Tom Mix (1880 / 1940)

Tom Mix, un homme des bois…

Tom MixTom Mix

Thomas Hezikiah Mix naquit le 6 janvier 1880 dans un hameau du comté de Cameron (Pennsylvanie, U.S.A.), curieusement baptisé Mix Run. On lui connait une soeur aînée, Esther. Rapidement, la famille se déplace à DuBois (Pennsylvannie) où le père est embauché comme camionneur dans une entreprise forestière tout aussi curieusement propriété de la famille DuBois !

Dans cette zone rurale tournée vers l'agriculture, l'élevage et la production de bois, le garçon se plait davantage à chevaucher tous les représentants de la famille des équidés qui lui tombent sous les fesses. À peine âgé de 10 ans, il dépense ses premières économies dans l'achat d'un revolver et d'un fusil dont il apprend le maniement sans tarder. Sportif dès l'adolescence, il pratiquera le football (américain), le baseball et participera même à des courses cyclistes.

À 18 ans, il travaille dans une ferme où il s'occupe de chevaux et joue les utilités, comme porteur d'eau pour les bûcherons par exemple. Le 28 avril 1898, il s'engage dans l'armée, mentant sur son âge (21 ans), son lieu de naissance (Driftwood, proche de Mix Run) et sur son deuxième prénom (Thomas Edwin Mix), tout autant pour rendre hommage à son père que parce qu'il n'aimait pas le sien.

Enrôlé pour trois ans, il est libéré le 25 avril 1901 mais se réengage aussitôt pour trois années supplémentaires. Au cours d'une permission, en 1902, il se marie une première fois avec Grace Allin. Ne regagnant pas son cantonnement, il devient conséquemment déserteur, un crime pour lequel il ne sera jamais poursuivi. Le couple s'installe en plein territoire Indien. Peu après, son épouse, n'apppréciant pas région et ne supportant pas les plumes, le quitte (1903) et finira par obtenir l'annulation de leur mariage.

Il exerce alors différents métiers. Tambour Major dans l'Oklahoma Cavalry Band, il joue sur le champ de foire de St.Louis. On le retrouve barman à Dewey ou a Guthrie, en Oklahoma (1904), tandis que certains le prétendront shérif ici ou là, ou encore Texas Ranger. En 1905, il épouse en deuxièmes noces Kitty Jewel Perrine, la fille du propriétaire de l'hôtel où il réside pour une courte union défaite en 1906. Se souvenant de sa jeunesse terrienne, il se fait embaucher au 101 Ranch des frères Miller (Oklahoma) où il perfectionne son équitation et son habileté au tir en participant au 101 Ranch Wild West Show, tout en s'engageant dans plusieurs rodéos. De 1906 à 1909, il se produit dans des spectacles de westerns et finit par épouser sa partenaire de selle, Olive Stokes. Le couple aura une fille, Ruth Jane Mix (1913-1977, future actrice), avant de divorcer (1917).

En 1910, il est engagé par la compagnie cinématographie Selig Pictures pour enrôler cowboys et Indiens, rechercher des lieux de tournage, fournir et entretenir des chevaux. C'est ici que tout commence…

Tom Mix, un homme des prairies…

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Fondée en 1896 par William Selig, la Selig Polyscope Company a déjà porté au devant de la scène le fameux comique Roscoe 'Fatty' Arbuckle, sa vedette fétiche depuis 1909. Côté westerns, elle offrit ses premières armes (à feu) à 'Broncho Billy' Anderson Anderson, parti chez Essanay en 1907. Ses studios sont basés à Edendale, dans la banlieue de Los Angeles (Californie, U.S.A.) lorsque la compagnie engage Tom Mix. Le premier film dans lequel celui-ci apparaît fut tourné sur le ranch "Horseshoe L", juste à l'extérieur de Dewey (Oklahoma), au pied du Blue Mound. Il s'agissait d'un documentaire titré «Ranch Life in the Great Southwest» (1909).

Entre 1909 et 1917, Tom Mix tournera ainsi 180 courts métrages pour cette compagnie, pour seulement 3 longs métrages : «In the Days of the Thundering Herd» (1914, 48 minutes), «A Child of the Prairie» (1915, 63 minutes) et «The Heart of Texas Ryan» (1917, 56 minutes). Les deux tiers d'entre eux seulement sont des westerns. Au début, faire valoir de William Duncan, il joue les utilités et poursuit parallèlement ses activités annexes (western shows, rodeos). En 1911, son contrat revu à la hausse et son salaire hebdomadaire porté à 100 dollars, il tourne son premier film en vedette, «Saved By the Pony Express», dans lequel le héros est sauvé in extremis par un courrier apporté juste à temps par un rapide courrier. Il ne s'y montre pas vraiment un bon acteur, ce qu'il ne sera jamais, mais ce n'est pas ce qu'on attend de lui. Son habilété à manier le Colt 45, le fouet, le couteau et le lasso, tout en maîtrisant sa monture suffit à conquérir un public facile. La plupart du temps, filmé à distance respectable, il n'a nul besoin d'extérioriser ses sentiments et l'on a d'ailleurs l'impression qu'il n'en a guère, contrairement à son rival du moment, William Hart, au jeu davantage torturé.

Le colonel Selig lui laisse une grande autonomie et ne se rend que très rarement sur les lieux de tournage. Tom, acteur à part entière, dirige lui-même un premier film, «Why the Sheriff Is a Bachelor» (1911), secondé par le plus expérimenté Joseph A. Golden (à moins que ce ne fut le contraire) et dont il assurera pleinement la direction d'un remake trois ans plus tard. À partir de 1914, il assumera régulièrement cette tâche tout en se voyant confier les cordons de la bourse. On tourne alors du côté de Cañon City, dans le Colorado. On prétend que l'acteur exécutait lui-même ses cascades, subissant de nombreuses blessures dont la perte de toutes ses dents, vite remplacées par un dentier… mais chut !

Après le succès de «In the Days of the Thundering Herd» (1914, op.cit), Tom Mix réalise tout l'avantage financier qu'il peut espérer retirer de sa renommée de celluloïd et commence à bâtir sa légende. Dès lors, culte de la personnalité oblige, dès «The Telltale Knife» (version de 1914), son personnage porte de plus en plus souvent le prénom de Tom. En 1915, il installe sa petite troupe dans les environs de Las Vegas,  une petite cité du Nouveau Mexique qu'il ne faut pas confondre avec la capitale du jeu névadaine. Cette année-là, une jeune actrice de 19 ans, jusque-là active au sein de la Nestor Film, est engagée par Selig et fait ses débuts dans un rôle secondaire de «Sagebrush Tom» (1915). Elle deviendra sa partenaire régulière pendant quelque temps («Hearts and Saddles» en 1917, …), une entente qui, se poursuivant en dehors des heures de service, provoquera le divorce de Tom et d'Olive, débouchera sur un 4ème mariage et la naissance d'une fille, Thomasina (1922).

À cette époque, Tom commence à ajouter des fanfreluches à son habit de cow boy, plaçant des “conchas” en argent sur les coutures de ses jambières, une bride ornée du même métal, une selle de fantaisie gagnée lors d'un rodéo en 1913, etc. Ne négligeant aucun détail, il acquiert des centaines de costumes, de chemises et de bottes. Son chapeau deviendra vite aussi célèbre que lui, au point que la chapellerie américaine la plus renommée propose encore aujourd'hui dans son catalogue un Tom Mix Stetson. Un peu cabotin, à l'intar de notre Tino Rossi, il fait installer sur le toit de sa maison une immense enseigne portant son nom afin d'illuminer les nuits californiennes !

La trame des petites bandes qu'il tourne alors est à peu près toujours la même : le héros vient au secours d'une jeune femme, la préserve des périls qui la menacent, poursuit de temps à autre quelques chenapans mal intentionnés, interrompt sa course pour faire admirer son costume et faire tourner sa monture en d'élégantes circonvolutions, finissant malgré ces contretemps, par rattraper et capturer les méchants avant de reprendre son chemin de "poor lonesome cowboy". Quels que soient leurs chames, ces dames n'ont pas l'air de l'intéresser outre mesure, notre homme ayant d'autres chevaux à fouetter !

Tom Mix, un homme de la Fox…

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En 1917, la Selig Polyscope Company rencontre des problèmes financiers et le colonel suggère à son producteur-vedette que l'on ne nourisse pas les chevaux lorsqu'ils ne sont pas utilisés dans les tournages. En outre, il lui demande de licencier plusieurs de ses amis cowboys. Celui-ci décide alors de quitter le navire qui ne tardera pas à s'échouer. Il contacte William Fox, propriétaire des studios éponymes, qui l'engage avec sa troupe et ses bêtes pour un salaire – alors mirifique – de 5 000 dollars par semaine qu’il élèvera un peu plus tard à 10 000 !

Dès lors, finis les courts-métrages. Dès «Durand of the Badlands» (1917), les bandes s'allongent et la popularité de l'acteur bénéficie d'une audience favorisée par le réseau de distribution de la nouvelle compagnie, lui offrant l'Europe à portée de fusil. En 1918, Tony, son plus célèbre cheval, fait sa première apparition dans «Six-Shooter Andy» et lui “donnera la réplique” dans près d'une cinquantaire de titres. On prétendit longtemps qu'il était le seul à pouvoir le monter, mais on sait aujourd'hui qu'il ne fut pas son premier propriétaire.

Tom Mix fera 85 films avec la Fox Films Corporation, ce qui le rendra bientôt millionnaire en dollars. Le couple qu'il forme avec Victoria se porte d'autant mieux qu'ils sont souvent séparés. La jeune femme, qui a arrêté sa carrière en 1919 et préfère vivre à Los Angeles, s'occupe de la promotion de son acteur de mari dont elle entretient la légende, fructifie les recettes et multiplie les dépenses. Mais cela n'ést pas encore un problème…

Si Tony, à l'occasion, se voit accorder l'honneur d'être nommé sur quelques affiches («Riders of the Purple Sage» en 1925, etc), c'est plus rarement le cas des partenaires féminines de son vénérable maître dont certaines d'entre elles peuvent pourtant prétendre à une certaine notoriété : Colleen Moore dans «The Wilderness Trail» (1919), Patsy Ruth Miller dans «The Fighting Streak», Billie Dove dans «The Lone Star Ranger» (1923), etc. Les femmes et les Indiens ne sont jamais que les 3ème et 4ème roues du chariot conduit par un héros plus bondissant que jamais – comme en témoigne la célèbre cascade de «Three Jumps Ahead» (John Ford, 1923) encore sujette à beaucoup dinterrogations – et davantage prêt à sortir son arme qu'à s'attendrir dans d'autre bras que ceux, moins engageants, d'une danseuse de saloon.

Toutefois, d'année en année, la corde du lasso commençait à s'étirer. Être la star de l'ouest (le vrai) la mieux payée d'Hollywood signifiait également que les films coûtaient de plus en plus cher. Au milieu des années 20, entre deux tournages, Tom recommença à se produire ç nouveau dans le 101 Wild West Show. À la fin des années 20, les bénéfices se réduisirent et la Fox commençait à investir sur d'autres têtes. En outre, le son – et les dialogues qui vont avec – sont devenus déjà une attraction pour un temps suffisante. Or, dans l'ouest (toujours le vrai) on n'est guère bavard, surtout quand on n'a reçu aucun cours d'élocution. En 1928, après le tournage de «Painted Post», William Fox et Tom Mix décident de faire chevauchées à part…

Dans la foulée, Tom Mix rejoignit la Film Booking Office of America, une compagnie à petit budget créée en 1919 avant de tomber entre les mains de Joseph Kennedy, le père du futur président John Fitzgerald Kennedy. Pour l'acteur, qui voit ses revenus diminuer de près de la moitié, il s'agit là d'une régression indiscutable. Souffrant des séquelles d'une blessure à la gorge, il est loin d'avoir une voix de stentor. Il tournera 5 films pour cette compagnie : «Son of the Golden West», «King Cow Boy» (1928), «Outlawed», «The Drifter» et «The Big Diamond Robbery» (1929). Mais l'acteur, habitué à de plus larges budgets et de plus grosses parts de gâteaux, ne tarde pas à se sentir à l'étroit dans ses nouveaux costumes. Et comme il ne porte pas Kennedy Sr dans son coeur, un différend entre les deux hommes mit rapidement un terme à leur aventure commune.

Tom Mix, un homme de cirque…

Tom MixTom Mix

Confronté à un contrôle fiscal, frappé par le krach boursier, ruiné par les dépenses exhorbitantes de son épouse, Tom Mix décide alors de reprendre du service sous un chapiteau et rejoint à cet effet le Sells-Floto Circus pour une série de spectacles, vivant sur son image de héros invincible. Cette année-là, il retrouve William Hart aux funérailles du fameux shérif Wyatt Earp, le héros de Tombstone et du O.K.Corral, dont ils porteront le cercueil. Sur le plan privé, il est confronté à l'opposition de sa fille de 17 ans, Ruth dont il désapprouve le mariage avec un homme de 10 ans plus âgé qu'elle.

En février 1932, enfin divorcé, il prend pour épouse, en 5ème noces, Miss Mabel Hubbell Ward, trapéziste avec ses soeurs au sein des "Flying Wards", une troupe de trapézistes présente sur la tournée. Approché par la Universal de Carl Laemmle, il reprend du service sous les sunlights et tourne l'un de ses films préférés, «Destry Ride Again» (1932). Pas de surprise : le héros se prénomme Tom, son cheval s'appelle Tony et leurs noms apparaissent en bien plus gros caractères que ceux des agurments féminins de service, Claudia Dell et ZaSu Pitts ! Entre 1932 et 1933, il apparaîtra ainsi dans 9 longs métrages sonores pour ce studio, dont 5 avec Tony. Mais son corps, bien trop usé par une vingtaine d'années de sollicitations incessantes, le rappelle à une dure réalité : Saturne est décidément un Dieu bien inquiétant comme le chantera quelques années plus tard un poète Sétois.

Il signe alors un contrat avec la société Ralston Purina, spécialisée dans l'alimentation animale, pour un programme radio articulé autour de son personnage. Ses problèmes de voix lui interdisant de parler devant un micro, différents acteurs le feront à sa place. Parallèlement, et pour le même sponsor, il devient le héros d'une bande dessinée sur papier dont le succès lui survivra longtemps. Par ailleurs, le gouverneur du Texas, James Allred l'éleva au titre de Texas Ranger honoraire

Tom Mix forme ensuite un nouveau numéro de cirque, The Tom Mix Roundup", qu'il présentera en compagnie de son cheval favori au fil d'une tournée avec le Sam B. Dill's Circus. En 1935, il redevient le «Cavalier miracle» qu'il n'a jamais cessé d'être à l'écran pour ce qui restera sa dernière contribution au septième art, un “serial” en 15 épisodes dans lequel il donne encore de sa désormais lourde personne.

En 1937, il devint propriétaire de son propre cirque mais ne tardera pas à être confronté à de grosses difficultés financières. En 1938, en partance pour la vieille Europe afin de satisfaire un engagement envers le Circus Belli (Angleterre, Danemark) dont il espère que les retombées lui permettront de renflouer sa propre entreprise. Mais son absence des pistes devait accélérer la faillite tant redoutée (septembre 1938).

En avril 1940, de retour à Hollywood, il sollicite John Ford pour reprendre du service devant la caméra, mais le réalisateur des «Raisins de la colère» (1940) lui fait comprendre que son temps est passé. L'acteur ne désarme pas pour autant et se présente devant les patrons de la RKO, compagnie fondée, entre autres, sur les cendres de la FBO de Kennedy, qu'il ne parvient pas davantage à convaincre. Il entreprend alors un voyage vers l'Amérique du Sud afin de trouver des fonds pour ressuciter son cirque. La mort le surprend au volant de son automobile Yellow Cord, le 12 octobre 1940, près de Florence (Arizona, U.S.A.) alors qu'il s'apprêtait à rendre visite à un ami. La foule se précipitera nombreuse à ses funérailles suivies par un grand cheval noir… Tony.

Oublieuse à l'heure de son décès, l'U.S.Army lui accordera les honneurs militaires, décision qui n'aura pas manqué de faire se retourner dans leurs tombes quelques G.I. davantage inconnus que le Roi des cowboys.

Documents…

Sources : Site du Tom Mix Museum, Internet Movie Database pour la filmographie, documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Un hommage inattendu…

Complément :

En 1967,Tom Mix figurera parmi une cinquantaine de célébrités sur la couverture de ce qui demeure sans doute le plus célèbre album de pop-music du XXème siècle défunt. Saurez-vous le distinguer ?

le webmaître
Christian Grenier (février 2020)
Éd. 9.1.4 : 8-2-2020