MGM, il accède au rang de directeur de premier plan après l'exploitation de «Le livre noir», une évocation de la Révolution Française qui ne rencontre pourtant pas un grand succès.

En 1950, il met en chantier son premier western, «La porte du Diable», avec un Robert Taylor emplumé comme vedette. Commence alors pour lui le chemin qui en fera le spécialiste du genre tel qu'on le reconnaît aujourd'hui…

En 1957, fraîchement divorcé, Anthony Mann épouse l'actrice espagnole Sara Montiel, rencontrée l'année précédente sur le plateau de son film «Serenade». Après que les producteurs aient placé quelques bâtons dans les roues de ses chariot en partance pour «La ruée vers l'Ouest» (1960), il s'installe en Espagne avec la belle Sarita dont il divorcera en 1963. C'est pourtant en Europe qu'il terminera sa carrière par deux grosses super-productions de facture classique, «Le Cid» (1961) et «La chute de l'empire romain» (1964).

Le 29 avril 1967, alors qu'il met en chambre noire les dernières bobines de «Maldonne pour un espion», il succombe à Berlin d'une crise cardiaque, laissant les derniers tours de caméra à la charge de son interprète principal, Laurence Harvey.

Sources : étude de Jean Wagner parue dans "Les cahiers du cinéma"

Christian Grenier (avril 2016)

Anthony Mann, le peintre du western…

Anthony Mann…avec Barbara Stanwyck, visionnant
les rushes de «The Furies»

Après avoir été longtemps jugé comme un tâcheron sans importance, Anthony Mann est aujourd’hui considéré comme l’un des maîtres du western. Juste derrière John FordJohn Ford, l’incontestable numéro 1, mais au même rang qu’un Howard HawksHoward Hawks ou un Delmer DavesDelmer Daves.

Pour Jacques Lourcelles : "l’apport de Mann est avant tout d’ordre stylistique" ; il est vrai que le cinéaste américain, qui a tourné onze westerns durant sa carrière, peut être considéré comme un véritable auteur. De nombreux historiens classent même les westerns de Mann parmi les plus purs, les scénarios qu'il a tournés, la plupart écrits par Borden Chase, comme les plus beaux.

Il y a réellement, aujourd’hui, une mode Anthony Mann. Que de chemins parcourus par un homme qui a débuté sa carrière en faisant tourner des bouts d’essais pour «Autant en emporte le vent» (1939) et «Rebecca» (1940) avant de se spécialiser durant les années 40 dans les films noirs de série B. Cet apprentissage va permettre au cinéaste de mûrir et lui donner le goût de la violence inhérente aux films noirs.

C’est cette violence, parfois même ce déchaînement de violence qu’il va transposer dans ses westerns et notamment dans les cinq qu’il va tourner avec James Stewart. Un cycle de grande qualité qui va permettre à l’acteur de côtoyer les sommets et au metteur en scène de rejoindre les meilleurs.

Avec ces cinq films («Winchester 73», «Les affameurs», «L'appât», «Je suis un aventurier» et «L'homme de la plaine») Anthony Mann va pouvoir décliner son thème favori : la rédemption individuelle.Il offre des paysages somptueux et des rapports humains exacerbés. Il délaisse le mythe et la légende si chers à Ford pour l’aventure individuelle. Au contraire de Ford mais aussi de Hawks, il va gommer tout pittoresque ou scènes de comédie pour se concentrer sur l’action.

Avec Mann, elle est tendue. Soudaine et parfois même sadique.

James Stewart: "Son visage ressemble à une maison hantée"…

James StewartJames Stewart dans «The Naked Spur/L'appât» (1953)

Le cinéaste américain trouvera en James Stewart, dont le visage ressemble à une maison hantée, son interprète idéal. Un héros qui doute et cache souvent un passé douloureux. C’est le cas dans «Les affameurs» (1952), où James Stewart joue un ancien pilleur de banques essayant de retrouver une certaine virginité. Sa force, il la puise dans les murailles de son intérieur.

Le héros de Mann est un individu qui lutte contre le mal et les conditions naturelles. Dans ses westerns, la nature est belle. On y voit la montagne, les rochers, l’eau, la neige ce qui fit dire à Jean-Luc Godard que Mann "était le plus virgilien des cinéastes" ou encore à Jean-Pierre Coursodon et Bertrand Tavernier "Mann, homme d’extérieur, sait admirablement placer ses héros dans des paysages qui ne sont jamais toile de fond, mais participent à l’action, la topographie jouant un grand rôle dans ses films, et la mise en scène se plaisant à insister sur les rapports, tous pratiques, mais parfois aussi affectifs entre l’homme et la nature".

Il est donc difficile de répertorier Anthony Mann. Un classique ? Un romantique ? Un esthétique ? Un grand cinéaste surtout dont les films flirtent avec la tragédie.

Pour lui, le western est une affaire d’hommes. De duels. De face à face. Comme dans un ring de boxe…

Son héros est, souvent, un homme seul… luttant pour la justice. Pour que le monde soit un petit peu meilleur, l’Amérique plus juste.

"La force d’un personnage n’est pas seulement dans sa manière de distribuer les uppercuts ou de faire saillir ses muscles : elle est dans sa personnalité, c’est la force de sa détermination"

Ainsi soit-il !

Les westerns d'Anthony Mann

Outre ses grands films avec James Stewart, Mann devait réaliser deux excellents westerns moins connus : «La porte du Diable» avec Robert Taylor qui, un an avant «La flèche brisée» de Delmer Daves, prenait fait et causes pour les Indiens, et «La charge des tuniques bleues», un hymne à la nature avec un Victor Mature impressionnant.

Cliquez sur les millésimes soulignés…

Anthony Mann

1950 - DEVIL's DOORWAY (La porte du Diable)

1950 - WINCHESTER '73

1950 - THE FURIES (Les Furies)

1952 - BEND OF THE RIVER (Les affameurs)

1953 - THE NAKED SPUR (L'appât)

1954 - THE FAR COUNTRY (Je suis un aventurier)

1955 - THE MAN FROM LARAMIE (L'homme de la plaine)

1955 - THE LAST FRONTIER (La charge des tuniques bleues)

1957 - THE TIN STAR (Du sang dans le désert)

1958 - MAN OF THE WEST (L'homme de l'ouest)

1960 - CIMARRON (La ruée vers l'ouest)

Documents…

Sources : documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Citation :

"Je ne suis pas un génie, je suis un travailleur. Les génies finissent toujours malheureux et sans le sou !"

Anthony Mann
…avec Charlton Heston sur le plateau du «Cid»
Patrick Glanz (juin 2008)
Ed.7.2.2 : 20-4-2016