De quelques pionniers du western…

… «Le vol du rapide» (1903)

The Great Train Robbery Le premier western du monde ?

Lorsque l'on parle westerns de nos jours, les plus anciens d'entre nous répondent immanquablement John Wayne, Gary Cooper ou James Stewart.

Mais le genre western est né avec l'apparition du cinéma-spectacle aux Etats-Unis, le premier opus reconnu du genre étant encore de nos jours «Le vol du rapide» (Edwin S. Porter, 1903).

Les stars de l'époque avaient pour noms William S. Hart (connu en France sous le nom de Rio Jim), Tom Mix, et quelques autres dont certains sont évoqués dans ce dossier composé par Patrick Glanz

Le webmaître, Christian Grenier

William Hart, le cow boy au regard d’acier…

William HartWilliam S. Hart (1864 / 1946)

A 19 ans, William S.Hart rêvait de la fameuse école militaire de West Point. Mais, fils d’étrangers non naturalisés (son père était Anglais et sa mère Irlandaise), il ne pouvait y prétendre.

Il décide donc de prendre le bateau pour l’Europe : Londres puis Paris où il s’installe finalement. Il y travaille comme interprète dans un hôtel, gardien de nuit et enfin professeur de boxe dans une académie du quartier de l’Etoile. Le soir il va au théâtre, faisant ainsi naître sa vocation.

De retour en Amérique, il rencontre Daniel S. Bandman, un agent, qui va lui trouver un engagement dans une troupe. Il débute alors sur les planches dans «Roméo et Juliette». Mais, depuis son enfance dans le Dakota, à proximité d’une réserve sioux, il s’intéressait aux histoires d’indiens. Il est donc tout heureux de se voir offrir le rôle de Cush Hawkins dans la pièce «The Squaw Man».

Avec son regard d’acier, son visage anguleux, William S.Hart est un cow boy expressif. Il va donc jouer encore quelques rôles au théâtre avant de rejoindre, en 1914 (il a déjà 44 ans), son ami Thomas InceThomas Harper Ince qui tourne des westerns pour le cinéma…

Aussi populaire que Fairbanks
William Hart«The Apostle of Vengeance» (1916)

Bon cavalier, dur bagarreur, Hart a l’avantage, par rapport à de nombreux nouveaux acteurs de cinéma, d’être un véritable comédien. Ince va lui confier le rôle d’un héros populaire, Rio Jim, un intrépide justicier redresseur de torts.

Très vite, William Hart devient une immense vedette. Louis Delluc écrit à l’époque : "Rio Jim, comme tous les héros parfaitement nationaux, est international. Chimérique roi du far west romantique, il devrait plaire au pays de d’Artagnan et Cyrano. Et nous n’avons jamais eu pour nos héros un interprète comme celui de Rio Jim : William Hart."

Au fil des ans, Hart va peaufiner ses personnages et s’essayer – déjà – à des westerns psychologiques, tant et si bien qu'à la fin des années 10, ses films rivalisent avec ceux de Douglas Fairbanks ou Mary Pickford.

Quitant la Triangle, Hart suit Ince à la Paramount où il va tourner 24 films en 4 ans.

Il se retire alors du cinéma pendant quelques mois mais, devant le flot de lettres de ses admirateurs, se décide à faire son retour dans «Tumbleweeds/Le fils de la prairie» (1925) , sous la direction d’un grand producteur, Joseph SchenckJoseph Schenck.Finalement, à 55 ans et malgré l’énorme succès du film, Hart décide de se retirer, définitivement cette fois, dans son ranch "Horseshoe", à Newhall (Californie). Il va y recevoir ses amis peintres, musiciens et acteurs et vivre en paix avec sa sœur Mary (il avait divorcé de sa femme, l’actrice Winifred Westover).

Il meurt en juin 1946. Sa dépouille est inhumée au cimetière Greenwood de Brooklyn, aux cotés de ses parents et de ses deux sœurs. Sa fortune fut estimée à 1 170 000 dollars et, outre de nombreux legs, on transforma son ranch de Newhall en musée. Si bien qu’aujourd’hui, "Horseshoe" demeure un des hauts lieux de l’histoire du cinéma en Californie.

Tom Mix, le “Don Quichotte” des prairies…

Tom MixTom Mix (1880 / 1940)

Tom Mix est né en 1880, dans le ranch familial de "Mix Run", non loin de Dubois, dans le comté de Clearfield (Pennsylvanie).

En 1898, il s’engage dans l’armée des Etats-Unis. Il part pour Cuba combattre les Espagnols, puis pour les Philippines, la Chine pour affronter les Boxers et enfin l’Afrique du sud. Réalité ou légende ? Toujours est-il qu’en 1901, libéré de l’armée, il s'engage comme cow-boy au Texas, puis en Oklahoma. Il devient champion de rodéo avant de s’engager dans les Texas Rangers pour lutter contre les pillards.

On le retrouve, plus tard, shérif dans plusieurs localités, avant qu'il ne s'achète un ranch. De son troisième mariage avec Olivia Stokes naîtra la petite Ruth qui, entre 1926 et 1936, tournera également de nombreux westerns. Une nouvelle fois divorcé, l'acteur se remariera avec l'actrice Victoria Forde qui lui donnera une fille.

Comment Tom Mix est-il venu au cinéma ? Plusieurs versions circulent. L’une prétend qu’il était shérif à Otage City lorsqu’il fit la connaissance d’Otis Turner, un metteur en scène. Selon une autre, ayant appris que le colonel William Selig cherchait un ranch pour un tournage, il lui aurait prêté le sien.

En tout état de cause, il débute à l'écran dans «Ranch Life in the Great Southwest» (1909) où il fait admirer ses qualités de cavalier.

Un champion de rodéo
Tom Mix…Jamais sans mon cheval !

Durant 9 ans, il va multiplier les tournages et les réussites avant de rencontrer, en 1918, William Fried, plus connu sous le nom de William FoxWilliam Fox. Celui-ci lui propose alors un contrat mirifique de 5000 dollars par semaine qu’il élèvera un peu plus tard à 10 000 dollars par semaine… contre 150 dollars chez Selig !

En quelques années, Tom Mix devient le cow boy préféré des Américains, le “Don Quichotte” des prairies, multipliant les rôles de justicier.

Ne négligeant aucun détail, il acquiert des centaines de costumes, de chemises et de bottes. Un peu cabotin, il fait installer sur le toit de sa maison hollywoodienne une immense enseigne portant son nom afin d'illuminer les nuits californiennes !

Tom Mix travaille avec les plus grands metteurs en scène du genre, dont John Ford, Jack Conway, John G. Blystone, Lewis Seiler et George Marshall. Dans le New York Times, on parle aussi de lui comme le “D’Artagnan des prairies”. Au fil du temps, la Fox lui confie sa propre unité de production et il est incontestablement la première grande vedette rentable.

En 1934, il achète un cirque qu’il baptise le "Tom Mix Circus". Cinq ans plus tard, il échappe de justesse à la mort lors d’un accident de voiture. Le 12 octobre 1940 pourtant, il percute un barrage. Son véhicule fait un tonneau et il est tué sur le coup, les vertèbres brisées par une valise en métal qu’il transportait. Une statue représentant un cheval sans cavalier est érigée sur les lieux de l’accident. Dans les studios de la Fox, une plaque est installée avec ses mots : "Tom Mix and Tony", du nom de sa célèbre monture.

… et quelques autres

Art AcordArt Acord
Art Acord (1880 / 1931)

Art Acord est un jeune homme de 30 ans, réputé pour son habileté au lasso et le maniement des armes, lorsqu'il rejoint la compagnie Bison, productrice de nombreux petits westerns. Très vite, il devient la star de ce petit studio pour lequel il multiplie les tournages.

En 1918, il fait partie de la distribution de «La reine de la prairie», puis de «Douglas for ever» avec, bien entendu, la grande vedette Douglas Fairbanks. Dans la foulée, il entre à la Universal de Carl Laemmle et interprète des serials à la chaîne, puis à nouveau de petits westerns où il fait admirer son habileté à dégainer.

Hélas, Art Acord, qui aime excessivement les femmes et le jeu, se retrouve sans argent. Il a également des difficultés à franchir le pas du parlant et se retrouve rapidement écarté des studios.

Ruiné et sans travail, il se suicide à Mexico, un soir de grande solitude, après 20 ans d’une carrière honorable.


Fred ThomsonFred Thomson
Fred Thomson (1890 / 1928)

Parmi tous les pionniers du western, Fred Thomson est probablement celui qui aurait dû avoir la plus belle carrière.

Né le 26 février 1890 à Pasadena en Californie, il semble voué à un destin d’homme d’église quand il rencontre Frances MarionFrances Marion, une scénariste réputée à Hollywood. Il va ainsi fréquenter les stars et, lorsqu’il épouse Frances, c’est Mary Pickford qui introduit le couple dans la bonne société hollywoodienne. C’est encore elle qui va aider Fred Thomson en le prenant pour partenaire dans «The Love Light» (1921).

Mais le véritable déclic se produit quand l'épouse de Thomson, dirigeant son premier film, donne le rôle vedette à son mari. Le succès est immédiat et Fred Thomson est engagé à l'Universal, avant de rejoindre la Paramount où il se spécialise dans les rôles de cow-boys.

Sportif accompli, il incarne tous les héros de l’ouest, de Kit Carson à Jesse James. On le distingue rapidement car il monte un magnifique cheval irlandais nommé Silver King.

Au fil des ans, son succès ne se dément pas mais, en pleine gloire, il se blesse en travaillant dans son atelier. Mal soigné, il contracte le tétanos. Il meurt le 26 février 1918, le jour de ses 38 ans, laissant une épouse et des enfants bouleversés.


Hoot GibsonHoot Gibson
Hoot Gibson (1895 / 1962)

Visage poupin, allure un peu gauche, Hoot Gibson est né dans le Nebraska.

Il débute dans le cirque de Burt Atkins qui part en tournée en Australie. Il s'y fait remarquer dans des numéros équestres.

Rentré au pays, il enchaîne au cinéma avec un petit rôle aux cotés de l'actrice Helen HolmesHelen Holmes. Remarqué par un détecteur de talent, il est engagé par la Universal où il va travailler durant de nombreuses années.

En 1921, il tient la vedette de deux petits films muets dirigés par John Ford. Sa carrière lancée, il va multiplier les films où il joue, toujours, un justicier bagarreur.

En 1929, il tourne avec Arthur RossonArthur Rosson et, deux ans plus tard, rejoint la United Artists, tout en étant le héros d'un sérial pour le petit studio Republic.

En 1942, au terme d'une longue carrière, il forme un trio avec Ken Maynard et Bob Steele, incarnant d'incorruptibles policiers de district.

A la fin des années 40 sa carrière est pratiquement terminée, même si John Ford lui offre une apparition dans «Les cavaliers» (1959), auprès de John Wayne et William Holden.

Un an plus tard, il apprend qu’il souffre d’un cancer. Pour nourrir sa famille, il travaille dans un casino de Las Végas. Il meurt en 1962, oublié et ruiné. Pourtant, en 1979 son étoile sera gravée sur Hollywood Boulevard.


'Broncho Billy' Anderson'Broncho Billy' Anderson
'Broncho Billy' Anderson (1880 / 1968)

Né le 21 mars 1880 à Little Rock dans l’Arkansas, Max Aaronson, plus connu sous le nom de Gilbert 'Broncho Billy' Anderson, possédait un physique de “vacher”. Il débuta, pourtant, comme modèle pour les photographes, avant de devenir comédien au music hall.

A la recherche d’un nouvel emploi, il répond à une annonce de Edwin Stanton PorterEdwin S. Porter qui recherche des modèles pour "poser devant une caméra". Notre héros est engagé car ses qualités de cavalier ne font aucun doute. Porter tourne «L'attaque du rapide», un saisissant film de 10 minutes (!) que certains historiens considèrent encore comme un film essentiel de l’histoire du cinéma.

Gilbert Anderson, qu’on ne surnomme pas encore Broncho Billy, rejoint ensuite l’équipe du colonel William Selig pour diriger l’unité spécialisée dans les westerns. Anderson a trouvé son créneau et ne va guère s’en écarter durant sa longue carrière.

En 1907, Anderson fonde, avec Georges K. Spoor, la société Essanay où un certain Charles Spencer Chaplin va faire ses premières armes. C’est à cette époque que Gilbert Anderson enfile la tunique d’un célèbre héros de l’ouest Broncho Billy, personnage qu'il va décliner à toutes les sauces.

Vers 1918, Anderson, qui a tourné une bonne trentaine de «Broncho Billy…», voit arriver les étoiles montantes que sont William Hart et Tom Mix. Agé de presque quarante ans, il comprend que son heure est passée. Il devient donc producteur (notamment de Stan Laurel), mais un conflit avec la Métro le pousse vers la sortie.

En 1957, on lui remet un oscar spécial pour son rôle de “pionnier du cinéma”. Il mourra à 88 ans après une longue et paisible retraite.

Documents…

Sources : documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Patrick Glanz (octobre 2009)
Ed.7.2.2 : 10-5-2016