William WELLMAN (1896 / 1975)

… ses westerns

William Wellman «Au delà du Missouri»

Les westerns de William Wellman :

  • 1943 - «The Ox Bow Incident»
  • 1944 - «Buffalo Bill»
  • 1948 - «Yellow Sky»
  • 1951 -«Across the Wide Missouri»
  • 1951 - «Westward the Women»
Patrick Glanz

L'égal des plus grands…

William WellmanWilliam Wellman

Un peu sous estimé, William Wellman a tourné 5 westerns, tous bons. Parmi eux, «The Ox Bow Incident/L’étrange incident» (1943) reste un chef d’oeuvre encore méconnu.

On ne sait pourquoi, William Wellman, au prénom de qui son père avait rajouté un "A" comme Augustus, reste un cinéaste sous-estimé. Au fil du temps, en approfondissant son oeuvre “westernienne”, on mesure qu’il valait sans réserve d’autres pionniers davantage célébrés comme King VidorKiing Vidor, Michael CurtizMichael Curtiz ou même Raoul WalshRaoul Walsh.

Son curriculum vitae est pourtant long comme un bras. 35 ans de carrière, 32 nominations aux oscars, 4 dans la catégorie du meilleur film et 3 dans celle du meilleur réalisateur. Il est surtout connu comme le metteur en scène de «Wings» (1927), qui obtint le premier oscar de l’histoire du septième art.

Alors pourquoi n’a-t-il jamais atteint les sommets, malgré un bon nombre d’excellents films à son actif ? Sans doute parce qu'aucun d'entre eux n’a eu le succès critique ou populaire digne de voir son auteur reposer au panthéon des cinéastes.

Car même si «L'étrange incident» peut être considéré comme un chef d’oeuvre, c’est un film difficile qui n’a pas vraiment plu, presque un film maudit.

Wellman a réalisé ses 5 westerns entre 1943 et 1952, chacun d'eux démontrant les mille facettes de son talent. Son palmarès le placerait en très bonne position sur un classement toujours un peu ridicule, derrière l’intouchable John Ford, mais coudoyant Anthony MannAnthony Mann, Sam PeckinpahSam Peckinpah et Bud BoetticherBud Boetticher dans le peloton de tête.

William Wellman est-il, comme certains l’ont affirmé, un aventurier “fasciste” ou plutôt un anarchiste progressiste ? Il n’est pas facile de juger le bonhomme, tant ses films apparaissent contradictoires et son oeuvre légèrement hétéroclyte. Quel lien entre «L'étrange incident», pamphlet progressiste contre la peine de mort, le lynchage et la bétise humaine, et «Au-delà du Missouri» (1951), une oeuvre relatant paisiblement le quotidien des trappeurs au fil des saisons.

Nous allons tenter d'y voir plus clair…

Sa vie est un roman…

William WellmanWilliam Wellman et Ingrid Begrman

Venu au monde en 1896 à Brookline, petite ville du Massachussets qui verra naître, quelques années plus tard, John Fitzgerald Kennedy, William Wellman est un mauvais élève, un joueur de hockey sur glace correct et un pilote hors pair.

Lors de la première guerre mondiale, il s’engage dans l’Escadrille Lafayette, unité française composée de pilotes américains. En France, il gagne le surnom de “Wild Bill”. De retour aux Etats-Unis, il débute au cinéma grâce à Douglas FairbanksDouglas Fairbanks.

Nous n'en dirons pas davantage sur son parcours, L'Encinémathèque ayant consacré une page complète à ce movie maker dans sa galerie Capitaines courageux. Mais regardons de plus près son apport au genre qui nous intéresse, le western.

En 1943, sortant de nombreux succès, Wellman se montre désireux d'adapter le roman de Walter Van Tilburg Clark, «The Ox-Bow Incident» : "Je suis rentré à la maison et j’ai lu le roman d’une seule traite. J’étais tellement excité que j’ ai dit à ma femme: ce sera mon meilleur film !".

Par souci de respectabilité, le producteur de la Fox, Darryl Zanuck, fait un marché avec le réalisateur, lui permettant d'adapter son histoire à condition qu’il s'intéresse ensuite à la biographie de Buffalo Bill. Le mogul est persuadé que le film ne rapportera pas un cent, mais il a donné sa parole, au grand dam de son épouse : "Comment peux tu tourner un film si affreux dans tes studios !?"

«The Ox-Bow Incident»

William WellmanLobby Card américaine

L’avant première a lieu à Inglewood. L’accueil est tiède. Dans le public se trouve Orson WellesOrson Welles. Enthousiasmé, celui-ci déclare: "Ils ne réalisent pas ce qu’ils ont vu, les pauvres !".

Si on ne sait pas vraiment pourquoi un film marche ou non, on sait en revanche facilement reconnaître un chef d’oeuvre. Il vous prend à un moment ou l’autre au coeur ou aux tripes, selon votre constitution, puis il ne vous lâche plus. C’est exactement ce qui se produit lorsque la horde sauvage retrouve les trois hommes. On les regarde, on les scrute, persuadés que ce sont des victimes innocentes : "Ils ne vont pas oser les pendre, quand même, ce n’est pas possible !".

Et pour peu, on ferait comme eux, on prierait pour leur salut. On exhorte Henry Fonda qui tente vainement de sauver les désespérés. On regarde Dana Andrews se battre contre les moulins à vent avec son inimitable talent et son regard de chien perdu.

Impitoyable, Wellman ne lâche pas le spectateur. Son récit est minutieux, ténu, sa mise en scène exemplaire. Il n’y a pas de héros dans ce film. Il n'y a que des victimes. Le metteur en scène nous prépare irrémédiablement à l’horreur du lynchage. On parlerait aujourd'hui d'une erreur judiciaire. Le fil de l'histoire est insupportable, sa conclusion immonde. Mais le film est beau, sec, sans concession, servi par un noir et blanc parfait.

Contrairement à quelques pisse-vinaigre de critiques s’offusquant des décors minimalistes, l'austérité n'est pas réductrice. Wellman aurait tourné dans 10m² que le film aurait eu a même force : il ne s'adresse pas à nos yeux mais à nos âmes.

Orson Welles avait raison : beaucoup n’ont rien compris…

«Buffalo Bill»

William WellmanJoel McCrea

Nous l'avons écrit, l e western suivant, «Buffalo Bill» (1944), est une commande. S'il n’atteint pas les sommets du précédent, il recèle de nombreux moments inoubliables : le premier plan de Maureen O’Hara descendant de la diligence attaquée par les Cheyennes ; la scène où l’Indienne interprétée par Linda Darnell essaie une robe de Maureen O’Hara pour savoir si elle pouvait être aussi belle qu’une femme blanche ; la bataille de War Bonnet ; la demande en mariage de Buffalo Bill…et j'en passe !

Le film est bien au dessus de la moyenne des westerns de l’époque. Si le message sur la civilisation peut apparaître aujourd'hui un peu naïf, n’oublions pas qu’il fut tourné en 1944 .Toute la seconde partie, que d’aucuns jugeront un peu trop racoleuse, résonne parfaitement juste, résumant l’histoire de Buffalo Bill, héros de l’Ouest qui acheva sa carrière en vedette de cirque.

On y va de sa petite larme finale, mais le cinéma, s'il est un art, se doit de véhiculer une émotion. Joël Mc Crea, l'interprète du rôle titre, tient bien son rang. Plus à l’aise dans les scènes d’action, il fait preuve dans les séquences intimes d'une maladresse qui ne manque pas de charme.

«Yellows Sky»

William WellmanAffiche (half sheet) américaine

Il faudra attendre quatre années pour que William Wellman se lance dans un nouveau western.

«Yellow Sky» (1948) sortira en France sous deux titres, «La ville abandonnée» et, lors d'une réédition, «Nevada».

Ce western en noir et blanc est probablement le moins convaincant des cinq.

Pour quelles raisons ? Difficile de répondre à cette question. Le scénario est bon, le chef opérateur Joe Mc Donald nous illumine les pupilles, mais Gregory Peck, malgré ses efforts, reste simplement correct tandis qu' Anne Baxter, par ailleurs excellente comédienne, manque cruellement de charme. On ne croit pas assez à leur histoire d’amour. Même Richard Widmark, avec son sourire de hyène, est sous utilisé.

Ceci dit pour faire la fine bouche car l'oeuvre demeure intéressante, qui inspirera cette déclaration à Gregory Peck :

"Pour Wellman, il s’agissait d’un film intime sur le Far West. Il était enthousiaste. Moi, je tenais absolument à faire le film, car il était un metteur en scène de premier ordre. Au fil des jours, l’enthousiasme gagna tout le monde et c’était vraiment attachant, si je puis dire. On l’aimait parce qu’il aimait ce qu’il faisait. Et, il nous le faisait savoir. Il nous le communiquait. On se disait, comme lui, que le public allait prendre son pied !"

Peut-être avait-il perdu la main !

«Across the Wide Missouri»

William WellmanMaria Elena Marquez, Clark Gable

En 1951, William Wellman s'enivre à nouveau dans les grands espaces avec un film totalement différent, «Au-delà du Missouri». L’histoire est simple : Clark Gable, un trappeur solitaire, épouse une jeune Indienne, fille d’un chef, de tribu, autrefois enlevée par un groupe adverse, afin de la ramener à son peuple et de bénéficier de l'usage des terres où il espère pouvoir chasser et pêcher librement.

Ce film court - 75 minutes - a connu de nombreuses vicissitudes au montage. Mais, en feuilletant ce magnifique livre d’images, on se demande ce qui a pu être enlevé ! La nature est belle, l’héroïne - Maria Elena Marques, dont c’est le premier rôle - magnifique.

Wellman a pris son temps au tournage et nous savourons le notre à la projection.

«Au-delà du Missouri» nous apprend que William Wellman peut être un auteur romantique qui, autant que beaucoup d’autres, pouvait nous montrer des Indiens pacifiques et pas seulement des Peaux Rouges assoiffés de sang. Déjà, son Buffalo Bill n'hésitait pas à pérorer : "Les Indiens ? Ils étaient tous mes amis !".

«Westward the Women»

William WellmanTitle Card

Dans la foulée, William Wellman tourne «Convoi de femmes» dans le désert de Mojave.

L’histoire, écrite par Frank Capra et scénarisée par Charles Schnee, retrace le périple de 150 femmes parties de Chicago vers la Californie où elles espèrent se marier et s’installer. Les chariots qui les emportent vont traverser 3000 km de déserts et de montagnes sous la conduite de Buck Wyatt à qui Robert Taylor, le futur Ivanhoé, donne un visage en demi-teinte : ayant rarement la carrure d'un grand acteur, il se montre encore une fois assez mièvre. Mais peu importe, l'intérêt est ailleurs.

On pourrait à cette occasion, comme on le fit pour d'autres, qualifier Wellman de metteur en scène qui aimait les femmes. Il fait preuve à l'égard de ses pionnières d'une tendresse débordante, d'un amour communicatif. Indéniablement, l ’aventurier qu'il fut salue le courage de ses héroïnes. La scène où s'égrène le nom des victimes après l’attaque des Peaux-Rouges nous bouleverse, l’arrivée du contigent enjuponné dans la ville où les attendent des colons impatients nous émeut et nous émoustille tout autant qu'eux.

Avec «Convoi de femmes», Wellman inverse le prototype du western-film d'hommes, nous démontrant que le genre peut révéler des héro(ïne)s du sexe opposé.

Les westerns de William Wellman

Cliquez sur les millésimes soulignés…

William Wellman

1943 - THE OX-BOW INCIDENT (L'étrange incident)

1944 - BUFFALO BILL

1948 - YELLOW SKY (La ville abandonnée / Nevada)

1951 - ACROSS THE WIDE MISSOURI (Au-delà du Missouri)

1951 - WESTWARD THE WOMEN (Convoi de femmes)

Documents…

Sources : documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Patrick Glanz (avril 2011)
Ed.7.2.2 : 23-5-2016