Bud(d) BOETTICHER (1916 / 2001)

… ses westerns

Bud Boetticher Bud Boetticher

Les westerns de Bud Boetticher :

  • 1950 - «The Cimarron Kid»
  • 1952 - «Horizons West»
  • 1953 - «Seminole»
  • 1953 - «The Man from the Alamo»
  • 1954 - «Seven Men from Now»
  • 1955 -«The Tall T»
  • 1957 - «Decision at Sundown»
  • 1958 - «Ride Lonesome»
  • 1958 - «Buchanan Rides Alone»
  • 1959 - «Westbound»
  • 1960 - «Comanche Station»
Patrick Glanz

Bud Boetticher…

Bud BoetticherBud Boetticher

Oscar Boetticher Jr (né le 29 juillet 1916 à Chicago, Illinois), devenu quelques années plus tard, après un certain nombre de navets oubliés, Budd Boetticher, est aujourd’hui un auteur respecté. Il le doit autant à la qualité de ses films qu’au merveilleux travail de quelques cinéphiles avisés (comme Bertrand Tavernier) qui ont passé une partie de leur temps à réhabiliter ce réalisateur maudit.

Non pas que son nom s’affiche aujourd’hui en grosses lettres aux cotés des maîtres du genre que sont John FordJohn Ford, Anthony MannAnthony Mann, Delmer DavesDelmer Daves ou même Sam PeckinpahSam Peckinpah, mais l’homme pourrait se targuer aujourd’hui, s’il n’était mort le 29 novembre 2001 à plus de 85 ans, d’être incontestablement le numéro 1 du western de séries B.

Car dans le genre, ce bon vieux Budd est intouchable. Au fil des ans, il a construit une œuvre cohérente et respectable, originale et personnelle en grande partie due aux conditions de production de ses films. Comme Ford, il tourne pratiquement toujours avec les mêmes acteurs. Il a son John Wayne à lui en la personne de Randolph Scott, son Monument Valley avec Lone Pine, un petit coin proche de Los Angeles, où l'on tourna d’ailleurs de nombreux westerns muets au début du vingtième siècle, et enfin une méthode et un style inimitables.

Né le 29 juillet 1916 à Chicago dans l’Illinois, Oscar Boetticher est le fils d’un quincailler aisé. Il suit des études dans l’Ohio avant de devenir boxeur, puis un excellent joueur de football américain. Mais, lors d’un voyage au Mexique, il tombe amoureux fou d’un autre "sport" : la tauromachie. Toute sa vie, il admirera le goût du risque et la droiture des matadors. On peut dire sans se tromper que ses personnages, et principalement ses héros, seront influencés par les "dieux des arènes". Comme eux, ils seront courageux, guère loquaces mais efficaces.

Dans l’œuvre de Boetticher, le personnage principal est d’ailleurs d’une honnêteté sans faille et nul ne peut le détourner de son noble itinéraire. Le réalisateur trouvera avec Randolph Scott son interpréte idéal.

Avant cela, il aura réalisé pour la Universal des westerns à petits budgets, loin d’être inintéressants, comme «A feu et à sang» (1951), l’histoire de Billy the kid, joué par un Audie Murphy encore jeune et plutôt maladroit, «Le traitre du Texas» (1952) qui raconte l’histoire d’une famille dont les fils reviennent de la guerre de Sécession et dont l’un deux, magnifiquement interprété par Robert Ryan, avide de pouvoir et d’argent, refuse de réintégrer la ferme familiale et va devenir un trafiquant. Mais aussi «L’expédition de Fort King» (1953) avec Rock Hudson qui apparaissait déjà dans l'oeuvre précédente) dont le thème est aussi une lutte “ fratricide” entre deux amis d’enfance, l’un devenu soldat (Rock Hudson) et l’autre chef de la tribu des Séminoles (Anthony Quinn), et surtout «Le déserteur de Fort Alamo» (1953), peut être le meilleur des quatre, qui raconte l’histoire vraie d’un homme combattant à Alamo et dont le nom tiré au sort est appelé à quitter le fort pour aller s’occuper des familles et qui, bien entendu, sera pris pour un traître…

Onze westerns de qualité…

Bud Boetticher«L'expédition de Fort King» (1953)

Ses westerns, dont les meilleurs furent bâtis sur des scénarios écrits par Burt KennedyBurt Kennedy, suscitèrent de nombreux commentaires, parfois trop sévères. Mais donnons lui un court instant la parole :

"«A feu et à sang» était un premier western et je suis allé à Coffeyville dans le Texas interviewer les trois seuls types qui avaient assisté au raid et qui étaient encore en vie. Et, ils m’ont raconté comment cela s’était vraiment déroulé avec Billy the kid et les Dalton. A l’époque, ils devaient être jeunes et il est impossible qu’ils s’en souviennent si bien. Je suis quand même revenu avec tout ce savoir et j’ai dit aux responsables de la Universal, voilà l’histoire de Cofeyville. Ils ont dit OK pour que je tourne cette histoire. Quelques années plus tard, j’ai reçu une médaille de la chambre de commerce de la ville…"

Le film est assez bon, sans plus. Le suivant, «Le traitre du Texas», possède un scénario plus abouti. Des comédiens meilleurs, aussi. Il ne plaît pourtant pas à Boetticher : "Je ne crois pas que ce soit un bon film. Je manquais un peu de maturité et je n’ai pas maîtriser parfaitement le sujet. Je me souviens simplement aujourd’hui de l’immense talent et de la conscience professionnelle de Ryan. Et de la beauté de Julie Adams…". Avec laquelle, soit dit en passant, sitôt le film terminé il fera une escapade au Mexique.

Si Boetticher conserve un souvenir mitigé de «L’expédition de Fort King» qui raconte l’histoire vraie de la lutte des Indiens Seminoles, il se souvient avec tendresse de «Le déserteur de Fort Alamo» :

"Ce film était assez drôle mais pas très personnel. C’était la première fois que je tournais avec Glenn Ford. C’était un véritable athlète, mais il ne voulait jamais descendre du cheval (rires)…Il s’agit encore d’une histoire vraie. En fait, ils ont tiré à la courte paille celui qui devait partir pour s’occuper des familles et c’est un garçon juif sur qui le sort est tombé. C’est le seul qui ait échappé au massacre. En fait, il a fait son devoir et ce fut aussi périlleux pour lui que s’il était resté à Alamo. C’est ce que j’ai essayé de montrer dans le film".

Boetticher tournera 11 westerns, un genre dont il va devenir un vrai spécialiste, même s’il a également “tutoyé” le “film noir”. Il a son idée bien précise sur le tournage d’un western : "Dans un western, vous devez aborder les choses en face. Il faut donner le pas aux personnages sur l’action, ne pas hésiter à improviser en fonction du décor, à changer son scénario, aimer le paysage et le comprendre…ne pas avoir peur du silence, ne pas abuser de la violence, ne pas hésiter à s’attaquer aux mythes, à la convention avec un certain sens de l’humour".

Si on y regarde bien, tous les films de Boetticher – et particulièrement ceux tournés avec Randolph Scott – racontent la même histoire, à quelques variantes près, celle d'un homme dont on a tué la femme et qui recherche le meurtrier : "Cela me permet de montrer un héros qui s’enferme dans sa vengeance et des hors la loi qui essaient de rompre avec leur passé. Ce sont les rapports les plus simples du western et les plus essentiels".

Son trait, c’est le cavalier solitaire, le héros “réaliste” dont le sens de l’honneur est inflexible. Et qui pouvait mieux incarner ce héros que le peu loquace Randolph Scott. Boetticher aimait cet acteur, "un vrai gentleman", et sa façon de filmer collait parfaitement au personnage…

Randolph Scott, un “sous Gary Cooper”…

Bud BoetticherRandolph Scott et Maureen O'Sullivan

Comme Boetticher est un metteur en scène minimaliste, Scott “au visage d’acier” est un acteur minimaliste qui joue surtout sur sa présence physique et le poids de ses rôles. Une sorte de “sous Gary Cooper”, ce qui n’a rien de péjoratif.

Pour faire contrepoids, le metteur en scène se plaisait à souligner la diversité des hommes opposés à Scott : "Dans mes films, les héros ne sont pas de vrais héros et les méchants pas de vrais méchants. Je voudrais que tout ceux qui soient opposés à Scott soient un peu sympathiques. Je veux que vous soyez effrayés par le fait que ce sont des hommes normaux. Ils ont commis des erreurs comme tout le monde".

Sa thématique est parfaitement illustrée dans ses deux chefs d’œuvre, «Sept hommes à abattre» (1956) et «Comanche Station» (1960). Bill Masters (que joue merveilleusement Lee Marvin dans le premier) et Lane (tout aussi joliment interprété par Claude Akins dans le second) ne sauvent-ils pas tous les deux la vie de notre héros avant de l’affronter dans un combat à la vie et à la mort ?

«Sept hommes à abattre» devînt célèbre grâce au légendaire critique André Bazin qui le qualifia de western exemplaire : "Mon admiration pour le film ne me fera pas conclure que Budd Boetticher est le plus grand réalisateur de western – bien que je n’exclus pas cette hypothèse - mais seulement que son film est peut être le meilleur western que j’ai vu depuis la guerre, le plus raffiné et le moins esthète, le plus simple et le plus beau".

On pourrait en dire autant de «Comanche station», certainement l’une des pépites du genre. 77 minutes de pur bonheur où l’on parcourt des paysages somptueux et dont le scénario tiré au cordeau est exemplaire : en échanges d’armes et tissus, Jefferson Cody (Randolph Scott) obtient des Comanches la libération de Nancy Lowe (Nancy Gates). En cours de route, il rencontre trois hommes qui souhaitent eux aussi ramener la femme à son mari pour empocher les 5000 dollars de récompense. Mais, au fil du voyage une question se pose : pourquoi le mari n’est-il pas venu lui-même chercher sa femme ? Il faudra attendre les 3 dernières minutes pour connaître la réponse dans ce qui est probablement l’une des fins les plus belles de l’histoire du western et même du cinéma : "J’estime que les derniers plans sont fondamentaux. La plus grande erreur qu’on puisse faire c’est de faire traîner l’histoire une demi-heure de plus alors que l’intrigue est terminée" (Bud Boetticher).

On doit reconnaître que Boetticher a un style, qu’il est peut être avec Mann le plus grand tragédien des réalisateurs de westerns. Ses films ne sont pas tendres. Ils sont emplis de confrontations physiques (voir «The Tall T» probablement le plus réussis de ses westerns après ces deux chefs d’œuvre). Ils évoquent la tristesse de la vie et la dureté d’une époque où il fallait être fort pour survivre. Comme ses héros monolithiques…

Les westerns de Bud Boetticher…

Cliquez sur les millésimes soulignés…

Sergio Leone

1952 - THE CIMARRON KID (A feu et à sang)

1952 - HORIZONS WEST (Le traitre du Texas)

1953 - SEMINOLE (L'expédition de Fort King)

1953 - THE MAN FROM THE ALAMO (Le déserteur de Fort Alamo)

1956 - SEVEN MEN FROM NOW (Sept hommes à abattre)

1957 - THE TALL T (L'homme de l'Arizona)

1957 - DECISION AT SUNDOWN

1958 - RIDE LONESOME (Le vengeur solitaire)

1958 - BUCHANAN RIDES ALONE (L'aventurier du Texas)

1959 - WESTBOUND (Le courrier de l'Or)

1960 - COMANCHE STATION

Documents…

Sources : documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Citation :

"Les personnages sont plus importants pour moi que les idées, parce que c'est par les pensées et les actions des personnages que les idées apparaissent. Je ne suis pas intéressé par ce que les personnages représentent, je suis interréssé par ce qu'ils font pour qu'on les voit tels qu'ils sont."

Bud Boetticher (source Imdb)
Patrick Glanz (janvier 2010)
Ed.7.2.3 : 24-5-2016