Roy ROGERS (1911 / 1998)

… Man from Music Mountain

Prenom_Nom

Westerns ou opérettes ?

Dans quel genre doit-on classer les films animés par Roy Rogers, que rejoindra Dale Evans en 1944 ?

Des opérettes westerns diront les plus généreux; des westerns d'opérette ricaneront les pisse-froid !

L'histoire et leurs fans ont jugé, qui n'ont pas hésité à baptiser le premier “King of the Cowboys” et la seconde “Queen of the West”.

Certes, ces bandes apparaissent aujourd'hui pour le moins désuettes, mais le couple royal est devenu un mythe au-delà des barrières du temps…

Christian Grenier

Young Roy Rogers…

Roy RogersRoy Rogers

Celui que le monde entier connaîtra un jour sous le nom de Roy Rogers est né Leonard Franklyn Slye, le 5-11-1911, à Cincinatti, Ohio. Son père, Andrew E. Slye, travaille dans une manufacture de chaussures. Sa mère, Mattie Womack, élève déjà deux filles, Mary et Cleda ; une troisième, Kathleen, rejoindra bientôt le foyer. Pour la petite histoire, un site généalogique américain fait état d'une infime consanguinité de la famille Slye avec des descendants aussi célèbres que surprenants ! Va savoir…

Andrew, au tempérament plutôt aventurier, acquiet une coquille de noix sur laquelle il emmène tout son petit monde : pendant huit années, l'on descendra et remontera la rivière Ohio, profitant des escales pour s'approvisionner et gagner de quoi poursuivre cet incessant périple. Lorsqu'il réalise que ses enfants ont besoin de stabilité, Pa' ancre sa maison flottante à Portsmouth et reprend son travail à l'usine. Un revenu régulier assuré, il contracte un crédit pour acheter un terrain dans le comté de Duck Run sur lequel il fait construire une ferme.

Son père ne regagnant le domaine qu'en fin de semaine, c'est à Leonard, seul représentant mâle régulièrement présent, qu'incombent les travaux les plus pénibles. Très tôt, il se montre attentionné envers les animaux, élevant cochons et poulets, dressant son cheval auquel il fait déjà exécuter quelques figures remarquables. Il montre également une grande aptitude à soigner les bêtes blessées et, dès l'âge de 8 ans, envisage de devenir médecin, une vocation que sa mère encourage.

Les dimanches après midi, la famille goûte quelques heures de repos et s'adonne à des activités diverses, le plus souvent musicales. Leonard bénéficie d'une jolie voix et fait preuve d'une grande aptitude à maîtriser les instruments les plus divers, la clarinette ayant alors sa préférence.

A peine a-t-il entamé ses études secondaires que l'adolescent décide de les abandonner, avec elles ses ambitions professionnelles, pour travailler à l'usine avec Andy, au grand désappointement de Mattie. Pour ne pas déplaire à celle-ci, il s'inscrit tout de même aux cours du soir, combinant alors travail à l'usine, entretien de la ferme et activités scolaires.

Bientôt las de ce régime, Leonard, qui est devenu un fort et beau jeune homme, se rend compte que cette vie n'ouvre guère de perspectives enrichissantes. Il convainc ses parents d'émigrer vers la Californie où sa soeur aînée Mary, aujourd'hui mariée, les a précédés. Il ne doute pas qu'avec sa guitare, il pourra gagner davantage d'argent qu'en recollant des semelles…

The Way West…

Roy RogersEn route vers l'ouest…

En 1930, les prémices de la crise économique ont déjà jeté sur les routes de la Californie des centaines d'émigrants venus essentiellement du Middle West. Parmi eux, les Slye font plutôt bonnes figures, même s'ils espèrent aussi fort accéder à la terre promise. Au terme de deux semaines de voyage, ils finissent par atteindre leur but.

Pendant quatre mois, le père et son garçon participent à a construction d'une route en conduisant des camions. Ils s'engagent ensuite pour quelque temps dans la cueillette des fruits. Mais, même sous le beau soleil californien, les cycles de la nature sont imperturbables et les voici bientôt au chômage. Andy demande à son fils de se joindre à lui pour un nouvel engagement dans une usine de chaussures, seul travail qu'il maîtrise réellement. Roy dévisage son père, sentant bien qu'il est à un tournant de sa jeune vie : "Non Dad, l'usine, très peu pour moi. Je veux tenter ma chance dans la chanson et la musique".

Avec l'assentiment familial, le voici parti à l'aventure. En compagnie d'un cousin, Stanley Slye, il forme un duo, "The Slye Brothers" (1931), qui se produit à l'occasion d'événements locaux (fêtes, mariages, etc), quémandant leur aumône en faisant circuler la casquette. Rapidement, Stanley se lasse et Roy se retrouve seul. Il entre comme “stagiaire” dans un “band”, "Uncle Tom Murray's Hollywood Hillbillies", où il se fait davantage exploiter que rétribuer. Doit-il continuer ? Sa soeur Mary, certaine de ses qualités, l'encourage à ne pas abandonner.

La chance vient à l'occasion d'un radio-crochet, "The Midnight Frolic", auquel Mary et Ma Mattie le poussent à se présenter. On lui confectionne un joli costume de westerner, on lui cloue un chapeau sur la tête et, la guitare en bandoulière, on le propulse littéralement sur la scène, la peur au ventre. Mais il se reprend et, s'il ne gagne pas, le jeune garçon se fait chaleureusement applaudir, au point que, dès le lendemain, le manager du The Rocky Mountainers lui propose de rejoindre son groupe.

Sons of the Pioneers…

Roy RogersSons of the Pioneers

Les Country Music Bands foisonnent à cette époque, apparaissant, fusionnant ou disparaissant à brève échéance. Après quelques circonvolutions de cet ordre, Leonard se retrouve ainsi dans The International Cowboys, bientôt renommé the O'Bar-O Cowboys, avec lequel il participe à des tournées incertaines, l'une d'elle lui permettant de faire la connaissance de celle dont il fait rapidement sa première épouse, Lucille Ascolese (cette union ne fera pas long feu et sera royalement ignorée dans la dernière biographie officielle approuvée par la descendance de l'acteur et publiée en 2005). Faisant étape à Roswell (Nouveau Mexique), notre jeune homme est hébergé par la famille d'une jolie jeune femme, Grace Arline Wilkins (que tout le monde appelle Arline). Mais il faut reprendre bien vite la route. Hélas, peu après, le groupe se sépare.

Avec deux de ses compagnons d'infortune, Tim Spencer et Bob Nolan, Leonard fonde alors The Pioneers Trio (1933). Pour la première fois, les jeunes gens composent quelques chansons originales et s'attachent à personnaliser leur style. Les journaux commencent à s'intéresser à eux tandis qu'une radio locale les prend sous contrat (1934). Peu à peu, le groupe s'étoffe et la compagnie Decca lui fait enregistrer ce qui demeure son premier microsillon. Désormais connus, les garçons réagissent lorsqu'un animateur les présente comme "The Sons of the Pioneers", mais celui-ci leur répond qu'ils sont trop jeunes pour être des pionniers. Les voici pour longtemps rebaptisés !

Dès 1935, "The Sons of the Pioneers" font leur première apparition à l'écran, agrémentant de leurs timbres quelques westerns musicaux rondement menés par Charles Starrett («The Mysterious Avenger», 1936) ou Gene Autry («The Old Corral», 1936) ou, de manière moins anonyme, accompagnant Bing Crosby et Frances Farmer dans «Rhythm on the Range» (1936).

Les épinards gagnant en onctuosité, Leonard peut enfin prendre son avenir en main. Il entame une procédure de divorce pour officialiser une séparation effective depuis 1934, puis détourne sa route musicale pour rejoindre Arline à Roswell et lui présenter sa demande en mariage. L'union est célébrée en toute simplicité, le 3 juillet 1936, dans la demeure familiale de la jeune mariée.

«Under Western Stars»

Roy RogersRoy Rogers et Trigger

De jour en jour, "Sons of the Pioneers" gagnent en popularité, leurs performances radiophoniques et cinématographiques contribuant à rassembler autour d'eux quelques admirateurs fidèles. Mais Leonard ne se satisfait pas de jouer les utilités dans des westerns bâtis pour de véritables vedettes. A l'affût d'une opportunité, il apprend que la Republic Pictures cherche une alternative à leur vedette maison, Gene Autry. Il se présente devant le producteur Sol Siegel qui lui fait tourner un bout d'essai satisfaisant. Les "Sons of the Pioneers" étant liés par contrat avec la Columbia, il lui faut trouver un remplaçant afin de pouvoir s'engager par ailleurs, à titre personnel : ce sera Pat Brady. Sous le pseudonyme de Dick Weston, Leonard fait ainsi deux furtives apparitions aux côtés des Three Muskeeters («Wild Horse Rodeo», 1937), puis de Gene Autry («The Old Barn Dance», 1937).

Comme le prévoyaient les dirigeants du studio, Gene Autry se montre exigeant à l'heure de renouveler son engagement. Sûrs de leur coup puisqu'ils disposent d'un second revolver sous la table, les magnats rechignent et entreprennent de pousser leur pion. Les responsables de la publicité prennent le jeune cowboy en mains, lui redessinent les yeux, le poussent à développer ses pectoraux et lui inventent une courte biographie dans laquelle la tendre Arline n'existe tout bonnement pas ! Dick Weston est mort, vive Roy Rogers – pseudonyme choisi en référence à l'acteur Will Rogers – qui sera la vedette de «Under Western Stars» (1938), mise en valeur par Smiley Burnette, un habitué des saloons. A leurs côtés débute véritablement un magnifique coursier palomino, Golden Cloud (il a fait une première apparition bien tranquille, chevauché par Olivia de Havilland, dans «Les aventures de Robin des Bois») : il se montre si véloce que Smiley ne tarde pas à l'affubler du nom de Trigger (Gâchette). Ainsi commence une longue “amitié”.

Les épinards baignent désormais dans le beurre de baratte. Roy en profite pour acheter sa co-vedette ongulée, devenant ainsi propriétaire de Trigger qu'il montera pratiquement tout au long de sa carrière cinématographique. L'animal décèdera en 1965, mais l'on aura pu admirer longtemps sa remarquable robe empaillée au Roy Rogers and Dale Evans Western Museum, avant que l'exposition ne ferme définitivement ses portes en 2009.

Peu après, l'acteur se rend acquéreur d'une propriété à San Fernando Valley, au large de Los Angeles, où il installe ses parents et sa charmante épouse, dont l'existence est traiteusement dévoilée en 1941 par la célèbre commère Louella Parsons, au grand dam de la gent féminine qui borde régulièrement les pistes menant vers l'ouest… ou ailleurs ! Seule ombre au tableau : le couple se désespère de pouvoir s'assurer une descendance. Dépité, il se résout à l'adoption : en 1942, Cheryl Darlene est accueillie dans la ferme parentale. Que croyait vous qu'il advint alors ? Arline se retrouva enceinte ! En 1943, Linda Lou tombe du foulard de la cigogne, rejoignant Cheryl dans son berceau d'emprunt.

“King of the Cowboys”

Les films s'enchaînent, aux titres évocateurs et passe-partout : «In Old Cheyenne» en 1941, «Romance on the Range» en 1942, «Man From Music Mountain» en 1943…, tous réalisés par un tâcheron prolifique, Joseph Kane. Fidèlement invités, les "Sons of the Pioneers" se chargent d'agrémenter la dure vie des garçons vachers, tandis qu'un nouveau compagnon vient bientôt côtoyer le jeune westerner, en alternance avec ce brave Smiley : j'ai nommé George 'Gabby Hayes', le barbu des prairies («South of Santa Fe» en 1942, etc). Dans cette longue liste de moyens métrages, il faut avoir bon oeil pour relever un titre (re)connu, «Dark Command» (1940), où, sous la direction de Raoul Walsh, ce brave Roy incarne un personnage fluctuant, loin de son image de redresseur de torts, que John Wayne s'évertuera à remettre sur la bonne piste.

Du côté de ces dames, les partenaires s'entrecroisent : Lynne Roberts («Southward Ho» en 1939, etc), Pauline Moore («Young Buffalo Bill» en 1940, etc), Sally Payne («In Old Cheyenne» en 1941, etc), Gale Storm («Red River Valley» en 1941, etc), … mais aussi une toute jeune Doris Day («Saga of Death Valley» en 1939) qui n'a rien à voir avec celle que l'on connaîtra plus tard. En 1944, dans «Cowboy and the Señorita», une nouvelle demoiselle vient s'interposer entre notre héros et sa monture bicolore. Elle s'appelle Dale Evans et arborre fièrement une généreuse chevelure brune.

Mais la suite est une autre histoire

Documents…

Sources : «The Cowboy and the Señorita», biographie de Howard Kazanjian et Chris Enss (2005), Imdb, documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Ce n'est qu'un au-revoir…

Citation :

"Quand je serai mort, empaillez-moi, placez-moi sur ce bon vieux Trigger et je serai heureux !"

Roy Rogers, cf. Imdb
Christian Grenier (septembre 2015)
Ed.7.2.1 : 21-9-2015